"Quand j'ai divorcé, tout le monde s'est mis à me plaindre, à me dire que cela s'arrangerait quand j'aurais trouvé quelqu'un d'autre. Ça m'a scotchée ! Je n'ai pas besoin d'homme pour aller mieux", s'insurge Karine, 41 ans dont près de vingt ans passés avec son ex-compagnon. En divorçant à 38 ans, et par choix, cette couturière installée dans les Vosges a découvert une autre vie : "Ma charge mentale a été divisée par deux. Je n'ai plus besoin de me justifier ni de faire attention. Je fais ce que je veux, quand je veux", se réjouit cette mère d'un enfant, qui n'avait jamais véritablement vécu seule avant de prendre cette lourde décision. Aujourd'hui, elle ne reviendrait pas en arrière.

D'après les chiffres de l'INSEE en 2018, 38 % des femmes françaises sont célibataires, sans compter les 21% de veuves et de divorcées. Et alors que la majorité des femmes revendiquent de plus en plus leur statut de célibat, les injonctions à être en couple restent légion : "Le couple reste fortement associé aux idéaux contemporains du bonheur et de l'épanouissement personnel", selon une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined). "Une femme seule, ça ne rassure pas l'entourage, au contraire. On a encore la vision d'une femme faible", continue Karine, qui a trouvé dans sa vie de divorcée un éclairage nouveau sur le monde et les rôles attribués aux femmes dans la société. Ce que la psychanalyste Sophie Cadalen, auteure de Tout pour plaire et toujours célibataire, commente : "Malheureusement, aujourd'hui encore, le couple est l'horizon de toute une vie, la norme. Pourtant, le célibat peut être un espace de liberté, un moment de se rencontrer soi et se dégager de toutes les peurs qui nous accablent." Karine se retrouve complètement dans ce constat : depuis son divorce, elle a commencé une nouvelle partie de sa vie, "avec moi au centre et sans être obligée de me sacrifier".

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S'affranchir des carcans et de l'effet "Bridget Jones"

Comme elle, de nombreuses femmes trouvent un espace de liberté dans le célibat, à l'écart de l'idéal à deux vanté par la société. Alors que le modèle, dans les films, les séries et tous les produits culturels, reste le couple et les enfants, se sortir de ces carcans se révèle parfois complexe. Louisa en a fait les frais. Depuis quatre ans, cette social media manager de 39 ans a quitté son compagnon, avec lequel elle était restée treize années mais qu'elle n'avait pas présenté à son entourage. "Dans une partie de ma famille, je suis considérée comme une vieille fille, rirait-elle presque si elle ne subissait pas autant de pression de la part de ses proches. On insiste pour que j'assiste aux mariages, on me dit d'abaisser mes critères de sélection. Mais ma vie me convient telle qu'elle est, elle est bien et différente." Une envie d'aller au cinéma ? Louisa s'y rend sans se poser de questions. Son emploi du temps, lui, répond à ses seules envies. Mais sa famille, ses amis, ses collègues n'ont de cesse de la ramener à son statut conjugat. La psychanalyste Sophie Cadalen conseille : "Surtout, il ne faut pas se justifier, ne pas trop en raconter sur sa vie pour apprendre à se faufiler de ces regards et ces peurs qui ne sont pas les nôtres."

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Après ces années de célibat éprouvées, Louisa, qui regrette le peu de modèles de femmes célibataires et fortes, a décidé de mettre un frein à cette pression à la nouvelle rencontre et d'en finir avec l'image de Bridget Jones affalée sur son canapé et malheureuse parce qu'elle vit seule. "C'était une perte de temps et d'estime de moi. Je me suis alors demandé si ma vie me convenait telle qu'elle était. Il se trouve que oui", explique-t-elle, après avoir freiné son utilisation des applications de rencontres. Mais beaucoup ne se posent sans doute pas cette question. D'après une étude de la sociologue Marie Bergström, la moitié des personnes séparées reforme une union dans les deux ans suivant la rupture. "On a jamais autant attendu le couple", déclare-t-elle d'ailleurs dans un article de l'hebdomadaire le 1. Or qui dit célibat, ne dit pas être totalement seule. Louisa a d'ailleurs créé une liste de sexfriends "avec qui je peux partager des moments et discuter sans problème". La psychanalyste Sophie Cadalen temporise : "Il faut écouter ce qui nous est le plus intime, sans aller dans le sens de la morale."

Assumer son statut

Lou l'assume complètement. A 32 ans, cette attachée de presse n'a jamais vécu de longues relations "et je n'en ressens pas le besoin". Pour elle, la carrière professionnelle et l'accomplissement personnel passent avant les relations amoureuses. "Je ne le ressens pas comme un échec, bien au contraire", précise-t-elle. Son indépendance, elle l'a acquise de son éducation, d'un père l'encourageant toujours à ne pas relever des autres pour s'en sortir. "Mais quand j'ai acheté un appartement, on m'a dit de faire gaffe que j'allais faire fuir des hommes", déplore-t-elle. Le reflet d'une société encore bien inégalitaire pour Sophie Cadalen : "On crée une sorte de culpabilité, accusant la personne d'être le problème, c'est atroce. Il faut essayer de rester à l'écart de ce brouhaha permanent."

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La jeune femme n'en souffre pas trop pour autant et apprécie la solitude que lui procure son célibat, qui lui laisse des moments de prendre du temps pour elle. "Puis quand ça ne va pas, je trouve des épaules réconfortantes chez mes amis et mes proches", confie-t-elle, arguant avoir même fait de son appartement un refuge pour ses amies en couple et mères de famille qui ont besoin de souffler. "Souvent, les femmes ont simplement besoin de se conforter dans leur choix et d'assumer complètement cette indépendance et cette autonomie", précise Sophie Cadalen. Une fois le chemin réalisé, on peut assumer pleinement son célibat et en être fière.