Ces derniers jours, les forces de l'ordre ont été secouées à plusieurs reprises. A peine remises de l'attentat djihadiste de Rambouillet - responsable de la mort d'une fonctionnaire de police - elles se sont émues, la semaine dernière, du meurtre d'un brigadier à Avignon. Alors qu'i recevait, lundi, les syndicats de policiers en colère à Matignon, le Premier ministre a décidé de serrer encore un peu plus la vis à l'égard des individus qui s'en prennent aux forces de l'ordre. L'ancien maire de Prades a annoncé un durcissement des peines contre les agresseurs de policiers et gendarmes.

De quoi s'agit-il exactement ? Dans un communiqué, Jean Castex a précisé que la peine de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime commis contre un policier ou un gendarme serait portée à trente ans. En plus de cela, Matignon a indiqué que les possibilités de réduction des peines seraient strictement limitées pour les agresseurs de membres des forces de l'ordre.

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Les violences contre les forces de l'ordre seront "désormais des délits spécifiques plus durement réprimés" et les refus d'obtempérer "punis plus fortement", a-t-il ajouté sans autre détail. Le garde des Sceaux prendra une circulaire demandant "aux parquets une fermeté stricte lorsque les forces de l'ordre sont prises à partie, en demandant notamment le déferrement systématique et un jugement rapide des auteurs", a également fait savoir le chef du gouvernement. Ce point fait référence notamment aux guets-apens, dont les syndicats de policiers ont regretté que les parquets ne se saisissaient pas.

Les syndicats de police restent méfiants

Par ailleurs, le Premier ministre a confirmé la mise en place, "dès le 1er juillet 2021", de l'observatoire de la réponse pénale, qui "portera principalement sur les infractions commises contre les forces de sécurité intérieures". Le rappel à la loi sera abrogé pour être remplacé par d'autres formes de réponses pénales "comme les travaux d'intérêt général et les amendes forfaitaires".

Ces nouvelles annonces ont été accueillies avec prudence chez les syndicats. "Il y a l'intention. On verra après dans les faits", a estimé Patrice Ribeiro (Synergies Officiers), pour qui la confirmation de la création d'un observatoire de la réponse pénale est une "avancée". Mais tous, à l'instar de Fabien Vanhemelryck (Alliance) ont fait valoir qu'alourdir les peines encourues ne signifiait pas que les peines prononcées le seraient. "Cela ne changera rien", a balayé ce dernier, qui a répété sa préférence pour des peines incompressibles et minimales. "On nous a répondu que ce n'était pas conforme à la Constitution", a-t-il dit.

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Grégory Joron (Unité SGP police) a pris acte positivement de la volonté du ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti de publier une circulaire aux parquets sur les guets-apens, dont les policiers se plaignent d'être victimes au quotidien." L'écoute a été sincère. Il y a une vraie prise en compte du moment de l'enjeu" et de "casser la spirale" de la violence, a-t-il jugé.

Tous ont salué l'abrogation du rappel à la loi, mais se sont montrés dubitatifs sur les alternatives qui leur ont été présentées. Le durcissement de ton du Premier ministre n'apaise donc pas les syndicats qui ont décidé de maintenir leur action du 19 mai, mais sous la forme d'un rassemblement devant l'Assemblée nationale et non plus d'une marche dans Paris.