Il y a dix ans, Neuf Cegetel posait ses premiers câbles téléphoniques au fond de la Seine, entre Boulogne et Meudon. Aujourd'hui, les mêmes câbles relient le siège social de l'opérateur au site de Meudon Campus. Construit sur les anciens terrains Renault, ce complexe moderne, sorti de terre en 2006, est le dernier-né des grands projets d'aménagement de la ville. Petit clin d'oeil de l'histoire: c'est précisément là que Neuf Cegetel a décidé de s'implanter au début de l'année.
Car Meudon attire désormais les entreprises de haute technologie. Jusque-là réputée surtout pour son charme résidentiel et ses coteaux boisés, la belle endormie du val de Seine -44 200 habitants- veut miser sur l'économie. Ce n'est certes pas encore l'effervescence, mais la commune, aiguisée par le dynamisme de ses voisines, Boulogne et Issy-les-Moulineaux, multiplie les projets d'aménagement. Conséquence: le nombre de salariés travaillant sur le territoire municipal devrait progresser de 50% d'ici à 2009. Une belle performance, que les autorités locales tentent de concilier avec l'image verte de la ville.
D'un côté le fleuve, de l'autre la forêt...
Cette préoccupation, les architectes Pei Cobb Freed & Partners l'avaient bien en tête lorsqu'ils ont construit à partir de 2004 les cinq immeubles de Meudon Campus. Derrière ses grandes verrières bleutées, le site, qui abrite 45 000 mètres carrés de bureaux accueillant 3000 salariés, a été conçu pour s'accorder avec un environnement privilégié. "Un traitement naturaliste" revendiqué par le paysagiste Michel Desvigne: "Nous tenions à inscrire le projet dans une continuité verte." Au point d'en faire un argument de vente. Car c'est bien cet "écrin de verdure" qui a séduit Philippe de Cuverville, directeur général délégué du groupe Neuf Cegetel. "De la fenêtre, on aperçoit la Seine, de l'autre côté la forêt, c'est vraiment un endroit agréable", dit-il. Un enthousiasme partagé par Philippe Schneider, directeur des ressources humaines de Gemalto. En 2006, le leader mondial de la carte à puce a joué les pionniers en installant son centre de recherche et développement sur le site. Auparavant écartelée entre Montrouge et Louveciennes, "la société a suivi la mairie dans son projet de redynamisation", se souvient son responsable.
Autre pôle de développement, la zone d'aménagement concertée (ZAC) de Montalet, à Meudon-la-Forêt, joue elle aussi la carte verte, avec la réalisation du futur Green Office de Bouygues Immobilier. Cet immeuble expérimental, conçu par l'Atelier 2M, se présente comme "le premier bâtiment de grande ampleur à énergie positive": il devrait produire plus d'énergie qu'il n'en consommera. La zone, où se trouvaient autrefois les usines de Chausson et de Maco Meudon, accueillera aussi à partir de 2009 un technopôle Bouygues Telecom: ce centre de recherche et de développement de 57 000 mètres carrés réunira les équipes réseaux et informatique de l'opérateur. Pour les deux filiales de ce fleuron du CAC 40, le cadre de vie, la proximité avec Boulogne et Issy-les-Moulineaux et l'espace disponible ont été déterminants dans le choix de Meudon. "Il n'est pas évident de trouver de grands terrains libres au pied du RER ou du métro", explique Eric Mazoyer, directeur général délégué de Bouygues Immobilier. Même constat de la part de Philippe de Cuverville, chez Neuf Cegetel, qui précise qu'Issy ne disposait pas d'un immeuble suffisamment grand pour accueillir tous les salariés.
Pourtant, l'arrivée du business à Meudon ne coule pas encore de source. Du côté des sociétés, on déplore l'absence de commerces de proximité et le manque de transports en commun. La touche verte de la ville trouve vite ses limites: beaucoup de salariés sont ainsi contraints de se rendre en voiture dans des bâtiments pourtant réputés phares en matière de développement durable... L'arrivée, prévue pour 2013, d'un nouveau tramway traversant Meudon, Boulogne-Billancourt et Saint-Cloud devrait néanmoins faciliter les déplacements. Même espoir avec la ligne qui reliera Châtillon à Viroflay, en 2011 ou 2012. Reste que les magasins ou les restaurants font toujours cruellement défaut. "Le quartier de Meudon Campus manque encore de convivialité, reconnaît Philippe Schneider. La mairie nous a vendu un projet en devenir: nous avons pris le pari."
Plus direct, Marc Mossé, tête de liste PS aux dernières élections municipales et membre du conseil municipal, regrette que "les entreprises ne soient pas véritablement intégrées dans la ville et ne créent pas d'emplois directs". En effet, les 6500 nouveaux salariés -venant s'ajouter aux 12 600 existants dans la commune- sont tous des transferts d'autres villes. Une critique réfutée par Hervé Marseille, maire (Nouveau Centre) de Meudon: "La venue de ces salariés apporte inévitablement un dynamisme. Ils fréquentent les commerces des environs, créent de nouveaux besoins et donc de nouvelles activités."
Il était temps. Car le réveil de Meudon paraît bien tardif, comparé à la vitalité d'Issy-les-Moulineaux (3450 établissements, 70 000 salariés) ou de Boulogne-Billancourt (12 000 établissements, 80 000 employés). Surtout, il doit tenir compte des revendications des associations locales, attachées à la protection de l'environnement. Lesquelles risquent bien, tôt ou tard, de freiner la mutation en profondeur de Meudon la verte.