La silhouette pyramidale de l'église du Saint-Esprit se dresse fièrement devant une place centrale déserte. En ce début de printemps hésitant, quelques courageux, bravant les rafales de vent, s'amassent à l'arrêt du 389, direction Bellevue. Surtout, ne pas rater le bus de 15h13 ; éviter d'attendre une heure le suivant. Meudon-la-Forêt, l'autre Meudon. Coincé entre la forêt domaniale et la route nationale 118, le quartier est distant de plus de 4 kilomètres du reste de la cité. Une ville parallèle s'est ainsi développée derrière l'observatoire, se façonnant au fil des ans sa propre identité "forestoise".

Il y a plus de quarante ans, le quartier a été conçu par le célèbre architecte Fernand Pouillon pour subvenir aux besoins en logements des pieds-noirs rapatriés d'Algérie. Pourtant, depuis, les bâtiments monumentaux en pierre beige n'ont pas pris une ride. "Au début, Meudon ne voulait pas de ce quartier. Aujourd'hui encore, il y a un rejet de la part de certains Meudonnais", constate Elodie Briand, 21 ans, étudiante en urbanisme et forestoise. A l'inverse, les habitants du secteur se sont vite approprié leur bout de ville. "Ici, on se sent d'abord forestois avant d'être meudonnais." Ce n'est pas un hasard si un terme propre désigne les habitants du quartier et si le code postal a longtemps été différent de celui du reste de la commune. Meudon-la-Forêt est autosuffisant, il "vit sur ses ressources propres", selon Nicole Chabrel, directrice du centre social Millandy. Centre commercial Joli Mai et Vélizy 2 à deux pas, médiathèque et ludothèque en plein centre: pour le shopping et les loisirs, les Forestois n'ont pas besoin de quitter leur territoire. En 1975, quand près de la moitié des Meudonnais y vivaient -contre un tiers aujourd'hui -la question d'ériger Meudon-la-Forêt en commune indépendante s'est même sérieusement posée.

Pour tenter de désenclaver ce quartier singulier, la municipalité a encouragé plusieurs projets, dont l'installation de Bouygues Telecom. De même, la nouvelle politique de transports vise à en finir avec l'isolement des 16 000 Forestois, dont une majorité travaille à Paris ou dans les communes environnantes. Une étape très attendue est la mise en service du tramway T8, appelé à relier le sud de Paris à la commune de Viroflay, et qui marquera deux arrêts à Meudon-la-Forêt. Mais ce ne sera pas avant 2010... En réalité, le projet de relier le secteur à la capitale ne date pas d'hier: "A l'origine, une station de métro était prévue : elle figurait dans l'argumentaire de vente des appartements", se souvient Alain Viguier, vice-président de l'association Avenir forestois à Meudon. Autre mesure proposée: l'amélioration du rythme des bus. Les lignes 289 et 171 vont être classées axes prioritaires et devraient voir leur délai d'attente réduit à dix minutes. Reste le 389, pour lequel l'accroissement de fréquence est jugé pour le moment trop coûteux. Le maire, Hervé Marseille, dit aussi "réfléchir à un système de libre-service de voitures électriques en partage, sur le modèle de Vélib'".

Les jeunes couples attirés par des prix plus accessibles

Surtout, il a promis la construction d'un centre culturel pour tenter de dynamiser un quartier qui a perdu plus de 2 000 habitants depuis 1990. "Le plus frappant, c'est le vieillissement de la population", remarque Alexandre Laignel, coauteur, fin 2007, d'une étude urbanistique sur Meudon-la-Forêt. D'après les derniers chiffres de l'Insee, 40% des habitants ont plus de 60 ans. Une tendance qui explique la construction d'une nouvelle maison de retraite dans le quartier Millandy. Pourtant, l'absence de renouvellement démographique n'est pas une fatalité. "Beaucoup de jeunes couples viennent ici parce que les prix sont plus accessibles", explique Serge Baikian, de l'agence Activimmo. Même si les charges sont élevées, le mètre carré coûte 2500 euros de moins que dans le reste de Meudon. Résultat: loin d'être un "quartier chaud", Meudon-la-Forêt demeure un lieu de vie populaire, apprécié pour sa mixité sociale. Un atout non négligeable, à condition de rompre son enclavement...

Dehors, le vent continue de souffler, donnant à l'endroit un air de bout du monde. Ce n'est pas pour rien que les Meudonnais le surnommaient autrefois la "petite Sibérie"...