En février 1947, Christian Dior présente sa première collection au monde. Il a 42 ans. Auparavant, il a ouvert une galerie avec son ami Jacques Bonjean, pour y exposer les artistes qu'il admire : Pablo Picasso, Henri Matisse, Salvador Dali, Christian Bérard... Ce n'est qu'en octobre 1946 qu'il crée sa maison de couture, grâce au soutien financier de l'industriel Marcel Boussac. Il inaugure la marque en décembre, avant de partir s'installer à la campagne, chez des amis, en pleine forêt de Fontainebleau.
De la conception de cette première collection, nous savons tout : le couturier l'a décrite lui-même dans son autobiographie, Christian Dior et Moi (Librairie Vuibert): "c'est alors que, petit à petit, vinrent surgir dans mon esprit mille images furtives comme des apparitions. Je les notai d'un crayon hâtif, car elles sont parfois fugitives [...] et tout cela, ruminé pendant quelques jours, devint ce que l'on devait appeler le New Look." Au sortir de la guerre et de ses uniformes si austères, il imagine donc "des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme des lianes et jupes larges comme corolles."

Le premier défilé de Christian Dior, collection printemps-été 1947 (photo Pat English)
© / Le premier défilé de Christian Dior, collection printemps-été 1947 (photo Pat English)
Le 12 février 1947, à 10h30, dans les salons de l'hôtel particulier du 30 avenue Montaigne, la foule se presse. Il y a Cocteau, les Noailles, Bérard... Il est interdit de photographier ou de dessiner les modèles, pour éviter les éventuelles copies. A cet instant, une révolution est en marche. Pendant une heure, quatre-vingt-dix silhouettes défilent, structurées, précises. Les robes sont longues, les jupes sont plissées, le métrage de tissu utilisé est extraordinaire. Ainsi naît la veste Bar: le vêtement semble naturellement moulé sur le corps, les hanches sont exagérées par l'utilisation de basques, la taille est soulignée.
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Les notes de fabrication du tailleur Bar, pour la collection haute couture printemps-été 1947 (© Associations Willy Maywald, ADAGP, 2020)
© / Les notes de fabrication du tailleur Bar, pour la collection haute couture printemps-été 1947 (© Associations Willy Maywald, ADAGP, 2020)
La force d'un mot d'ordre
A l'issue de la présentation, la rédactrice en chef de Harper's Bazar, Carmel Snow, s'exclame: "Dear Christian, your dresses have such a New Look!" La légende est née. "Très vite, la voix publique, les journaux, le service de vente m'apprirent que, comme M. Jourdain faisait de la prose, j'avais fait du "Dior" sans le savoir. Ce que l'on a salué comme un nouveau style n'était que l'expression naturelle et sincère de la mode dont j'avais envie. Mais il se trouva que mon sentiment très personnel s'accorda avec la sensibilité générale et prit, de ce fait, la forme d'un mot d'ordre." (Christian Dior et moi, op. cit.)
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La veste Bar, notamment, devient l'icône absolue de ce couturier visionnaire et virtuose. Intemporelle et pourtant si moderne, elle a traversé les générations, scellant le succès de la maison. Maria Grazia Chiuri, directrice de création des collections féminines, s'en empare naturellement chaque saison: elle la détourne, la réinvente, en denim, en laine, en tweed, en soie, en raphia... pour la conforter dans son statut de quintessence du tailoring, selon Dior.

La veste Bar revue par Maria Grazia Chiuri pour Dior, collection printemps-été 2020
© / La veste Bar revue par Maria Grazia Chiuri pour Dior, collection printemps-été 2020
