Les vaccins Covid-19 nouvelle génération pourraient bientôt arriver en France. Appelés "bivalents", ces vaccins par ARN messager produits par les laboratoires Pfizer et Moderna ciblent à la fois la souche historique du virus et son variant Omicron. Il en existe deux versions : un vaccin efficace contre le virus original et le sous-variant d'Omicron BA.1, un autre contre le virus original et les sous-variants d'Omicron BA.4 et BA.5. C'est particulièrement cette dernière version qui intéresse, puisque BA.5 représente plus de 95% des prélèvements en France et est majoritaire dans de nombreux pays dans le monde.
Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA, l'agence américaine du médicament) a autorisé les vaccins bivalents BA.4/BA.5 de Pfizer et de Moderna. En Europe, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a autorisé les vaccins bivalents BA.1 de Pfizer et de Moderna et a autorisé le BA.4/BA.5 de Pfizer lundi 12 septembre. En France, la décision de mise sur le marché de nouveaux vaccins repose sur l'avis de la Haute Autorité de santé (HAS), qui était attendu ce 12 septembre. Mais alors que l'automne approche et, avec elle, une potentielle nouvelle vague de Covid-19, de nouvelles questions se posent : ces vaccins sont-ils vraiment plus efficaces contre Omicron ? Faut-il attendre leur mise sur le marché pour se faire injecter une 4e dose et, si oui, lequel choisir, BA.1 ou BA.4/BA.5 ?
Les vaccins "historiques" restent sûrs contre les formes graves
Omicron et ses sous-variants présentent des capacités d'échappement. Les vaccins historiques sont donc moins efficaces que pour les précédentes souches. Ils n'empêchent pas, ou très peu, l'infection et la transmission du virus. La protection que les vaccins historiques accordent contre les formes graves d'Omicron est également moins bonne que pour les précédentes souches, mais elle reste "très efficace", avec "une effectivité sur les hospitalisations et sur le passage en soins critiques de 80 et 92%", assure la Société Française de pharmacologie et de thérapeutique, qui cite de nombreuses études scientifiques.
"Les données scientifiques indiquent que les doses de rappel permettent une bonne protection - grâce à une production d'anticorps neutralisants - contre les formes graves d'Omicron et ses sous-variants, mais que cette protection diminue après trois mois chez les moins de 65 ans et plutôt après un mois et demi chez les plus âgés et les immunodéprimés", précise Morgane Bomsel, virologue et chercheuse du CNRS à l'Institut Cochin.
Manque de données sur l'efficacité des vaccins bivalents
Quant aux vaccins bivalents, il existe certaines certitudes, mais aussi des interrogations. Les deux versions BA.1 et BA.4/BA.5 ont par exemple réussi les tests portant sur la sécurité. En d'autres termes, nous savons qu'ils ne sont pas toxiques pour l'humain. "Il n'y avait pas de raison que ce soit très différent des vaccins basés sur la souche historique", commente Morgane Bomsel. Nous savons aussi que ces vaccins, qui codent la protéine Spike du sous-variant BA.1 ou celle des sous variants BA.4/BA/5, sont censés permettre à notre système immunitaire de produire des anticorps plus efficaces contre Omicron. Du moins en théorie, car en pratique, les données manquent pour affirmer que ce sera bien le cas. Les laboratoires Pfizer et Moderna n'ont en effet pas eu le temps de conduire des essais cliniques d'efficacité.
"La formulation bivalente BA.1 actuellement homologuée repose principalement sur des essais effectués en laboratoire, à partir d'anticorps neutralisants sur sérum humain ; et le bivalent BA.4-BA.5 a été homologué aux Etats-Unis sur la seule base d'essais d'efficacité conduits chez le rongeur, en plus d'études sur sa sécurité chez l'homme", détaille Antoine Flahault, épidémiologiste, directeur de l'Institut de santé globale et professeur à la faculté de médecine de Genève. "Nous ne savons pas grand-chose effectivement, confirme Morgane Bomsel. J'ai cherché pendant un certain temps les données sur la protection et pour l'instant nous savons seulement que les laboratoires affirment qu'un rappel avec un vaccin bivalent conduit à la production d'anticorps plus efficaces qu'avec un rappel d'un vaccin 'historique', sauf qu'ils n'indiquent pas si cela est 10, 20 ou 30 fois plus efficace".
En attente des résultats "en vie réelle" aux Etats-Unis
Mais alors, quand le choix se présentera entre le vaccin bivalent BA.1 et le BA.4/BA.5, lequel faudra-t-il choisir ? BA.1 a été développé un peu plus tôt et les scientifiques disposent d'un plus grand nombre de données scientifiques à son sujet. Néanmoins, la logique voudrait que BA.4/BA.5 soit préféré, puisque c'est ce dernier sous-variant qui est très largement majoritaire. "Le bivalent BA.1 me semble déjà un peu dépassé aujourd'hui et pourrait ne pas apparaître beaucoup plus efficace que le monovalent originel", note Antoine Flahault. Quant à BA.4/BA.5, le spécialiste estime qu'il convient d'attendre les données de "l'expérience en vie réelle menée aux Etats-Unis", où les vaccins bivalents de Pfizer et Moderna sont largement distribués.
En conclusion selon l'expert, les personnes qui n'ont pas été vaccinées ni infectées depuis plus de trois mois ne devraient pas attendre les vaccins bivalents pour se faire injecter une quatrième dose. "Nous savons aujourd'hui que les personnes ayant reçu quatre doses de vaccin monovalent sont moins souvent hospitalisées que celles qui n'en ont reçu que trois alors que pour le vaccin bivalent, nous n'avons pas encore ces données, assure-t-il. Dans tous les cas, la quatrième dose est donc hautement recommandée et sans délai pour toutes les personnes adultes éligibles à la vaccination, et en priorité aux personnes à risque de formes graves".
De son côté, Morgane Bomsel fonde ses espoirs sur les vaccins muqueux, qui sont injectés dans le nez et permettent de stimuler une protection immunitaire dans les voies respiratoires hautes et donc de bloquer la porte d'entrée du virus. Avec une protection suffisante, ces vaccins, couplés avec les vaccins par piqûre, pourraient permettre de bloquer la diffusion du virus et potentiellement mettre un terme à la pandémie. "Il y a une dizaine d'essais cliniques dans le monde sur des vaccins muqueux. Le vaccin chinois de Sinovac vient de sortir et les chercheurs ont démontré qu'il permet de bloquer la transmission sur des modèles animaux, indique la chercheuse. Il n'y a pas encore beaucoup de publications scientifiques, mais il semble assez clair que les vaccins muqueux qui donneront une bonne réponse immunitaire au niveau nasal permettront de faire une véritable différence dans la lutte contre le Covid-19. C'est encore très récent, mais nous commencerons à voir les résultats dans quelques mois."
