Fin du port du masque en extérieur et du télétravail obligatoire, réouverture des discothèques et retour des concerts debout... Les restrictions sanitaires pour lutter contre la pandémie en France vont être réduites progressivement au cours du mois de février, selon des annonces de Jean Castex jeudi soir. L'exécutif fait face à une situation paradoxale : si le nombre de cas positifs continue à augmenter - et à battre des records à plus de 300 000 contaminations quotidiennes sur la moyenne des sept derniers jours -, la pression sur les services de réanimation tend à décroître.
"On va entrer dans une période contrastée", a résumé jeudi, dans un avis paru peu avant les annonces du gouvernement, le Conseil scientifique, qui conseille l'exécutif dans la gestion de la crise. Il aborde également dans ce document les prévisions concernant Omicron et ses répercussions sur l'hôpital, ainsi que la possible émergence de nouveaux variants.
Des hôpitaux toujours sous tension jusqu'à mi-mars
Les admissions à l'hôpital commencent à décroître, mais la pression ne va néanmoins pas s'embellir tout de suite. Les spécialistes du Conseil scientifique jugent que "la 5ème vague liée au variant Omicron demeure à un niveau très élevé au niveau national avec un regain épidémique possiblement lié à la reprise de la vie scolaire" et "son impact sur le système de soins va se poursuivre durablement jusqu'à mi-mars 2022."
Selon leurs projections, le système de santé pourra tenir "seulement si la réduction des contacts et la conservation des gestes barrières se poursuivent durant les semaines qui viennent". Et les scientifiques insistent : "Ce double message d'espoir et de prudence doit être porté collectivement." La conservation de gestes barrières est donc de mise pour le Conseil scientifique qui conseille également de poursuivre la stratégie de dépistage de masse et d'appliquer à nouveau la stratégie du "Tester, Alerter, Protéger". Sans oublier la poursuite de la campagne de la dose de rappel et sans exclure la possibilité d'injecter une quatrième dose.
L'application du passe vaccinal, voté en début de semaine par le parlement, "devrait également permettre d'augmenter la primo-vaccination chez les non-vaccinés en particulier à risque", précise l'avis.
Surveiller l'évolution de l'épidémie chez les enfants
Dans son avis, le Conseil scientifique fait aussi le point sur la situation chez les populations à risques et particulières, comme les enfants qui n'ont jamais été aussi nombreux à entrer à l'hôpital pour Covid-19. Selon les données, on compte aujourd'hui 820 cas d'enfants présentant un syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS) en France, dont 744 imputables au virus.
Il n'y a en revanche "pas d'afflux massif et les chiffres d'admission sont stables chez les 0-9 ans depuis le 11 janvier. Par ailleurs, le pic d'admissions pour les bronchiolites (infection VRS) est passé, avec des admissions en pente descendante pour le VRS", soulignent les scientifiques qui concluent que "le variant Omicron a infecté un très grand nombre d'enfants au cours des 15 derniers jours. Le suivi de ces enfants à court terme est important pour surveiller la survenue éventuelle de PIMS (syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique). L'inquiétude reste modérée".
En revanche, l'impact de la pandémie sur la santé mentale des enfants et des adolescents "reste majeur". "Le nombre de passages aux urgences pour gestes suicidaires pour les moins de 15 ans reste globalement élevé comparativement aux deux années précédentes (avec des pics à + 40%),de même pour les troubles de l'humeur", note l'avis qui alerte sur cette situation et souligne l'importance de rester "attentif" aux élèves les plus fragiles compte tenu de la difficile situation à l'école "du fait de la forte circulation du virus et par conséquent du très grand nombre d'enfants contaminés" et de classes fermées.
Le début de la fin en mars-avril ?
Hausse de l'immunité collective grâce à Omicron, large couverture vaccinale... Les signes d'une amélioration de l'épidémie en France se dessinent et pourraient même annoncer le début de la fin de la cinquième vague dès mars-avril. Toutefois, le Conseil scientifique alerte sur la possibilité de l'émergence d'un nouveau variant, "très difficile à anticiper".
Trois scénarios sont alors possibles selon l'avis des experts : celui d'un nouveau variant très transmissible mais encore moins sévère ; celui d'un variant se rapprochant des variants antérieurs en termes de sévérité ; ou encore celui d'un variant qui échapperait au vaccin. "Dans tous les cas, les capacités des systèmes de surveillance, épidémio-clinique afin de définir très rapidement les caractéristiques du nouveau variant seront essentielles. Elles doivent donc être anticipées et préparées", prévient le document.
Si le vaccin joue un rôle déterminant dans la réponse à l'épidémie, le Conseil scientifique souligne néanmoins que la stratégie "ne peut être exclusivement basée sur la vaccination, en tout cas avec les vaccins actuels. La gestion récente de la vague Omicron a bien montré qu'avec un variant à très haute transmissibilité, il est nécessaire de limiter le niveau de circulation virale, en s'appuyant sur une baisse limitée mais significative des contacts et une optimisation individuelle des mesures de protection. Un plus faible niveau de circulation virale peut probablement également contribuer à limiter l'émergence de nouveaux variants."
