1936. Elsa Schiaparelli, impératrice de la haute couture, et Salvador Dali, artiste prodige, sont amis. Un an plus tôt, l'artiste avait créé son fameux Téléphone Homard (ou Téléphone aphrodisiaque), oeuvre iconique du surréalisme : pour lui, le crustacé, présent dans de nombreuses de ses oeuvres, était souvent associé au plaisir érotique et à la douleur. C'est cet objet qui lui inspira une robe pour Schiaparelli : il dessine alors, sur l'organdi blanc du modèle, un homard entouré de brins de persil. On raconte même que Dali avait souhaité rajouter, sur la robe, de (vraies) taches de mayonnaise. La couturière avait refusé. Le vêtement a été présenté dans la collection haute couture printemps-été 1937, alors même que le motif du homard, notamment par la façon dont il était placé sur le jupon immaculé, conférait à l'allure une charge érotique toute particulière.

Le téléphone homard de Salvador Dali, créé en 1936. Ici exposé à la Tate Modern, à Londres. (Photo Carl de Souza / AFP)
© / Le téléphone homard de Salvador Dali, créé en 1936. Ici exposé à la Tate Modern, à Londres. (Photo Carl de Souza / AFP)
"Schiaparelli déguise les femmes !"
Telle était "Shocking Schiap" qui, à coups de fulgurance couture, remplaçait volontiers la notion de beauté par celle du chic et du caractère. A tel point que Coco Chanel, sa plus grande rivale (les deux couturières se sont livrées une concurrence effrénée) a dit : "Schiaparelli déguise les femmes, moi je les habille !"
LIRE AUSSI >> Surréalisme: fous d'Elsa

Elsa Schiaparelli, en mars 1933.
© / leemage via AFP
Avec Dali, elle a en effet créé des objets hors normes, dont le célébrissime chapeau chaussure, présenté dans la collection automne-hiver 1937/1938. Ces affinités électives ont nourri une oeuvre mutuelle, scandaleuse, des dizaines d'années avant que Marc Jacobs ne demande à Takashi Murakami de poser sa patte sur la toile Monogram des sacs Louis Vuitton, avant que Raf Simons ne reprenne des toiles de Sterling Ruby sur des modèles Dior. Quant à la robe homard, elle a par la suite fait partie du trousseau de Wallis Simpson, à l'occasion de son mariage avec le duc de Windsor. Elsa Schiaparelli l'avait constituée elle-même. La duchesse avait ainsi posé devant l'objectif de Cecil Beaton, pour une série mémorable parue dans le magazine Vogue.

Wallis Simpson, duchesse de Windsor, vêtue de la robe "Homard" créée par Elsa Schiaparelli , pose ddevant l'objectif de Cecil Beaton pour Vogie en 1937
© / - (c) Cecil Beaton/Conde Nast via Getty Images
LIRE AUSSI >> Schiaparelli relancé par le groupe Tod's
La maison Schiaparelli, rachetée en 2007 par le groupe Tod's, dirigé par Diego Della Valle, a présenté en 2017, une nouvelle robe homard, revisité par son directeur artistique de l'époque, Bertrand Guyon. La robe originelle fait aujourd'hui partie des collections du Philadelphia Museum of Art, un don d'Elsa Schiaparelli.

La robe homard de 1937, ici photographiée au musée d'art de Philadelphie.
© / La robe homard de 1937, ici photographiée au musée d'art de Philadelphie.
