Pascal Rostain parle fort, n'a pas la langue dans sa poche et assume tout, même ses propres contradictions. Le paparazzo se raconte dans un livre, Voyeur, sorti fin janvier, et revient pour nous sur la fausse rumeur qu'il a lancé au micro d'Europe 1 lundi 10 février, sur une liaison supposée entre Barack Obama et Beyoncé, finalement démentie par le Washington Post.
Que cherchiez-vous en faisant cette "blague" sur Obama et Beyoncé?
Ce n'était absolument pas prémédité. J'ai improvisé parce que je recevais des leçons de déontologie de la part de quelqu'un [Morandini NDLR] qui se prend pour le gardien du temple de la morale et de la déontologie journalistique. C'était de la provocation, clairement, mais assez intéressante parce qu'elle met en évidence ce que je dénonce de temps en temps sur la perte des fondements du métier de journaliste. Comme le disait Pierre Lazareff: "La première chose est de vérifier, la deuxième vérifier, la troisième vérifier". On se rend compte avec ce petit exemple de la fragilité de l'information. Avant, une rumeur devenait une vérité, aujourd'hui une blague devient une information, on se marche sur la tête! Je suis triste de voir que ça a marché.
Quelles qualités et quels défauts faut-il avoir pour faire ce métier?
Il faut surtout des défauts! "La vérité mène souvent à l'indiscipline", disait Olivier de Kersauson. Il faut avoir du culot, de l'audace. Je suis un enfant, j'ai oublié de grandir. On s'amuse énormément dans ce métier, je l'adore. Le graal, c'est bien sûr de révéler une histoire, quel que soit le domaine. Par-dessus tout, il faut se foutre de ce que tout le monde pense, sauf le public. C'est le seul juge et sa réponse est rapide: il achète ou non le magazine.
Mais ces histoires sont racontées sans l'autorisation des personnes photographiées...
Oui, mais nous sommes le dernier rempart contre le story-telling, c'est-à-dire ce que veulent bien raconter les communicants. Nous racontons la vérité. Ces personnalités veulent jouer la transparence, ouvrir la porte de leur vie privée, la contrepartie c'est de pouvoir aller voir dans le jardin si ce qu'elles disent est vrai. Le public adore ces histoires.
A Europe 1, vous avez employé le mot "emmerder" les stars. Il y a donc un vrai côté sale gosse dans votre métier?
Heureusement que je suis un sale gosse, je suis totalement indiscipliné! Je me suis fait virer de toutes mes écoles. Cette école de la rue n'est-elle pas plus importante?
Elle vous a appris quoi, cette école-là?
La vérite crue. Pas toujours belle à voir, il faut juste savoir se donner des limites. Il y a des histoires que l'on décide de raconter et d'autres non, en fonction de la décence.
Quelles sont vos limites?
Elles sont fixées par les gens que je photographie. Quand Ségolène Royal menace de porter plainte contre VSD pour une photo d'elle en train de se baigner, alors qu'elle avait invité Paris Match et Antenne 2 deux jours après son accouchement dans la chambre de la clinique, je ne vois pas où est la décence. C'est hypocrite. Ils veulent jouer, on joue. En France, on peut vous mettre en prison pour avoir dit la vérité. Je préfère le système américain où on te punit uniquement si ce que tu dis est faux. J'ai d'ailleurs déjà été condamné [à de la prison avec sursis] en 1996, pour atteinte à la vie privée avec Christine Ockrent et Serge July pour Libération, à cause d'une photo du terroriste Carlos dans sa prison.
Vous étiez très proche de Valérie Trierweiler, comment pouvez-vous lier des relations d'amitié avec des personnalités que vous allez potentiellement "chasser"?
C'est un paradoxe. Pire, c'est schizophrène. Mais on ne peut pas reprocher à quelqu'un de se rapprocher le plus possible de son client. On m'a beaucoup reproché ma proximité avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à l'époque, mais aucun journaliste n'aurait refusé de vivre ce que j'ai vécu: être dans l'intimité d'un couple, avec mon libre-arbitre. Carla, c'est une copine, je l'ai connue quand elle avait 17 ans, ce qui ne m'a pas empêché de faire les premières photos d'eux à Disney.
Mais alors vous vous disputez avec tous vos amis?
Non, la différence c'est qu'avec une amie, je l'appelle le lendemain et je lui dis 'J'étais là, j'ai fait des photos, est-ce que tu veux bien que je les utilise?'
On sait que Lady Di avait un carnet d'adresses de paparazzi à contacter lorsqu'elle voulait être photographiée, ça se passe toujours comme ça aujourd'hui?
Dans les années 1970, quand j'ai commencé, on gravitait dans un environnement de stars: Jackie Kennedy, Brigitte Bardot, Grace Kelly, Steve McQueen... C'était d'un autre niveau. Et nous n'étions pas cachés, on jouait avec eux. Aujourd'hui les célébrités c'est Nabilla ou Zahia. La relation entre elles et nous est plus violente et hypocrite. Si on leur enlève les photographes, elles pleurent. Elles en ont besoin, elles vivent grâce à ça.
Vous disiez que vous aimiez votre métier, mais le plaisir est-il aujourd'hui le même qu'hier?
Le plaisir est dans le passé et les souvenirs. On a même des expositions maintenant, comme celle à Metz, ça m'amuse beaucoup (Paparazzi! Photographes, stars et artistes au Centre Pompidou de Metz).
D'ailleurs Clément Chéroux, le commissaire de l'exposition, parle d'esthétisme et de caricature de la photo de paparazzi, qu'en pensez-vous?
Je ne crois pas qu'on puisse parler d'esthétisme, encore moins d'art. Le noir et blanc ajoute à la nostalgie sans doute, mais ce sont surtout les personnages, leur charisme et leur légitimité qui font de beaux portraits. C'était de véritables icônes. Si on peut parler d'esthétisme, ce serait plutôt de celui de la vérité. Mais on n'a jamais fait de photos dans ce but-là, on n'est pas des artistes. Je fais des photos pour les gens qui ont envie de connaître des histoires. Il faut arrêter l'hypocrisie, nous sommes tous des voyeurs.
Avez-vous la sensation d'être méprisé?
Oui, mais je m'en fiche. Je ne fais pas ce métier pour être aimé. Je suis aimé par les gens qui me connaissent, par ma famille, par mes filles, par ma fiancée. C'est vrai qu'avec le public, il y a eu un tournant à la mort de Lady Di. Tout le monde a dit que les photographes avaient tué la princesse, malgré le non-lieu. Les médias n'ont parlé que de ça, c'est le monde du spectacle.
Vous en vivez pourtant, du monde du spectacle...
Oui j'en fais partie, et tant mieux. Je ne critique pas ce milieu, je critique le traitement qui en est fait par mes confrères [journalistes. Il se vante d'ailleurs régulièrement d'avoir la carte de presse]. De toute façon le métier est mort aujourd'hui. Parce que tout le monde a un téléphone qui fait des photos, et parce que les stars elles-mêmes font des selfies.
Dans votre livre, vous parlez de vos amours, de vos enfants... Le paparazzo non plus n'a pas de vie privée?
Mon éditeur a insisté, moi je ne voulais pas, je trouvais ça d'une indécence folle. Oui je sais, encore un paradoxe...
