Chez un caviste, au restaurant, dans un bar, on est guidé dans ses choix. Au supermarché, en revanche, on est perdu. C'est là qu'interviennent Matcha et Winespace. Les deux start-up se disputent le marché de la recommandation en magasin : un service au client qui fait aussi les affaires du commerçant. Le pionnier, Matcha, fondé à Paris par un trio de sommeliers en 2016, s'adresse "par vocation à la grande distribution, là où il n'y a pas de conseil", explique son fondateur Thomas Dayras.

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Le "caviste virtuel" est intégré à un petit questionnaire illustré sur Macave.carrefour.fr, et sur les sites Internet de Monoprix et de Casino. Couleur, budget, région, typicité ou plat à accompagner, le moteur de recherche affine les besoins du client. Synchronisé plusieurs fois par jour avec le stock du vendeur, il propose une sélection d'une dizaine de références.

Cerner les envies du client

L'outil est aussi déployé dans une cinquantaine de magasins physiques Casino, Intermarché et Monoprix, sur une tablette ou via des QR Codes, notamment dans les rayons fromagerie et charcuterie qui suscitent souvent une envie de vin. Pour aider le chaland à retrouver son flacon devant un mur de bouteilles, Matcha peut même faire clignoter l'étiquette. Thomas Dayras constate "de 500 à 1000 connexions par mois et par lieu de vente, et un taux de conversion multiplié par trois en ligne, avec une augmentation de 25% du prix moyen par bouteille". L'entreprise poursuit son développement aux rayons bières et spiritueux, et a signé un contrat pour équiper les boutiques d'aéroport de Lagardère Travel Retail. Elle espère aussi s'envoler à l'international.

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Winespace, de son côté, est implanté depuis 2021 dans les Intermarché et Leclerc du Sud-Ouest par le biais de l'application web Monconseillervin.com. Les objectifs sont les mêmes : accompagner le client dans ses choix tout en recueillant des informations (anonymes) sur ses envies, ses préférences... "Les magasins savent ce qu'ils vendent avec les codes barres, mais pas ce que les clients veulent exactement. La collecte de données leur permettra d'ajuster l'offre au plus près", explique Sylvain Thibaud, le fondateur de la jeune pousse bordelaise.

Pour améliorer le conseil et accroître les ventes, Winespace développe Tastee, un algorithme qui veut "cerner le goût du vin". La start-up a entrepris de collecter et de synthétiser les innombrables commentaires de dégustation des professionnels ­ des notes en jargon oenologique, non exploitables telles quelles. Elle travaille ainsi avec une équipe de l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique pour disposer d'une "traduction" exploitable par un outil statistique. "Le goût du vin est son essence. Pourtant, c'est une notion subjective et fuyante. Nous voulons établir l'objectivité par le nombre", résume Sylvain Thibaud.

Dégustation en ligne avec un vigneron

Dégustation Online (DOL) organise des soirées découverte et achat de bouteilles en direct avec les vignerons. Son fondateur, Antoine Wacheux, se déplace sur une propriété avec quatre caméras, un système d'éclairage et un relais 4G ("car le réseau est rarement bon dans les caves"), puis réalise des émissions d'une heure sur YouTube pour des groupes de dégustateurs réunis derrière un ordinateur. DOL a ainsi rassemblé jusqu'à 100 personnes pour ces séances immersives "dans les coulisses d'un domaine, comme si on y était".

La première s'est déroulée en décembre 2018 au Château Anglade, à Faugères (Hérault). L'émission, mensuelle, devrait devenir hebdomadaire avec une deuxième équipe de tournage. Son principe ? Les amis ou les collègues du gentil organisateur de la soirée suivent un producteur à distance dans la visite des chais et l'écoutent parler de ses cuvées, qu'ils découvrent grâce à des échantillons livrés à l'avance. Ils interagissent sur le chat, se défient virtuellement et peuvent acheter les produits. "Avec un côté gaming : plus il y a de commandes, et plus le prix baisse", précise Antoine Wacheux. On se prend vite au jeu : de 150 à 180 bouteilles commandées en moyenne par séance, et jusqu'à 260 pour le record. Une heure mieux rentabilisée qu'une journée en salon professionnel pour le vigneron et sans frais pour lui.