OUI / "Le virus circule encore trop fortement"

Par le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale à l'Université de Genève (Suisse).

Il restait jusqu'au 14 mars deux mesures sanitaires : le passe vaccinal et le port du masque dans les lieux clos. Pour les lever, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait proposé que des objectifs sanitaires soient atteints : une incidence inférieure à 300 cas pour 100 000 habitants, moins de 1 500 patients en réanimation et un taux de reproduction (le "R") inférieur à 1. Nous voyons bien que la totalité de ces indicateurs ne sont pas respectés, et pourtant, ces mesures ont été levées. Le passe sanitaire représentait avant tout une incitation à la vaccination. Aujourd'hui, même si toute la population n'est pas encore vaccinée, il paraît difficile d'aller plus loin. Il semble donc raisonnable de lever le passe vaccinal, d'autant que le vaccin a un impact limité sur la transmission.

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En revanche, le masque représente un bon moyen de limiter la circulation du virus, et il est d'autant plus efficace que son port est généralisé. Depuis le 14 mars, il demeure obligatoire uniquement dans les transports et les établissements de santé. Mais à partir du moment où on lève cette obligation dans les entreprises, les écoles ou encore les magasins, le relâchement se diffuse, et il finit par ne plus être porté aussi correctement dans les transports non plus. C'est ce qui se passe en Suisse par exemple, où les allègements ont déjà été mis en oeuvre.

N'oublions pas qu'il reste de nombreux adultes et enfants à risque de faire des formes graves, du fait de leurs comorbidités ou parce qu'ils sont immunodéprimés. Ces patients peuvent se protéger avec des masques FFP2 bien ajustés. Mais ce sera très stigmatisant s'ils sont les seuls à le faire. Ils risquent aussi d'être contaminés à domicile par leurs proches. Pour toutes ces raisons, il aurait été opportun de surseoir à la fin du masque obligatoire, notamment en entreprise, et de s'en tenir aux indicateurs sanitaires préconisés par le ministre de la Santé. Le virus se moque des dates décidées par les politiques...

NON / "Nous avons suffisamment de recul"

Par Benjamin Davido, infectiologue et directeur médical référent Covid-19 à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine).

L'assouplissement des restrictions sanitaires est logique. Nous avons suffisamment de recul sur certaines mesures d'allégement - notamment dans les restaurants et avec la réouverture des discothèques -, alors même que se poursuit la décrue dans les hôpitaux. Les Français sont largement couverts et cela conduira à une immunité collective vaccinale et naturelle qui devrait être obtenue à la fin du mois d'avril. Pourquoi ne pas enchaîner sur d'autres mesures plus pérennes afin d'anticiper "la vie d'après" ? Le virus va avoir de plus en plus de mal à circuler. Le risque d'être contaminé même pour les personnes immunodéprimées baisse, tout comme la probabilité de développer une forme grave et d'être hospitalisé après avoir contracté le variant Omicron.

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Aujourd'hui nous disposons de solutions presque à la carte : de nouveaux vaccins (Novavax), des anticorps monoclonaux en prévention et pour des traitements, etc. L'idée n'est pas de faire peser les mesures sur les personnes fragiles et vulnérables, mais de recentrer la gestion de la crise sanitaire sur eux. Il faut se projeter vers quelque chose de plus acceptable pour l'ensemble de la population.

Je suis convaincu que l'on va passer un été assez tranquille. Evidemment, je reste très prudent : personne n'avait vu la vague Delta l'été dernier. Quand bien même les conditions seraient réunies pour créer une nouvelle vague, elles seraient contrebalancées par l'immunité collective. En parallèle, il faut aussi se concentrer sur les indicateurs qui comptent : le nombre de patients hospitalisés et en réanimation. Par ailleurs, il est important de regarder le nombre de morts, Nous n'en parlons jamais. Mais il reste trop important quotidiennement. Il faudra le prendre en considération et remettre l'église au milieu du village. Ce chiffre doit être inclus dans les critères de politique de santé.