Le terrorisme islamiste a de nouveau frappé la France, vendredi, à Rambouillet (Yvelines), non loin de Paris. La victime est une fonctionnaire de police, Stéphanie M., 49 ans. Cette mère de deux enfants âgés de 13 et 18 ans a été tuée au couteau par un Tunisien de 36 ans, Jamel G, dans le sas du commissariat où elle travaillait. L'enquête progresse rapidement, cinq personnes ont été placées en garde à vue et le logement de l'assaillant fouillé.
Le Premier ministre Jean Castex s'est rendu sur place. "Nous ne céderons rien" face au terrorisme, a réagi dans la soirée Emmanuel Macron sur Twitter. Dans une conférence de presse livrée ce dimanche, le procureur antiterroriste Jean-François Ricard a rappelé que 17 attaques islamistes ont été perpétrées contre les forces de l'ordre depuis 2014. Voici ce que l'on sait sur l'attaque de Rambouillet.
Le déroulé : une attaque éclair
Il est 14 h 25 vendredi quand un homme pénètre dans le sas sécurisé du commissariat de Rambouillet, situé dans une zone résidentielle de la commune cossue des Yvelines, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. Le déroulé des faits est le suivant : alors que la fonctionnaire de police rentre de pause, elle actionne la première porte du sas pour pénétrer dans le commissariat. L'agresseur court en direction de la victime "l'audition des témoins présents a mis en évidence que l'auteur des faits s'était engouffré derrière la victime lorsqu'elle franchit la porte", a précisé le procureur antiterroriste.
Il explique ensuite que l'agresseur a enserré la victime avec un bras et l'a bloquée contre la deuxième vitre du sas. " L'assaillant y assène deux coups de couteau, l'un à l'abdomen et le second à la gorge", reprend Jean-François Ricard. Selon deux témoins, l'homme a crié "Alla Akbar" lorsqu"il poignardait sa victime. Selon les informations dévoilées en conférence de presse, la lame du couteau faisait 22 centimètres.
La victime, Stéphanie M., est décédée sur place
La victime, grièvement blessée à la carotide, est morte de ses blessures sur place, malgré l'intervention des pompiers. Âgée de 49 ans, Stéphanie M. était une agente administrative du secrétariat, donc une fonctionnaire non armée. Elle travaillait depuis 28 ans "sur Rambouillet", a indiqué une source policière. Elle était mère de deux enfants, âgés de 13 et 18 ans.
Un hommage sera rendu lundi en fin d'après-midi à la fonctionnaire de police devant l'hôtel de ville de Rambouillet, a indiqué la mairie sur Twitter. Une cérémonie "sobre", un "moment de recueillement" pour "montrer notre soutien à sa famille, à ses collègues et aux policiers", a expliqué la maire, Véronique Matillon.
L'assaillant Tunisien abattu
L'auteur de l'attaque, touché par les tirs d'un policier présent, est décédé sur place. Selon les papiers d'identité retrouvés sur lui, Jamel G. était un ressortissant tunisien de 36 ans.
Originaire de la région de Sousse, dans l'est de la Tunisie, il était arrivé en France en 2009 et avait bénéficié en 2019 d'une autorisation exceptionnelle de séjour salarié, puis d'une carte de séjour en décembre 2020, valable jusqu'en décembre 2021, selon le Parquet national antiterroriste. Il était inconnu des services de police et de renseignements, ont confirmé plusieurs sources policières à l'AFP.
Les enquêteurs ont découvert sur son téléphone des consultations d'"anasheeds", ces chants religieux guerriers qui galvanisent les djihadistes. L'exploitation de son téléphone permet de voir qu'il avait "consulté des chants religieux glorifiant le martyre et le jihad", juste avant de passer à l'acte. Un coran et un tapis de prière ont été retrouvés dans ses affaires.
"La radicalisation de l'agresseur est peu contestable, a conclu le procureur antiterroriste avant d'ajouter, le contenu de ses publications sur Facebook a permis d'observer une évolution des messages publiés". En octobre dernier, Jamel Gorchene avait appelé le président Emmanuel Macron à présenter "ses excuses au prophète Mahomet et à tous les musulmans" après que le chef de l'Etat ait défendu le droit à caricaturer. Cependant, aucun support - comme une lettre d'allégeance à une organisation terroriste n'a été retrouvé à ce stade, rapporte le Parisien. "
Jamel Gorchene "n'avait pas été porteur de menaces, on n'avait pas détecté de signes de radicalisation" à son sujet, a développé samedi sur BFMTV le coordonnateur national du renseignement Laurent Nuñez. Il fait partie de ces "individus inconnus des services de renseignement, qui sont très isolés, n'ont pas de relations avec d'autres individus qui les rendraient détectables". Laurent Nuñez a insisté : "Les signes de radicalisation qu'ils donnent à voir sont très faibles."
Cinq personnes placées en garde à vue
Après une évaluation, le parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête pour "assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste".
Le procureur antiterroriste, Jean-François Ricard, a expliqué que cette saisine s'appuyait sur le mode opératoire, une attaque à l'arme blanche, la qualité de la victime - une fonctionnaire de police prise pour cible, conformément aux mots d'ordre récurrents du groupe djihadiste État islamique (EI) -, ainsi que les "propos tenus par l'auteur lors de la réalisation des faits" et "des éléments de repérage".
Trois personnes de l'entourage de Jamel G., dont une personne qui l'avait accueilli à son arrivée en France, ont été placées en garde à vue vendredi en fin d'après-midi. Son père a, lui aussi, été entendu en garde à vue. S'il n'avait pas noté "la pratique rigoureuse de l'islam" de son fils, il explique avoir remarqué chez lui "différents troubles du comportement". Jamel avait notamment sollicité une consultation psychiatrique, laquelle avait donné lieu à un nouveau rendez-vous", précise le procureur antiterroriste.
L'habitation du logeur, située dans le Val-de-Marne,et le domicile de l'assaillant ont été perquisitionnés. L'enquête a été confiée conjointement à la Direction centrale de la police judiciaire et à la Direction générale de la sécurité intérieure.
Une quatrième garde à vue était en cours ce samedi après-midi dans l'enquête, selon une source judiciaire. La garde à vue d'un homme, issu de l'entourage de l'assaillant, a débuté à la mi-journée, a précisé cette source. Le domicile de cette personne a été perquisitionné. Selon une source proche du dossier, il s'agirait d'un membre de la famille du meurtrier Jamel G. Son logement est situé en Seine-Saint-Denis, a précisé une seconde source proche de l'enquête.
Ce dimanche matin, "une cinquième mesure de garde à vue a été ordonnée pour un autre cousin", de l'auteur des faits a précisé Jean-François Ricard.
Darmanin renforce la sécurité autour des commissariats
Cette nouvelle attaque à l'arme blanche contre un membre des forces de l'ordre vient rappeler que le pays, dont le plan Vigipirate avait été rétrogradé début mars au niveau intermédiaire "risque attentat", vit toujours sous une menace terroriste très élevée depuis 2015.
Quelques heures après l'attaque le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a ainsi demandé aux préfets de renforcer la sécurité aux abords des commissariats et des brigades de gendarmerie.
Macron a rendu visite à la famille de la policière
Emmanuel Macron s'est rendu ce samedi à Thoiry (Yvelines) dans la boulangerie de l'époux de la fonctionnaire de police décédée la veille pour apporter son soutien à sa famille "très bouleversée et très digne", a annoncé l'Elysée. Il s'était auparavant entretenu dans la matinée avec le commissaire divisionnaire de Rambouillet pour lui exprimer "tout son soutien ainsi qu'aux collègues fonctionnaires de police", a précisé la présidence de la République.
