L'année 2022 sera-t-elle plus calme que la précédente du point de vue sanitaire ? "Cette cinquième vague sera peut-être la dernière", veut en tout cas croire le ministre de la Santé Olivier Véran, comme il l'a confié dimanche au JDD. Si rien n'est moins sûr, des raisons d'espérer existent. Et parmi elles, les traitements contre le Covid-19 qui se développent et commencent à être distribués dans certains pays.
C'est le cas en Israël, déjà pionnier dans la vaccination contre le virus Sras-CoV-2. Le pays a déjà reçu sa première livraison de pilules anti-Covid de Pfizer, autorisée la semaine dernière par l'Agence américaine du médicament (FDA), qui a également autorisé la mise sur le marché de la pilule du laboratoire Merck. Ces deux traitements aux propriétés différentes permettent de lutter contre le développement de symptômes graves de la maladie sur des personnes infectées.
L'espoir du paxlovid
La première, appelée paxlovid, et développée par le laboratoire Pfizer, permet de réduire de 88% les hospitalisations et les décès chez les personnes à risque lorsqu'elle est prise dans les cinq premiers jours après l'apparition des symptômes, selon des essais cliniques portés sur plus de 2200 personnes.
"Il s'agit d'un élément clé, avec le vaccin et le masque, dans la stratégie visant à juguler la vague Omicron", a déclaré à l'AFP l'épidémiologiste Ran Balicer, chef de l'innovation à la caisse d'assurance-santé israélienne Clalit. Selon lui, le traitement de Pfizer pourrait permettre de sauver des personnes les plus à risques de développer des symptômes sévères liés au virus. "Pour ces personnes, ce médicament pourrait réduire dramatiquement les risques si l'infection est rapidement détectée, ce qui permettra aussi de réduire la pression sur les hôpitaux", a précisé cet expert.
La pilule de Pfizer consiste en une combinaison de deux pilules, prise deux fois par jour pendant cinq jours. Cette pilule pourra être administrée aux patients à haut risque âgés de 12 ans et plus.
La pilule Merck moins efficace
Celle de Merck suscite davantage de réserves. Destiné aux adultes à hauts risques, le traitement nommé molnupiravir, a été autorisé en urgence par l'Agence américaine du médicament (FDA), au lendemain de l'autorisation accordée à Pfizer. "L'autorisation d'aujourd'hui ajoute un nouveau traitement contre le Covid-19, sous la forme d'une pilule qui peut se prendre oralement", a expliqué une responsable de la FDA, Patrizia Cavazzoni. Il a déjà été autorisé au Royaume-Uni et au Danemark.
Le médicalement développé par Merck pourra lui aussi être pris dans les cinq jours qui suivent l'apparition des symptômes, et s'administre avec huit doses par jour pendant cinq jours. Il fonctionne en s'introduisant dans le génome du virus pour provoquer des mutations qui limitent sa reproduction. Les effets secondaires les plus courants étaient une perturbation du goût, une diarrhée et des nausées.
Molnupiravir réduit le risque d'hospitalisation et de décès de 30% parmi la population fragile, selon des essais cliniques réalisés sur 1400 participants. Des résultats préliminaires, qui ne prenaient en compte qu'une partie des participants à l'essai, avaient d'abord avancé une réduction de 50% du taux d'hospitalisation et de décès chez les patients à risque.
Bien que la vaccination reste l'outil principal dans la lutte contre la pandémie, les experts se félicitent de l'arrivée de nouveaux traitements oraux qui devraient, à terme, être facilement accessibles en pharmacie, sur présentation d'une ordonnance. Les traitements anti-Covid jusque-là disponibles, comme les anticorps monoclonaux ou le remdesivir de Gilead, sont administrés par intraveineuse.
En attente sur le marché européen
Les antiviraux agissent en diminuant la capacité d'un virus à se répliquer, freinant ainsi la maladie. Ils sont très attendus car faciles à administrer, en pouvant être pris simplement chez soi avec un verre d'eau. Dans l'Union européenne, l'utilisation des pilules n'est pour le moment autorisée qu'en cas d'urgence par l'Agence européenne des médicaments (EMA).
Le paxlovid "qui n'est pas encore autorisé dans l'UE, peut être utilisé pour traiter les adultes atteints du Covid-19 qui n'ont pas besoin d'oxygène supplémentaire et qui présentent un risque accru de développer une forme sévère de la maladie", a précisé mi-décembre l'agence, qui a également lancé un examen accéléré du traitement en vue d'une éventuelle demande d'autorisation de mise sur le marché.
Les limites de ces traitements
Les médicaments de Pfizer et de Merck, qui ne visent pas la protéine Spike du virus, en constante mutation, devraient être plus résistants aux nouveaux variants comme Omicron. D'après les deux entreprises, les résultats préliminaires en laboratoire soutiennent cette hypothèse.
Toutefois, il ne s'agit pas de pilules miracles. Dans son document d'autorisation, la FDA souligne que la pilule de Merck ne doit être administrée que si d'autres options ne sont pas disponibles ou pas recommandées. La pilule Pfizer, de son côté, se marie mal avec certains traitements et n'est pas recommandée pour les patients avec des graves insuffisances rénales ou du foie.
Si les essais cliniques n'ont pas détecté de risques majeurs pour les patients pour les deux médicaments, celui de Merck suscite davantage d'inquiétudes. L'Agence américaine du médicament ne l'a pas autorisé pour les moins de 18 ans car il pourrait toucher le développement osseux et des cartilages. Il n'est pas non plus recommandé pour les femmes enceintes, en raison de risques potentiels pour le foetus, mais les médecins peuvent passer outre si les avantages l'emportent sur les risques.
Une autre question se pose : y aura-t-il assez de pilules pour tout le monde ? Les Etats-Unis ont déjà acheté 3,1 millions de traitements Merck et 10 millions de Pfizer. Merck a annoncé auprès de l'AFP pouvoir en livrer "des centaines de milliers" dans les prochains jours et trois millions d'ici fin janvier. Pas de quoi, pour l'instant, soigner la planète.
