Depuis plusieurs jours, la date du jeudi 13 janvier est cernée de rouge. Près de 38,5% des enseignants sont en grève dans les écoles, selon le ministère de l'Education. L'objectif : protester contre la "pagaille" provoquée par la multiplication des protocoles sanitaires, tandis que le SNUipp, premier syndicat du primaire, annonce 75% de grévistes. Une mobilisation importante qui se concrétise par la fermeture d'une école primaire sur deux. Dans les collèges et lycées, 23,7% des enseignants sont mobilisés, selon le ministère, tandis que le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, annonce 62% de grévistes. Dix jours après la rentrée, les enseignants laissent éclater leur colère, critiquant la gestion de la crise sanitaire par Jean-Michel Blanquer.
Parmi leurs revendications : la fermeture des classes lors de l'identification d'un élève positif, l'équipement en masques chirurgicaux et FFP2 ou encore la mise en place de capteurs de CO2 dans les lieux de vie. Pour le milieu enseignant, le regain épidémique - tiré par le variant Omicron - vient accentuer des problèmes déjà existants comme le manque d'enseignants - qui dénoncent une précarisation de leur métier - et les difficultés de remplacement. Les turbulences de la rentrée scolaire - marquée par trois changements du protocole sanitaire en une semaine - achèvent d'enfoncer le clou. Lundi 10 janvier, l'annonce d'un assouplissement du par le Premier ministre constitue un premier aveu d'échec pour l'ancien chouchou du gouvernement.
Les élèves identifiés comme cas contact devaient se soumettre immédiatement à un test PCR ou antigénique, désormais un simple autotest, qui devra être renouvelé à J+2 et J+4, devra être effectué. Les trois autotests seront gratuits, grâce à une attestation délivrée par l'école. Mais ils continueront à n'être distribués qu'en pharmacie. Le chef du gouvernement précise également qu'une seule attestation sur l'honneur, certifiant que le premier autotest est négatif, suffirait pour un retour en cours. Par rapport à "la façon dont on protège les personnels et les élèves, il n'a apporté aucune réponse", abonde Sophie Vénétitay, du Snes-FSU (1er dans le second degré). Pour Stéphane Crochet, du SE-Unsa, "cette nouvelle règle ne va faire qu'ajouter de la tension sur le terrain, là où la situation est déjà très tendue".
L'exécutif fait bloc autour de Blanquer
Si l'intervention télévisée du Premier ministre apparait comme une tentative de calmer le feu qui couve chez les enseignants et les parents d'élèves, l'exercice n'a pas fonctionné. En plus d'une colère cristallisée par le protocole Covid-19 - repris sur Twitter par le hashtag #ProtocoleTousInfectés - il existe un sentiment fort d'abandon chez le personnel éducatif. Après l'annonce de Castex, Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, dénonce un "total mépris vis-à-vis des enseignants qui sont sur le terrain", estimant que les nouvelles mesures ne vont "pas du tout faire réduire le nombre de contaminations à l'école, au contraire (...) car il suffit désormais d'une attestation sur l'honneur des parents". La semaine est déjà mal embarquée pour l'exécutif, mais Jean-Michel Blanquer rajoute de l'huile sur le feu. Mardi, il appelle à "l'unité de la Nation autour de son école", arguant qu'"on ne fait pas une grève contre un virus".
Pour l'ancien directeur de l'ESSEC, "c'est dommage d'avoir une journée qui va perturber davantage le système", a-t-il dit. De leurs côtés, les représentants syndicaux fulminent. "Quand le chaos est provoqué par le ministre lui-même, il peut toujours chercher la paix sociale, il va avoir du mal à trouver", twitte Guislaine David ce mardi. En toile de fond de cette colère sociale, la crise sanitaire poursuit son chemin : le ministre a fait état de 10 000 classes fermées lundi soir, soit 2% des classes en primaire, et de 50 000 cas positifs cumulés, sur 12 millions d'élèves. Emmanuel Macron tente de se positionner au-dessus de la mêlée : il reconnaît "la lassitude" des enseignants et des parents d'élèves, mais demande "de la patience" tout en défendant à nouveau son choix de laisser les écoles ouvertes.
A quelques mois du scrutin présidentiel, l'opposition profite de la colère des enseignants pour s'engouffrer dans la brèche. Hommes et femmes politiques de tout bord s'emparent avec gourmandise du sujet en dénonçant, à l'instar du président LR du Sénat Gérard Larcher, "la pagaille" ambiante. La cible privilégiée reste Jean-Michel Blanquer, objet de tirs croisés de tous les bancs à l'Assemblée mardi, la gauche demandant sa démission." Son protocole a fait pschitt. Il fait l'unanimité contre lui", a ainsi estimé mardi le candidat PCF à l'élection présidentielle Fabien Roussel, quand la députée LR Annie Genevard l'a accusé de "rester sourd à la désorganisation du pays". Cheffe du Rassemblement national, Marine Le Pen compare les tests qu'ils leur sont imposés pour retourner à l'école à de "la maltraitance".
Face aux critiques répétées, l'exécutif serre les rangs. "On est tous très en soutien de Jean-Michel Blanquer", affirme mercredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal." On avance comme un pack dans cette crise depuis le début, c'est vrai qu'il y a eu des difficultés et donc il y a une solidarité évidemment entre les membres du gouvernement", ajoute Gabriel Attal, en précisant que les "décisions sont prises de manière collégiale". En interne, l'entente de façade se craquelle. Les rapports du ministre de l'Education avec son homologue de la Santé, Olivier Véran, sont questionnés. Selon plusieurs médias, un échange tendu a opposé les deux hommes en marge du Conseil des ministres mercredi. Longtemps solide au poste, record de longévité à la clé, le patron de la rue de Grenelle connaît une fin du quinquennat difficile.
