"Chez moi, le vin n'a pas le même goût qu'au domaine." Qui n'a jamais éprouvé cette légère déception ? A domicile, la dégustation n'a plus le même charme sans les petites et grandes histoires du vigneron autour de sa bouteille, ni son contrôle sur les bonnes conditions de service. Thibaut Jarrousse, amateur de virées dans les vignobles, a pensé que son diplôme des Arts et métiers pourrait aider à y remédier : "Il faut deux ans pour faire le meilleur des vins et soixante secondes pour passer à côté."
L'ingénieur a créé 10-Vins en 2012, imaginant un robot-sommelier capable de servir un verre à température et aération idéales, et de fournir toutes les informations utiles à la bonne compréhension de son auguste contenu. La première D-Vine, un distributeur de vin au verre, sur le modèle des cafetières Nespresso, a vu le jour en 2015, avec la complicité de Luis Da Silva, ex-ingénieur qualité chez Airbus. C'est l'une des plus belles réussites de la Wine Tech tricolore : onze années de R & D, 5 millions d'euros d'investissements, un produit 100% made in France et 50 créations d'emplois, près de Nantes.
Du particulier au professionnel
Depuis, la start-up s'est éloignée des particuliers pour se rapprocher de l'hôtellerie-restauration. Trois générations de D-Vine, distribuées dans neuf pays, équipent ainsi 800 établissements de l'Hexagone. Les restaurants enregistrent 30% de ventes en plus sur la carte des vins en donnant accès à un seul verre de grand cru - ou plutôt à un tube, puisqu'ils sont chargés dans la machine dans ce format. Intéressant lorsque l'on sait que le vin au verre représente 80% de la demande en restauration, mais seulement 20% de l'offre, en général du tout-venant par crainte de gâcher de belles bouteilles.
Sur le même modèle que Nespresso
L'innovation de Thibaut Jarrousse et Luis Da Silva garantit le service de flacons qui requièrent un maximum de précautions sans risque de perte. Le sommelier Meilleur ouvrier de France Laurent Derhé a sélectionné 90 références, disponibles en éprouvettes unidoses : un corton-charlemagne de chez Muzard, une coulée-de-serrant, un condrieu de Georges Vernay, un Cos d'Estournel... Une tablette connectée délivre les informations sur le vin et son environnement pour l'apprécier pleinement.
Comme pour Nespresso, le chiffre d'affaires repose sur la vente des "consommables" : 40 000 tubes par an. Le distributeur détecte la référence grâce à une puce RFID sur la capsule, transpercée par une aiguille. La mise en température, au degré près, s'effectue dans un serpentin de refroidissement et d'aération. La D-Vine Pro, lancée en 2021, a réduit le temps d'écoulement d'une minute à quarante secondes, tout en garantissant le respect du vin. "Un vrai défi technologique", souligne Thibaut Jarrousse. Défi relevé au vu des grands châteaux qui prêtent leur étiquette.
