L'émotion n'est pas retombée dans les rangs de la police. Deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson à Avignon, des milliers de policiers ont prévu de se rassembler mercredi devant l'Assemblée nationale à l'appel des syndicats, qui veulent plus de sévérité pour les "agresseurs des forces de l'ordre".

L'ensemble des syndicats ont appelé les "citoyens" à venir les "soutenir" lors du rassemblement prévu de 13 heures et 15 heures. Alors que la sécurité est devenue un thème de campagne à quelques semaines des régionales et à un an de la présidentielle, un large spectre d'élus devrait être présent, des Républicains au Rassemblement national, en passant par le Parti socialiste et le Parti Communiste (PCF).

Gérald Darmanin présent "pour la République"

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a confirmé lundi sa présence à la manifestation, lors d'un déplacement dans l'Eure. "Je serai mercredi à cette manifestation. C'est une manifestation pour la République", a déclaré le ministre de l'Intérieur, soulignant que "la colère des policiers est légitime". "Je vais leur dire à la fois mon soutien et ma présence et leur dire que nous sommes tous dans le même bateau pour lutter contre l'insécurité", a-t-il ajouté.

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"Quand ils sont attaqués sans cesse par une partie de la classe médiatique, lorsqu'ils ont connu depuis dix ans le terrorisme, dont ils ont été les premiers ciblés, quand ils ont connu évidemment un an de violences de la part d'une partie des gilets jaunes (...) je peux comprendre leur colère", a-t-il encore expliqué.

Mais les syndicats préviennent : "Nous n'offrons pas de tribune" aux politiques qui se mêleront au rassemblement des policiers mercredi devant l'Assemblée nationale, "y compris" au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a déclaré ce mardi Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergies Officiers. "On a invité tout le monde (...) Le ministre de l'Intérieur a dit qu'il passerait, grand bien lui fasse, au contraire. Il est le bienvenu, mais en tout état de cause pour tous les politiques, y compris le ministre de l'Intérieur, (il n'y a) pas de tribune, de piédestal", a-t-il ajouté au micro de RMC.

Jordan Bardella, du Rassemblement national

Le numéro deux du Rassemblement national Jordan Bardella a affirmé lundi qu'il participerait lui aussi, "comme beaucoup d'élus du RN", au rassemblement de mercredi.

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"Oui j'y serai, comme beaucoup d'élus du Rassemblement national et au-delà des partis politiques, comme de nombreux élus qui voient aujourd'hui que les policiers sont usés", a affirmé sur France Inter le vice-président du parti d'extrême droite, interrogé sa participation éventuelle à ce rassemblement.

Les policiers "vivent avec le traumatisme d'Avignon, où l'un des leurs a été abattu par probablement quelqu'un qui est un récidiviste", a-t-il ajouté. "Si nous arrivons aux responsabilités, nous rétablirons l'autorité de l'Etat et nous protégerons matériellement, juridiquement, administrativement et par le droit nos forces de l'ordre", a fait valoir le candidat du RN pour les élections régionales de juin en Ile-de-France.

Selon une récente enquête du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) relayée par France Inter, 74% des policiers actifs ont l'intention de voter pour le Rassemblement national à la présidentielle 2022.

Roussel, Faure et Jadot à gauche...

Le candidat du PCF à la présidentielle Fabien Roussel et le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure ont également appelé à participer à ce rassemblement. Interrogé sur la question, l'adjoint au logement à la mairie de Paris Ian Brossat a confirmé la participation du PCF à cette manifestation. "Bien sûr, le parti communiste y sera. Nous défendons toujours les fonctionnaires et en l'occurrence les fonctionnaires de police méritent d'être défendus parce qu'ils font un travail difficile", a précisé Ian Brossat sur Sud Radio. Yannick Jadot, député européen EELV, sera également présent.

Et les Insoumis absents

Contrairement à d'autres élus de gauche, Jean-Luc Mélenchon a de son côté annoncé ce mardi que les députés France insoumise dont il est le chef ne se rendraient pas à la manifestation des policiers mercredi devant l'Assemblée nationale. "La mobilisation policière du 19 mai n'est nullement une marche d'hommage aux policiers assassinés, c'est une manifestation pour un cahier de revendications corporatives comme le montrent les tracts des organisations policières", a indiqué Jean-Luc Mélenchon sur les réseaux sociaux, avant un communiqué de l'ensemble du groupe des députés LFI.

"Nous ne participerons pas parce que nous ne partageons pas les revendications sur la base desquelles les organisations policières appellent à manifester", à savoir une sévérité pénale accrue contre les agresseurs de forces de l'ordre, écrivent les députés LFI. "Le code pénal actuel prévoit déjà que le meurtre d'un fonctionnaire de police peut être puni de la réclusion criminelle à perpétuité. Quoi de plus ?", ajoutent-ils. "Nous sommes pour une véritable police nationale républicaine de proximité au service de l'intérêt général et du peuple français", affirme LFI.

"Nous ne cotiserons pas à l'ambiance générale de surenchère sécuritaire", préviennent les Insoumis, qui estiment que "le duo Gérald Darmanin et Marine Le Pen donnent le sens de cette manifestation en décidant de s'y rendre".