D'un côté, ses conclusions seront scrutées à la loupe puisqu'elle va se pencher en détail sur le financement nécessaire aux pays du sud pour atténuer les effets du changement climatique. Mais de l'autre, la COP27 qui s'est ouvert ce week-end à Charm el-Cheikh, en Egypte, fait figure d'épouvantail pour les écolos adeptes de la désobéissance civile. Greta Thunberg a d'ores et déjà expliqué qu'elle ne s'y rendrait pas, comparant l'événement à une vaste opération de greenwashing. Et la nouvelle vague d'activistes qui bloque les routes, perturbe les réunions des grandes entreprises ou les événements sportifs sur notre territoire, tient un discours similaire.
"Voilà encore une édition qui va accueillir des dizaines de milliers de personnes pour finalement prendre des résolutions qui ne seront pas à la hauteur des enjeux", se désole "Gwarr", membre du collectif d'ANVCOP21 de Toulouse. Porte-parole d'Extinction Rébellion France, Liam souligne lui aussi le manque d'utilité du processus : "les propositions qui y sont faites n'aboutissent qu'à une amélioration à la marge du système actuel. En fait, tout se passe comme si ces réunions internationales masquaient la réalité ou agissaient comme un effet placebo. Aujourd'hui, il nous faut des lignes directrices puissantes mises en place au niveau des Etats. Or on a plutôt l'impression d'assister une course pour savoir qui arrivera le dernier à la neutralité carbone". Et l'activiste de pointer du doigt la liste des partenaires de la COP27 affichés sur son site internet : Coca-Cola, Google, Microsoft, General Motors... Des grands groupes avec une très forte empreinte carbone.
"Il suffit de mettre en parallèle la courbe de concentration de CO2 dans l'atmosphère et le calendrier des COP pour voir qu'elles n'ont eu aucun effet", explique Quentin, porte-parole et citoyen de "Dernière Rénovation", une campagne de résistance civile visant à obtenir - à coups de blocage de routes répétitifs - un plan national de rénovation thermique de l'ensemble des bâtiments d'ici à 2040. "On en est à la vingt-septième édition et les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter au niveau mondial. Bien sûr, une coopération internationale reste nécessaire pour voir comment les pays occidentaux peuvent aider les plus vulnérables. Mais il faut être lucide. Les COP avancent trop lentement. Commençons par nettoyer le pas de notre porte avant d'aller faire la morale au reste du monde."
Le local avant l'international
Pour Dernière Rénovation, le chemin passe d'abord par la rénovation thermique massive des bâtiments. "Nous sommes bien conscients que cela ne résoudra pas tout. Mais il s'agit d'une des actions les plus évidentes et les plus consensuelles. C'est le b. a.-ba de ce qu'on est censé faire en matière de planification. Si cette mesure n'est pas mise en place rapidement, comment peut-on attendre de l'Etat qu'il mette en place des choses beaucoup plus complexes technologiquement ou socialement ?", s'interroge Quentin.
"Plus les pays sont nombreux à discuter, plus il semble difficile de prendre des engagements sérieux, poursuit "Gwarr". Peut-être qu'on devrait d'abord montrer l'exemple au niveau national, voire local. Rien que sur Toulouse, ANVCOP21 peut mobiliser potentiellement plusieurs centaines de personnes pour ses actions de désobéissance civile". "Nous sommes clairement dans le collimateur des élus", soupire l'activiste. Pas de quoi décourager la poursuite du mouvement pour autant. Car celui-ci commence à faire boule de neige. Une tendance commune à l'ensemble des collectifs. "Chaque action est l'occasion de recruter de nouveaux membres", confie un cadre de Dernière Rénovation. Preuve que la désobéissance civile fait son chemin, même si elle ne concerne pour l'heure qu'une toute petite partie de la population.
"On a beaucoup critiqué le jet de soupe sur un Van Gogh. Mais a-t-on parlé autant du dernier rapport du GIEC ou des 10 000 personnes mortes cet été du fait des vagues de chaleur et de la canicule ? Nous perturbons le quotidien des gens pour sortir de notre amnésie. Chaque année, on nous fait miroiter l'arrivée du monde d'après... Et rien ne bouge vraiment. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de cela", commente Quentin, de Dernière Rénovation. Jusqu'où iront ces mouvements écolos ? "Les dégradations ne font pas partie de la désobéissance civile. Mais les limites seront repoussées jusqu'à ce qu'il y ait une réponse adaptée aux problématiques", prévient Liam. "D'un point de vue matériel, si quelque chose contribue à détruire du vivant, celle-ci peut potentiellement être amenée à être détruite", averti même le militant. Les gouvernements sont désormais prévenus.
