François Fillon a désormais rendez-vous avec la justice. À quelques jours des élections municipales, l'ancien Premier ministre, Pénélope Fillon et l'ancien suppléant à l'Assemblée nationale de François Fillon, Marc Joulaud, vont être jugés dans l'affaire des emplois présumés fictifs de l'épouse de François Fillon. Ce procès, l'un des principaux rendez-vous judiciaires de l'année, se déroule à partir de ce lundi et jusqu'au 11 mars prochain, au Tribunal correctionnel de Paris.
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Comme le note Vanity Fair, la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris devant laquelle sera jugée l'affaire n'est pas réputée pour son laxisme face aux moeurs des politiques. C'est elle, présidée par Benjamin Blanchet, qui avait condamné lourdement les Balkany en octobre dernier.
Mis en examen le 14 mars 2017, François Fillon est renvoyé en correctionnelle pour "détournement de fonds publics" sur plusieurs périodes entre 1998 et 2013. Les accusations antérieures, elles, sont prescrites. L'ancien Premier ministre est également renvoyé pour "complicité et recel" de ce délit, "complicité et recel d'abus de biens sociaux" ainsi que "manquement aux obligations déclaratives de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique".
Penelope Fillon, mise en examen le 28 mars 2017, est quant à elle jugée pour "complicité et recels de détournements de fonds publics" et "recels d'abus de biens sociaux". Marc Joulaud, le maire de Sablé-sur-Sarthe, est lui accusé de "détournements de fonds publics".
Plus d'un million perçu en une dizaine d'années
"L'affaire Fillon" avait défrayé la chronique en pleine présidentielle. Les soupçons d'emplois fictifs dont aurait bénéficié Pénélope Fillon avaient commencé lors de la publication d'un article du Canard enchaîné le 25 janvier 2017. À ce moment-là, François Fillon est encore l'un des deux favoris des sondages, avec Marine Le Pen. Selon l'hebdomadaire satirique, Penelope Fillon a été rémunérée 500 000 euros brut pour des emplois d'attachée parlementaire auprès de son mari et auprès de Marc Joulaud.
Ce montant sera revu à la hausse une semaine plus tard : plus de 800 000 euros brut étalés sur trois périodes : de 1988 à 1990, de 1998 à 2007 et de 2012 à 2013. En réalité, selon les décomptes faits lors de l'enquête judiciaire, elle aurait perçu 1,054 million d'euros pour des contrats entre 1998 et 2002, 2002 et 2007, puis entre 2012 et 2013.
L'Assemblée nationale a annoncé la semaine dernière qu'elle comptait se porter civile au procès et demander 1 081 219 euros de dommages et intérêts à Fillon et à Joulaud, comme l'a annoncé BFMTV. Un montant "correspondant aux salaires versés avec les charges patronales", a précisé au Monde la députée LREM Laurianne Rossi, questeuse de l'Assemblée.
"Je n'ai jamais été réellement son assistante"
Plusieurs éléments révélés au fil des semaines ont jeté le trouble sur la réalité effective du travail de Pénélope Fillon. Notamment cette phrase dans un entretien vidéo accordé au Sunday Telegraph, en mai 2007, et exhumé par Envoyé Spécialle 2 février 2017 : "Je n'ai jamais réellement été son assistante ou quelque chose de ce genre".
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Penelope Fillon a par ailleurs occupé un emploi de conseillère littéraire à la Revue des deux mondes, entre mai 2012 et décembre 2013, touchant 135 000 euros au total pour ce poste. Le propriétaire de cette revue est Marc Ladreit de la Charrière. Cet homme d'affaires proche de Fillon a été élevé à la dignité de grand-croix de la légion d'honneur le 31 décembre 2010, quand Fillon était Premier ministre.
Marc Ladreit de la Charrière a été condamné le 11 décembre 2018 à huit mois de prison avec sursis et à une amende de 375 000 euros dans le cadre d'une procédure de plaider-coupable. "De mai à décembre 2012, il n'y a pas eu de contreparties suffisantes à son salaire (...) De janvier à décembre 2013, elle n'a fourni aucun travail", a-t-il reconnu, comme le rapporte Le Monde.
"La première et la plus importante collaboratrice"
Ces propos ont mis à mal la défense de François Fillon. L'ancien Premier ministre, lui, a toujours défendu son épouse. Avant son procès, il a assuré sur France 2 le 30 janvier dernier que son emploi n'était pas "fictif". Selon lui, Pénélope Fillon a été "la première et plus importante collaboratrice", "sur le terrain dans la Sarthe", pour gérer "son agenda local, le courrier parlementaire, superviser ou corriger les discours".
Durant la campagne présidentielle, Fillon et ses soutiens avaient contre-attaqué à plusieurs reprises. Dès les premières révélations, le candidat des Républicains s'est dit "scandalisé par le mépris et la misogynie" de l'article du Canard enchaîné. Le 1er février 2017, il affirmait être victime d'un "coup d'État institutionnel" dirigé par la gauche contre sa candidature. Et le 23 mars 2017, sur France 2, il mettait directement en cause le "président de la République" François Hollande : "On cherchait un cabinet noir, on l'a trouvé".
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Fillon et son entourage ont par ailleurs régulièrement dénoncé l'acharnement médiatique au rythme des révélations. Outre le "Penelopegate", "l'affaire Fillon" a également été élargie à l'embauche et à la rémunération de deux de ses enfants, Marie et Charles, lorsque François Fillon était sénateur, entre 2005 et 2007. Ils ont perçu au total 117 400 euros, une somme reversée en grande partie à François Fillon. Pendant l'enquête, Charles et Marie Fillon avaient été placés sous le statut de témoin assisté, le 4 juillet 2017. Les magistrats ont considéré qu'il n'existait pas "d'indices graves ou concordants" justifiant leur mise en examen.
"L'affaire Fillon" avait également éclaboussé l'ancien candidat LR pour son goût prononcé pour les vêtements de luxe. Le Journal du dimanche a ainsi dévoilé le 12 mars 2017 qu'un donateur lui avait offert deux costumes d'une valeur de 13 000 euros. Il s'agit de l'avocat Robert Bourgi, bien connu des réseaux de la Françafrique. Ces révélations bien embarrassantes ont sans doute définitivement empêché François Fillon de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Et plongé la droite dans un long chaos.
