Les faits se seraient produits entre 2016 et 2019. Une enquête pour "violences aggravées" a été ouverte après des suspicions de violences envers des adolescents placés dans deux centres éducatifs renforcés du Bas-Rhin, a-t-on appris ce jeudi auprès du parquet de Colmar.

"Une enquête pénale est ouverte pour les violences alléguées dans deux" centres éducatifs renforcés, a indiqué Agnès Robine, procureure de la République adjointe de Colmar, confirmant une information du magazine L'Obs. Cette enquête préliminaire pour "violences aggravées" a été confiée à la gendarmerie.

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Trois anciens pensionnaires des centres, un jeune majeur et deux mineurs, vont déposer plainte pour violences aggravées, non assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d'autrui, a indiqué leur avocat, Me Mohamed Aachour.

"Nous sommes choqués par ce que nous apprenons", a réagi Carmen Kleindienst, chargée de la communication à l'Association régionale spécialisée d'action sociale d'éducation et d'animation (Arséa), qui gère une cinquantaine de structures, dont ces deux centres. L'association condamne "sans appel de tels comportements (...) s'ils devaient être avérés" et dont l'Arséa n'avait pas connaissance, a-t-elle ajouté. Des enquêtes interne et administrative ont été diligentées.

"Arène de fauves"

Les faits se seraient produits dans les centres de Breitenbach et d'Urbeis, qui accueillent des adolescents de 13 à 17 ans "en rupture de lien social", selon l'Arséa. Cet accueil se fait dans le "cadre légal régissant l'accompagnement de mineurs (...) et du cahier des charges" de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

L'Obs a publié en fin de semaine dernière sur son site un document sonore dans lequel un homme, présenté comme un éducateur, explique avoir "mis une grosse balayette" à un adolescent de l'un des centres. Cet éducateur a depuis été "mis à pied", selon Carmen Kleindienst.

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Jeudi, le magazine a publié dans son édition papier un long article illustré de photos montrant notamment un enfant à qui l'on rase les cheveux. Insultes et violences physiques seraient monnaie courante dans ces deux centres, affirme le magazine, qui a recueilli plusieurs témoignages en ce sens, dont celui d'un éducateur témoignant à visage découvert.

Cet éducateur, licencié récemment après plusieurs années dans la structure, "nous [avait] laissé entendre qu'il avait des révélations à faire", sans en préciser la nature ni porter plainte, a relevé Carmen Kleindienst, qui s'interroge sur la "temporalité" des révélations.

Le centre de Breitenbach est décrit par des salariés comme "une arène de fauves" où les adolescents sont devenus "les jouets de certains adultes" et leur "défouloir". A Urbeis, une psychologue affirme qu'un adolescent lui a dit que les "deux traces rouges" qu'il avait "au niveau du cou" avait été faite par un éducateur qui l'avait "étranglé". Un jeune de 17 ans aurait été "battu, giflé" et "poussé violemment" après avoir refusé de finir un bol de lait et sa plainte classée sans suite. Sur les 24 éducateurs exerçant sur les deux sites, "pas un n'est titulaire d'un diplôme d'éducateur PJJ", affirme L'Obs.