Quels sont les points communs entre Calon Ségur, Pichon Baron, Lascombes, Grand-Puy Ducasse, Suduiraut, Troplong-Mondot, Soutard, le domaine de l'Arlot ou le château Philippe le Hardy ? Outre le fait d'être des propriétés d'exception, ces domaines viticoles, et bien d'autres, appartiennent tous à des banques ou à des assureurs. C'est que la relation entre les zinzins ­- c'est ainsi que l'on surnomme les investisseurs institutionnels ­- et le vin n'est pas nouvelle.

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Le premier à s'intéresser au Médoc est le groupe SMA, compagnie d'assurance spécialisée dans le BTP. En 1980, il achète le château Cantemerle, un haut-médoc cinquième cru classé. A cette époque, il faut avoir la foi, et une vision, pour risquer son argent dans un domaine bordelais. Les vins se vendent mal, les propriétés se délabrent... Mais la suite lui donne vite raison puisque, sous l'impulsion du critique Robert Parker, les vins de la région connaissent un nouvel engouement.

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Diversifier le patrimoine

Cette réussite inspire sans doute Claude Bébéar, alors dirigeant d'Axa, lorsqu'il crée Axa Millésimes, en 1987, dont le premier achat porte sur le château Pichon Baron, pauillac deuxième cru classé. La structure viticole du groupe s'élargit par la suite : elle détient aujourd'hui sept propriétés, du Bordelais à la Californie, en passant par la Bourgogne et la Hongrie. Tant pour SMA qu'Axa, l'objectif était double : diversifier leur patrimoine et le valoriser sur le long terme.

Au début des années 2000, c'est le Crédit Agricole qui se lance dans les grands crus, en achetant Grand-Puy Ducasse (pauillac cinquième grand cru classé) et le château de Santenay, rebaptisé Philippe le Hardy, en Côte-d'Or. Dix ans plus tard, deux transactions majeures ont lieu dans le Bordelais. En 2011, la MACSF, l'assureur des professionnels de santé, acquiert le château Lascombes, margaux deuxième grand cru classé, tandis que le Breton Suravenir achète Calon Ségur, saint-estèphe troisième grand cru classé, aux alentours de 200 millions d'euros chacun. "L'acquisition de Lascombes était l'occasion de trouver un socle de valeur à long terme dans une période d'incertitude économique", rappelle Roger Caniard, directeur financier de la MACSF. L'affaire se devait aussi d'être rentable, puisque l'assureur engageait 1% de son actif général sur cette diversification. Résultat : elle rapporte bon an mal an 3%... De quoi se constituer une poire pour la soif.