Paris, le 3 mars 2006, dans ce qui s'appelait encore le Palais Omnisports de Paris-Bercy... Alexander McQueen s'apprête à présenter sa collection automne-hiver 2006/2007, qu'il a baptisée "The Widows of Culloden" ("les veuves de Culloden", en français). Sur l'invitation, le titre est écrit en gaélique, "Bantraich de cuil lodair". Le podium est fait de lattes en bois, les mannequins commencent à défiler, autour d'une pyramide de verre transparent. Sur la tête, elles portent des plumes de faisan arrangées comme des ailes de papillons surdimensionnées, simplement posées sur les cheveux ou enserrant le visage, comme un étau délicat, signé du chapelier Philp Treacy, fidèle collaborateur de McQueen.

Défilé Alexander Mc Queen automne-hiver 2006
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En bande-son, le bruit du vent des Highlands se mêle à la musique de La Leçon de Piano, de Michael Nyman. Les jeunes filles sont diaphanes, la taille parfois étranglée par une ceinture bouclée sur un brocard. Chaque passage est une apparition, plumes de cygne, broderies sur robes vaporeuses, prouesses de drapés, rêves de voile, de tulle et de tartan. Ici, un costume de tweed, coupé au cordeau, Là, un grand manteau de vison rasé jeté sur une spectaculaire robe de comtesse déchue. Là encore, une délicatesse de velours noir découpé, dans le dos, de dentelle.
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Avec McQueen, ce jour-là, la beauté prend la forme d'une allure victorienne revisitée par un génie de la couture, le tout dans un château écossais qui dominerait les paysages et dompterait le vent. Dédié à Isabella Blow, son mentor et son amie la plus proche, le défilé est l'un de ses plus beaux, l'un de ses plus mélancoliques aussi.
Kate Moss, l'apparition
Soudain, la salle s'éteint. On entend les premières notes du thème principal de La Liste de Schindler, déjà fort en émotion. Une lumière flotte au milieu de podium, avant de se dessiner : l'hologramme prend peu à peu la forme de Kate Moss, apparition éthérée, fée ou dame blanche, spectre ondulant dans une splendeur de mousseline blanche.
La séquence a été inspirée à McQueen par une scène du film Danse Serpentine, des frères Lumière, dans lequel est immortalisé une chorégraphie très célèbre de Loie Fuller. Et Kate Moss de tournoyer encore, avant de disparaître à nouveau, dans l'obscurité, définitivement inaccessible. Un rêve éveillé.
