Depuis lundi 17 août 2020, lors d'une étrange convention qui se déroule sans aucun public, les poids lourds du parti démocrate américain prennent la parole, les uns après les autres, de Barack Obama à Hillary Clinton, pour fustiger la politique de Donald Trump. Kamala Harris y a été officiellement investie, mercredi 19 août, comme la colistière de Joe Biden. Elle sera peut-être la première femme - et la première Afro-américaine - à devenir vice-présidente. Ce qu'elle choisit de porter, pour cette investiture historique, n'est pas anodin. Il n'est pas question de réduire les interventions des personnalités politiques à leur choix vestimentaire, leurs capacités et leur influence à ces aspects d'apparence frivole.
Le vêtement, vecteur de message
Mais que l'on ne s'y trompe pas : le vêtement, l'apparence, la façon de se présenter au monde, sont des outils, parmi d'autres, jusqu'au choix de la couleur d'une simple cravate. Ils permettent, eux aussi, de faire passer un message. Lorsque Michelle Obama est intervenue le 17 août, elle a n'a pas attrapé une pièce au hasard dans sa boîte à bijoux avant de s'installer devant sa webcam. Elle a choisi un collier portant les quatre lettres du mot "VOTE", ce qui n'a pas manqué de faire réagir les réseaux sociaux.
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Le vêtement, quoi qu'on en pense, contribue à construire un personnage, comme au théâtre. La scène politique se joue devant les caméras : chaque détail compte. En 2008, la colistière du Républicain John McCain, Sarah Palin, aurait dépensé 150 000 dollars de frais vestimentaires lors de sa campagne. Au même moment, Michelle Obama ripostait en déclarant haut et fort à la télé, chez Jay Leno, qu'elle s'habillait en J. Crew, une enseigne de prêt-à-porter abordable. Au-delà d'une simple bataille de marques, l'ex-Première Dame avait déjà posé les bases. Pendant les huit ans qui ont suivi, elle s'est transformée en première "influenceuse" américaine. A chacune de ses apparitions publiques, elle a multiplié les marques, mélangeant maisons de luxe et pièces abordables, ce qui a provoqué régulièrement des ruptures de stock. Et fut sans doute l'une des seules à avoir cette incidence sur le marché de la mode: en France par exemple, Brigitte Macron ne s'habille presque exclusivement qu'en Louis Vuitton. Carla Bruni-Sarkozy avait porté son choix sur la maison Dior. Plus difficile alors de s'approprier leurs styles.
Le blanc des Suffragettes
Aux Etats-Unis donc, Barack Obama est apparu cette même semaine vêtu d'un irréprochable costume bleu marine. Classe. Jill Biden, filmée dans une salle de classe (elle est enseignante) pour soutenir son mari, portait quant à elle une robe croisée, élégante, un peu sévère. C'était, en quelque sorte, l'anti-Melania Trump, toujours prompte de son côté à accessoiriser ses jupes haute couture de talons vertigineux. Hillary Clinton avait, délibérément, choisi un costume blanc, en hommage au mouvement des suffragettes, au début du XXe siècle. L'Amérique fêtait le 19 août le centième anniversaire du 19e amendement de sa Constitution, qui donnait le droit de vote aux femmes. Nancy Pelosi et Gabrielle Giffords étaient en blanc, elles aussi : cette couleur est traditionnellement devenue celle de l'opposition à Donald Trump et de la contestation chez les femmes politiques. Ainsi, en 2019, lors du discours sur l'état de l'Union, toutes les élues démocrates, Alexandria Ocasio-Cortez en tête, portaient un ensemble blanc.
Kamala Harris pourtant, a pris une décision totalement différente pour vivre cette nomination inédite. Son costume pantalon, à veste croisée, était... violet foncé. Par ce simple choix de couleur, la Démocrate s'est démarquée de ses consoeurs : le violet, en plus du blanc et du vert, était aussi présent sur le drapeau des suffragettes. En adoptant cette tenue, Kamala Harris annonce donc la couleur, une bonne fois pour toutes : elle cherche à s'imposer comme la figure de proue d'une nouvelle génération de démocrates, non plus dans l'opposition. Et à incarner, aux yeux de tous les Américains devant leur poste, une nouvelle histoire en marche.
