"La fin de la pandémie est en vue", "le monde n'a jamais été dans une meilleure position pour mettre fin à la pandémie"... Quiconque n'aurait lu que les gros titres des articles publiés après la dernière conférence de presse de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, penserait que nous sommes bientôt tirés d'affaire. Erreur ! Un peu comme avec un contrat d'assurance à lire jusqu'à la dernière ligne, il faut écouter le discours du patron de l'OMS en entier, jusqu'à sa dernière phrase.

Tout de suite après avoir prononcé ces mots très optimistes, les premiers depuis longtemps, le patron de l'OMS a ajouté un gros "SI" en lettres rouges. La fin de la pandémie est en vue... SI et seulement si nous continuons à nous battre contre le virus : "Comme pour un marathonien qui verrait enfin la ligne d'arrivée, il n'y a pas pire moment pour arrêter de courir. Au contraire, il faut courir encore plus vite pour recueillir le fruit de nos efforts", a-t-il martelé.

Six recommandations à l'attention des gouvernements

Bien sûr, des signaux très encourageants sont apparus, et notamment la baisse de la mortalité due au Covid, qui "n'a jamais été aussi faible depuis le début de l'épidémie", a souligné Tedros. Nous disposons aussi d'outils (vaccins, antiviraux...) qui nous mettent dans une bien meilleure position qu'en 2020. Mais pour réussir à vaincre le virus, nous ne devons pas nous relâcher : le discours très positif du directeur général de l'OMS avait surtout pour objectif d'attirer l'attention sur six recommandations publiées par l'organisation à destination des autorités sanitaires un peu partout dans le monde.

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Des recommandations à mettre en oeuvre de toute urgence, si l'on veut effectivement sortir de la pandémie. Elles n'ont rien de très nouveau : vacciner 70% de la population mondiale, et 100% des personnes à risque ; continuer à tester et à séquencer ; rester prêt à prendre en charge les malades en cas de nouvelle hausse des hospitalisations ; mettre à disposition les antiviraux qui ont fait leur preuve ; garder les mesures de protection dans les hôpitaux ; continuer à faire preuve de pédagogie auprès du grand public.

Un encouragement à passer à autre chose

Un rappel en forme d'avertissement, alors qu'un peu partout dans le monde, les pays relâchent leur vigilance face au virus. "Le nombre de personnes testées et le nombre de virus séquencés diminue et cela m'inquiète, car nous perdons notre capacité à voir émerger les variants préoccupants. Nous risquons d'agir avec retard si cela arrivait", a ainsi précisé le Dr Myke Ryan, directeur exécutif du programme OMS de gestion des situations d'urgence.

Dans ces conditions, on peut se demander si le discours de Tedros ne s'avère pas trop optimiste, et contreproductif par rapport aux objectifs poursuivis par l'OMS. Nous avons tous envie que l'épidémie se termine, et entendre que la fin est proche pourrait être compris comme un encouragement à passer à autre chose. Malheureusement, le message complet de l'OMS est tout l'inverse, et la prudence doit rester de mise.