Rebelote. Moins de trois semaines après un premier texte très controversé pour lequel certains signataires sont menacés de sanctions, l'hebdomadaire Valeurs Actuelles a publié dimanche soir une nouvelle tribune de militaires "pour la survie de notre pays", lancée cette fois par des militaires d'active, et ouverte aux signatures. D'après un compteur mis en place sur le site Internet du média, celle-ci avait déjà été signée plus de 163 000 fois ce lundi en fin d'après-midi. La ministre des Armées, Florence Parly, dénonce une "grossière machination politique."

Des auteurs anonymes, "entrés récemment dans la carrière"

"Nous sommes de ce que les journaux ont nommé 'la génération du feu'. Hommes et femmes, militaires en activité, de toutes les armées et de tous les grades, de toutes les sensibilités, nous aimons notre pays. Ce sont nos seuls titres de gloire. Et si nous ne pouvons pas, réglementairement, nous exprimer à visage découvert, il nous est tout aussi impossible de nous taire", écrivent-ils pour se présenter.

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"Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s'agit pas, cette fois, d'émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s'agit pas de prolonger vos mandats ou d'en conquérir d'autres. Il s'agit de la survie de notre pays, de votre pays", poursuivent les auteurs dans ce texte adressé au Président de la République, aux ministres, aux parlementaires et aux officiers généraux. Ils disent être "entrés récemment dans la carrière" et précisent qu'ils ne peuvent pas "réglementairement" s'exprimer "à visage découvert".

Ces précisions tranchent avec la toute première tribune de militaires, signée fin avril par une majorité d'hommes à la retraite et notamment soutenue par la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen.

Ils dénoncent des "concessions" face à l'islamisme

Les auteurs de la tribune dénoncent les "concessions" réalisées par l'Etat sur la question de l'islamisme. Eux, les "Sentinelles" en action. "Afghanistan, Mali, Centrafrique ou ailleurs, un certain nombre d'entre nous ont connu le feu ennemi. Certains y ont laissé des camarades. Ils ont offert leur peau pour détruire l'islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol", disent les militaires. "Presque tous, nous avons connu l'opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. Nous avons subi les tentatives d'instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien - rien qu'un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine".

Ils comparent enfin leur combat à celui des résistants de 1940 et des poilus d'il y a un siècle. "Nos aînés, ce sont les résistants de 1940, que, bien souvent, des gens comme vous traitaient de factieux (...) ; ce sont les poilus de 14, qui mouraient pour quelques mètres de terre, alors que vous abandonnez, sans réagir, des quartiers entiers de notre pays à la loi du plus fort".

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Les auteurs y voient un nouveau motif d'affrontement. "De nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement", pointent-ils. Et se placent, selon la traditionnelle rhétorique d'extrême droite, comme des sauveurs : "L'armée maintiendra l'ordre sur son propre sol, parce qu'on le lui demandera."

Condamnation de la ministre des Armées

La ministre des Armées Florence Parly a dénoncé cette tribune. "Elle relève d'une grossière machination politique (...) elle utilise toute la rhétorique, le vocabulaire, le ton, les références qui sont celles de l'extrême droite", a-t-elle déclaré sur BFM TV. Selon elles, les propos ont "sûrement" pour but "de diviser, fracturer, dans un moment où la France a besoin de se réunir, de se retrouver".

Valeurs Actuelles avait déjà publié le 21 avril une tribune choc dans laquelle "une vingtaine de généraux, une centaine de hauts gradés et plus d'un millier d'autres militaires", appelaient le président Emmanuel Macron à défendre le patriotisme, et se disaient "disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation".

Saisi par des parlementaires de la France insoumise, le procureur de Paris Rémy Heitz avait rejeté la demande d'engager des poursuites visant les auteurs et diffuseurs de la tribune car "aucune infraction pénale" n'y figure.

Dix-huit militaires d'active signataires de cette tribune controversée doivent toutefois passer devant un conseil militaire, avait annoncé le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, au Parisien, le 29 avril. Difficile de dire s'il en sera autant pour cette nouvelle tribune, qui cette fois, a été réalisée sous couvert d'anonymat.

Reste qu'elle a été accueillie froidement au sein de l'état-major des armées, qui tient à se démarquer de ces propos. "Un rappel ferme sera fait par le commandement sur le respect du devoir de réserve" car "l'apolitisme fait notre crédibilité et la cohésion est ce qui fait notre force", a déclaré à l'AFP un haut gradé de l'état-major. "On peut avoir des convictions personnelles mais les armées sont apolitiques et d'une fidélité absolue au Président élu, elles sont subordonnées au chef des armées. Si on a des états d'âme, il faut quitter l'armée en conscience".