Des astronomes chinois à Meudon, ce n'est pas de la science-fiction. Comme les étoiles n'ont pas de frontières, un laboratoire franco-chinois "hors les murs" verra en effet le jour avant la fin de l'année, afin de favoriser les échanges de chercheurs et d'étudiants. Alors que l'empire du Milieu s'impose comme une nouvelle puissance spatiale, ce projet est le débouché logique d'une longue collaboration. En avril 2005, une convention-cadre a été signée à Pékin avec l'Observatoire national chinois, tandis qu'en octobre dernier Daniel Egret, président de l'Observatoire de Paris, s'est rendu à Nankin pour y finaliser des accords de coopération. En outre, le satellite franco-chinois Smese (Small Explorer for Solar Eruptions), conçu pour analyser le champ magnétique de la couronne solaire, devrait prendre son envol en 2012. Mais, en la matière, les premières relations franco-chinoises remontent à plus d'un siècle: à l'époque où l'astronome Jules Janssen investissait, en 1876, les hauteurs de Meudon, des jésuites français fondaient en 1873, à Shanghai, le premier observatoire de la Chine moderne. Aujourd'hui, ce sont les structures les plus prestigieuses des deux pays qui opèrent un rapprochement.

Côté hexagonal, l'Observatoire de Paris emploie plus de 230 chercheurs travaillant sur trois sites - dont 126 à Meudon - dans un cadre de travail largement internationalisé: "Quand vous parlez à un astronome américain ou japonais, il connaît le nom de Meudon !", se réjouit Daniel Egret. Le campus s'est forgé une réputation notamment dans la réalisation d'instruments optiques pour les missions spatiales -parfois en collaboration avec des entreprises comme Thales, EADS ou Alcatel. Les caméras qui ont photographié Titan, satellite de Saturne, ont été mises au point à Meudon, à l'instar du télescope spatial Corot, mis en orbite le 27 décembre 2006.

En termes d'observation pure, seule la haute "tour solaire", érigée dans les années 1970, reste utilisée: "Nous menons ici une observation continue du Soleil, mais nous exploitons aussi les résultats des télescopes de l'Union européenne à Hawaii ou au Chili", explique l'enseignant-chercheur Jean-Marie Malherbe. En revanche, les deux télescopes du début du siècle dernier, sous leurs dômes blancs, sont réservés à la formation des étudiants, tandis que la lunette, la troisième plus grande du monde, relève désormais du patrimoine: achevée en 1895, elle est classée monument historique.

Reste, pour les responsables du site, une poussière d'étoile à balayer. La large coupole qui abrite la lunette demeure fermée au public: endommagée par la tempête de 1999, elle est toujours en restauration. Un morceau de l'arcade métallique intérieure repose devant l'édifice, sur la pelouse. "L'effondrement d'un échafaudage et un différend juridique ont provoqué un retard important. Je ne suis même pas sûr que la lunette pourra être montrée au public en 2009, pour l'Année mondiale de l'astronomie", se désole Daniel Egret.