La justice antiterroriste s'est saisie de l'enquête sur l'attaque menée ce vendredi à Rambouillet (Yvelines), près de Paris, où un homme a tué une fonctionnaire de police de coups de couteau à la gorge, dans l'entrée d'un commissariat, avant d'être abattu.
Les faits se sont produits vers 14h20 dans le sas du commissariat, a précisé la source policière. L'agente administrative du secrétariat, qui avait 49 ans, rentrait de pause quand l'assaillant lui a porté deux coups de couteau à la gorge, d'après les premiers éléments de l'enquête. Cette femme prénommée Stéphanie, qui n'était pas armée lors du drame, est décédée sur place, malgré l'intervention des pompiers. Elle travaillait à Rambouillet depuis 28 ans et était mère de deux filles, âgées de 18 et 13 ans.
"Nous ne céderons rien" face "au terrorisme islamiste", a déclaré le président Emmanuel Macron sur Twitter, après cette attaque survenue dans cette ville tranquille de près de 26 000 habitants située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris.
Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé s'être saisi de l'enquête, alors que la France a été marquée ces dernières années par plusieurs attaques à l'arme blanche, notamment contre les forces de l'ordre.
Une opération de police était également en cours en fin d'après-midi au domicile à Rambouillet de l'assaillant, ont constaté des journalistes de l'AFP. Trois véhicules du Raid sont stationnés dans une rue proche du domicile de l'attaquant tué par un policier après qu'il avait mortellement poignardé à la gorge une fonctionnaire du commissariat. Une trentaine d'hommes encagoulés sont descendus de ces véhicules pour entrer au domicile.
"Eléments de repérage"
Plusieurs éléments ont mené à une saisine du Pnat : "des éléments de repérage", la qualité de la victime - une fonctionnaire de police prise pour cible -, ainsi que les "propos tenus par l'auteur lors de la réalisation des faits", a expliqué le procureur antiterroriste Jean-François Ricard lors d'un point presse. Des témoins ont rapporté que l'assaillant aurait crié "Allah Akbar", selon une source proche de l'enquête.
Le Premier ministre Jean Castex s'est rendu sur les lieux, avec le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. "Notre détermination à lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes est plus que jamais intacte", a déclaré Jean Castex, venu montrer le soutien du gouvernement aux "policiers et fonctionnaires du commissariat". "La République vient de perdre l'une de ses héroïnes du quotidien, dans un geste barbare et d'une infinie lâcheté", a-t-il également écrit sur Twitter.
Inconnu de la police
L'assaillant a été touché par les tirs d'un seul policier, d'après une source policière. En arrêt cardio-respiratoire, il est décédé. Il s'agit d'un ressortissant tunisien de 36 ans, inconnu des services de police et des renseignements. Selon les premiers éléments, il était arrivé en situation irrégulière en 2009 et avait été régularisé depuis, a indiqué une source policière. Une perquisition était en cours dans le Val-de-Marne, au domicile d'une personne ayant accueilli Jamel G. à son arrivée en France en 2009, selon une source proche de l'enquête, confirmant une information du Point.
Ce drame survient alors que les forces de police des Yvelines gardent en mémoire le souvenir de l'assassinat d'un couple de fonctionnaires de police, tué à coups de couteau en juin 2016 dans son pavillon de Magnanville, par un homme se revendiquant de l'organisation Etat islamique.
Le 16 octobre 2020, le même département des Yvelines avait été marqué par l'attaque au couteau d'un professeur de collège, Samuel Paty, décapité par un jeune homme de 18 ans originaire de la république russe de Tchétchénie.
Sécurité renforcée
"C'est hélas en Yvelines, encore, et à Rambouillet, ville paisible et fraternelle, que l'horreur nous atteint", a affirmé le président du conseil départemental Pierre Bédier, dans un communiqué. La maire Véronique Matillon a tenu à préciser à l'AFP que Rambouillet était une ville "tranquille, quasi provinciale". "Cela veut dire que ce genre d'attaque peut se produire partout", a-t-elle regretté.
Le délégué départemental du syndicat Unité SGP Police des Yvelines a appelé à "sécuriser les commissariats". "Même les plus petits commissariats peuvent être à tout moment une cible", a ajouté François Bersani, en rappelant qu'à Rambouillet, il y a "des personnels administratifs qui font seuls l'accueil, sans arme". "L'horreur, une fois encore qui vise et frappe les forces de l'ordre", a réagi le syndicat de police Alliance sur Twitter.
Après l'attaque de Rambouillet, Gérald Darmanin a demandé aux préfets de renforcer la sécurité aux abords des commissariats et des brigades de gendarmerie, "notamment s'agissant des accueils".
Xavier Bertrand, président (ex-LR) des Hauts-de-France, a de son côté déclaré sur Twitter : "Encore une fois les forces de l'ordre paient le plus lourd tribut pour notre sécurité. Immense tristesse et solidarité sans faille avec la famille et les collègues de la fonctionnaire de police qui vient d'être lâchement assassinée". Pour la présidente (ex-LR) de l'Ile de France Valérie Pécresse, "à Rambouillet le terrorisme islamiste a frappé le visage de la France. (...) Face à cette volonté de nous déstabiliser nous devons mobiliser toutes nos forces".
Cette attaque rappelle celle au couteau survenue en décembre 2014 au commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire), où l'assaillant avait gravement blessé trois policiers aux cris de "Allah Akbar".
Depuis 2015, une vague d'attentats djihadistes a fait plus de 260 morts en France. Plusieurs de ces attaques ont été perpétrées à l'arme blanche et en ciblant les forces de l'ordre, conformément aux mots d'ordre récurrents du groupe djihadiste État islamique (EI). La dernière attaque meurtrière des forces de l'ordre en France remonte au 3 octobre 2019, quand, dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris, un employé avait tué à coups de couteau trois policiers et un agent administratif, avant d'être abattu.
