Alors que les autorités sanitaires annoncent une huitième vague d'épidémie de Covid-19 dans les semaines à venir, des équipes de chercheurs ont identifié un nouveau sous-variant d'Omicron qui semble être plus résistant à l'immunité proférée par les vaccins.

Depuis son apparition, la souche Omicron (B.1.1.529) a donné naissance à plusieurs sous-variants du même nom, dont BA.1, BA.2 ou encore BA.1.1 et BA.4.6. C'est aujourd'hui l'empreinte du BA.5 qui domine à 83% les contaminations autour du globe et à 95% en France. Le nouveau en date a été identifié sous le nom de BA.2.75.2. Selon plusieurs virologues, il pourrait être "le prochain variant à prendre le relais".

Que sait-on de ce sous-variant BA.2.75.2 ?

Il a été identifié pour la première fois en Inde au mois de juillet, où il est aujourd'hui majoritaire et prend de l'ampleur au Japon ainsi qu'à Singapour. Il est désormais présent dans une quinzaine de pays, dont le Chili, l'Angleterre, les Etats-Unis, l'Espagne ou encore l'Allemagne. Pour l'heure, ce nouveau sous-variant d'Omicron ne représenterait que 0,5% des coronavirus séquencés à travers le monde au cours des trois derniers mois. "Ce n'est pas anodin de voir que bien que dominant dans certaines régions en Inde, il a déjà émergé ailleurs dans le monde", observe auprès de L'Express Christine Rouzioux, professeure émérite de virologie à la faculté de médecine de Necker et membre de l'Académie de médecine.

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"En France, la détection de BA.2.75 reste faible, avec un maximum de 0,3%", indique Santé publique France dans sa dernière analyse de risque sur les variants émergents, en date du 7 septembre. "Seules 22 séquences du sous-lignage BA.2.75 ont été détectées en France métropolitaine", précise le document. Mais cela ne signifie pas qu'il ne nécessite pas une surveillance accrue. D'autres sous-variants d'Omicron, au départ minoritaire, ont par la suite pris le dessus des contaminations. "L'évolution de cette détection de BA.2.75, sur l'ensemble du territoire et au niveau régional, est suivie de près", souligne encore Santé publique France.

Certaines questions restent encore en suspens concernant ses caractéristiques, notamment de transmission et de contamination. "On manque encore un peu de recul, explique Christine Rouzioux, qui salue par ailleurs la surveillance internationale organisée autour des mutations du Covid-19. Toutefois, les scientifiques indiens rapportent qu'il n'y a pour l'instant pas d'augmentation significative du nombre d'hospitalisations directes dans les régions où il circule".

Pourquoi Omicron domine-t-il toujours ?

Omicron est le treizième variant du Sars-CoV-2 depuis la détection de la première souche début 2020. Cette dénomination par l'alphabet grec avait été voulue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour qualifier et classer les variants les plus inquiétants du virus. Mais depuis son apparition en novembre dernier, il semblerait qu'Omicron domine largement. "La grande famille d'Omicron ne semble pas avoir terminé de faire parler d'elle", constate Antoine Flahault, épidémiologiste, directeur de l'Institut de santé globale et professeur à la faculté de médecine de Genève. "BA.1 a fait son entrée en décembre 2021 pour générer une vague très importante de contaminations dont le pic a eu lieu fin janvier 2022 en France, suivi par BA.2 en avril et BA.5 en juillet. Ce dernier sous-variant BA.5 d'Omicron revient actuellement déclencher une nouvelle vague automnale en Europe de l'ouest", précise l'épidémiologiste. Plusieurs autres sous-variants d'Omicron préoccupent la communauté scientifique, dont BA.4.6.

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"L'intense activité épidémique depuis qu'Omicron est devenu le variant dominant sur toute la planète, est due à sa très grande transmissibilité concomitante de sa capacité d'échappement immunitaire, signale Antoine Flahault. Il semble que ces deux déterminants expliquent la domination sans partage d'Omicron et de ses sous-variants dans le monde depuis dix mois". Cela ne signifie pas que le Sars-Cov-2 arrête de muter, mais qu'il mute différemment. "Sur la base de ce qui est détecté en ce moment, il semble que le futur SRAS-CoV-2 évoluera à partir d'Omicron", a déclaré auprès du New York Times David Robertson, virologue à l'Université de Glasgow.

Peut-il déjouer notre immunité vaccinale ?

D'après les deux premières études, qui ne sont pas encore validées par les pairs, dont l'une est suédo-britannique et l'autre issue de recherches de l'université de Pékin, la capacité de neutralisation des anticorps du sous-variant BA.2.75.2 est très forte, notamment par rapport aux vaccins déjà commercialisés. Autrement dit, il pourrait aisément outrepasser nos réponses immunitaires. "On n'a encore jamais vu un virus aussi résistant aux anticorps neutralisants et aux anticorps monoclonaux, qui jusque-là étaient efficaces y compris contre BA 5", opine la virologue Christine Rouzioux. Et pour cause : il possède quelque neuf mutations supplémentaires dans la protéine Spike, soit le point d'entrée, aussi appelé clé, qui permet au virus de pénétrer dans nos cellules. Cette caractéristique pourrait le rendre plus contagieux.

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Dans les faits, il pourrait émousser l'efficacité des nouvelles formules de vaccins. Mais d'après Santé publique France "le sous-lignage Omicron BA.2.75 fait l'objet d'un suivi particulier par la communauté internationale sur la base de son profil de mutations, et à ce stade aucun signal épidémiologique ou clinique préoccupant ne lui a été associé". Même s'il n'est pas impossible que cela arrive. "La vraie préoccupation est que l'immunité est peu, voire pas protectrice face à ce variant. Il a un vrai pouvoir d'échappement immunitaire", conclut Christine Rouzioux.