Janvier 2020. Les fêtes de fin d'année viennent de s'achever dans l'insouciance générale qui entoure la plupart des foyers à la naissance de l'hiver. Au pied des cheminées, dans les couloirs des cliniques ou dans les salons ministériels, on prête peu attention à la maladie infectieuse au nom barbare, presque imprononçable, le SARS-CoV-2, qui vient d'apparaître dans le sud-est de la Chine et plonge la deuxième puissance mondiale dans l'hébétude. Preuve de l'absence d'inquiétude des pouvoirs publics français, fin février, alors que les premiers cas de contagion au virus ont été découverts sur le sol français, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn démissionne pour se consacrer à sa candidature à la mairie de Paris.

LIRE AUSSI : Deux ans de Covid-19 : les six leçons d'une pandémie qui a changé le monde

Dans les semaines qui suivent, un foyer de plusieurs centaines de contaminations voit le jour à Mulhouse, dans le Bas-Rhin, après un rassemblement communautaire de l'église évangélique. A quelques centaines de kilomètres de là, en Italie, les infections s'enchaînent. Les appels à l'aide des riverains de la ville de Gênes, meurtrie et endeuillée, qui défilent sur les écrans de télévision, font craindre le retour des heures sombres de l'épidémie de grippe espagnole du début du XXe siècle. Médecins, infirmiers, politiques... Tous s'accordent : une pandémie s'apprête à déferler. Pandémie qui, trente mois plus tard, a bouleversé les systèmes de santé du monde entier. Et les prémices de la 7ème vague rappellent que des dizaines de personnes meurent encore, chaque jour, du Covid-19 en France.

Printemps 2020 : "Nous sommes en guerre"

Le pays est à l'arrêt. Les rues des grandes villes sont méconnaissables, désertes et silencieuses. Après une première allocution télévisée du Président de la République annonçant la fermeture des écoles et la décision, 48 heures plus tard, du Premier ministre de baisser le rideau des commerces et restaurants, Emmanuel Macron doit prendre la parole à 20 h, lundi 16 mars. D'un ton martial, le chef d'Etat annonce finalement un confinement généralisé, appelant les citoyens à ne se déplacer que sur possession d'une attestation administrative. L'Etat promet de soutenir économiquement les entreprises fragilisées et les salariés en chômage partiel.

LIRE AUSSI : L'oeil du linguiste : pourquoi Macron parle de "guerre" et pas de "confinement

Dans ce contexte de restriction des activités humaines imposées par l'Etat, les familles enterrent leurs morts sans cérémonie. En avril 2020, jusqu'à 800 personnes décèdent par chaque jour de la pandémie. Les pouvoirs publics comme les citoyens ne savent pas encore que six autres suivront : c'est le pic de la première vague. Ce n'est qu'à partir du 20 avril que les hospitalisations connaissent un recul. La maladie contagieuse se situe sur un plateau et le virus s'inscrit dans la vie quotidienne des Français.

Les personnes souffrant de diabète, de surpoids et les personnes âgées représentent le contingent de malades développant les formes les plus graves du virus. Malgré les salles de réanimation bondées, les soignants se relaient et font tenir un hôpital sur les rotules, après une décennie de politiques de réduction des coûts poursuivies par les gouvernements successifs. Les lits manquent. Le confinement s'achèvera le 11 mai 2022, laissant place à une série de couvre-feu.

Automne 2020 : France sous couvre-feu, hôpitaux sous tension

Après un été où les beaux jours avaient laissé planer l'espoir d'un monde sans Covid, la France, à l'automne 2020, est toujours sous couvre-feu. La faute à la deuxième vague. Si les cinémas et les stades avaient un temps rouvert, les citoyens sont contraints de retrouver leur salon dès 18h. "La circulation du virus a repris pendant l'été 2020 sur l'ensemble du territoire français, notamment chez les jeunes adultes. Le nombre de cas diagnostiqués chaque jour a atteint les 10 000 au premier septembre", explique le conseil scientifique dans une note publiée fin octobre.

LIRE AUSSI : INFOGRAPHIES. La deuxième vague du Covid-19 en cinq graphiques

La pression exercée par le virus sur l'hôpital est telle que le système d'attestation est toujours de rigueur. Le pays est toujours sous restrictions, le virus résiste et envoie quotidiennement des centaines de Français en réanimation. Ce n'est qu'à la mi-novembre que la décrue s'observe.

LIRE AUSSI : INFOGRAPHIES. Deuxième vague : comment s'en sort la France face à ses voisins?

Malgré une légère accalmie, les infirmiers et médecins doivent aussi faire face à un mal croissant : les maladies mentales. Les confinements et couvre-feux successifs ont fragilisé des milliers de Français souffrant de symptômes dépressifs, notamment chez les jeunes dont les études ont été bousculées. A la fin de l'hiver 2020, la France enregistrera près de 65 000 décès en moins d'un an. Surtout, la donne va rapidement changer avec l'apparition d'un variant.

Printemps 2021 : écoles, commerces... Des fermetures partielles

Son nom : Delta. Son origine : Royaume-Uni. La souche dite sauvage du Covid-19 est désormais en pleine mutation. Après l'apparition du mutant Alpha, ce variant, plus contagieux, est en passe de remplacer la forme originelle du virus, ce qui inquiète les spécialistes puisqu'il circule bien davantage. "La troisième vague est là et elle nous frappe durement" alerte le Premier Ministre, Jean Castex, devant l'Assemblée Nationale le 1er avril 2021. Les urgentistes poussent Emmanuel Macron à "confiner " la population afin d'éviter le dilemme du tri des patients.

LIRE AUSSI : Covid-19 : la troisième vague est-elle vraiment inéluctable ?

Face à une arrivée conséquente de malades, certains établissements ont été contraints de privilégier la prise en charge immédiate des patients les plus jeunes. Mais remettre le pays entièrement sous cloche, Emmanuel Macron ne veut pas s'y résoudre. Les crèches et les écoles seront fermées pour trois semaines, les collèges et les lycées pour un mois. Les commerces dits non essentiels sont logés à la même enseigne. Le télétravail est systématique - quand il est possible -, les déplacements entre régions interdits et un nouveau couvre-feu est décrété. L'objectif ? Contenir la troisième vague avant un été que l'exécutif espère radieux.

LIRE AUSSI : Covid-19 : pourquoi Emmanuel Macron a à la fois perdu et gagné son pari

Le gouvernement croit dur comme fer à la généralisation du recours au vaccin contre le Covid-19, dont les premières injections ont débuté sur les personnes de plus de 75 ans. Basé sur la technologie de l'ARN Messager, un vaccin est mis sur le marché en moins d'un an, sans l'apparition d'effets secondaires. Impensable au début de l'épidémie, l'injection contre le Covid-19 est en passe d'inonder les pays européens.

Été 2021 : campagne massive de vaccination

De là à dire qu'Emmanuel Macron est un joueur de dès chanceux, ses opposants ne s'y aventurent pas, mais le Président semble avoir gagné son pari. La troisième vague semble derrière. Les contaminations sont de nouveau à la baisse et, surtout, la France est sur les rails d'une campagne massive de vaccination. Gymnases, salles des congrès et même le Stade de France sont réquisitionnés. Après avoir ouvert la vaccination aux publics les plus à risque, le gouvernement entend contenir le virus par l'immunité collective acquise grâce au vaccin. 92 679 370 injections ont été inoculées à la fin de l'été. Mais l'épidémie repart vite.

LIRE AUSSI : Covid-19 : la course aux vaccins

Comme un boomerang, à peine la troisième vague achevée, la quatrième pointe son nez. Le pic est atteint à la mi-août, ce qui pousse le gouvernement à l'intronisation du passe sanitaire, un document qui assure que vous êtes vaccinés ou testés négativement.

LIRE AUSSI : Covid-19 : comment la 4e vague va-t-elle évoluer dans les semaines à venir ?

Si la campagne de vaccination est une réussite avec près de 70 % de citoyens vaccinés, elle semble atteindre un plafond. Au milieu de l'été 2021, les demandes de rendez-vous se tarissent. La plate-forme Doctolib, sur laquelle les Français s'étaient précipités dès le début de l'été au point de faire interrompre le serveur, est désertée. Le retour de l'hiver, plus propice à la circulation du virus, guette. La cinquième vague pourrait être encore destructrice. Déjà imposée aux soignants, la vaccination obligatoire est rendue obligatoire par le gouvernement.

Automne 2021 : passe vaccinal et émergence du mouvement antivax

C'est un autre versant de l'histoire de l'épidémie qui se révèle en cet automne 2021. L'exécutif a tranché : "Pour nous protéger et pour notre unité, nous devons aller vers la vaccination de tous les Français car c'est le seul chemin vers un retour à la vie normale ". Il faudra désormais être muni d'une preuve de vaccination - complète - pour accéder aux restaurants, aux concerts et à toutes les réjouissances de la vie sociale. C'est l'arrivée du passe vaccinal. Ce qui fait naître un mouvement social détonnant.

LIRE AUSSI : "C'est plus rassurant" : ces antivax qui préfèrent les médicaments anti-Covid au vaccin

Une scène le raconte sans doute mieux que tout le reste. Place de la République à Paris, décembre 2021. Au milieu de la foule de cette manifestation hétérodoxe, des familles, venues avec leurs petits sur les épaules, brandissent des pancartes appelant à la fin des vaccins. Des défenseurs des libertés individuelles se retrouvent à battre le pavé avec des personnalités publiques issues du Rassemblement National, comme Florian Philippot, espérant capitaliser électoralement sur la furie. Des jeunes sont là aussi.

LIRE AUSSI : Revenus, vote... Qui sont vraiment les Français antivax ?

C'est un public aux visages et aux aspirations diverses qui défilent, semaine après semaine, dans les cortèges se succédant dans la capitale et les grandes villes. Nourri par des théories complotistes plus ou moins farfelues, le mouvement antivax ralliera quelques figures médiatiques et trouvera une audience sur les réseaux sociaux, notamment.

Ce qui ne fait pas oublier aux professionnels de santé la réalité de cette cinquième vague, apparue dans le sillage du nouveau variant Omicron. Il circule majoritairement chez les jeunes et diversifie encore un peu plus le profil des personnes hospitalisées. S'il semble moins virulent que la variant Delta, Omicron pose d'autres défis aux pouvoirs publics. La politique massive de test est progressivement abandonnée et la procédure d'isolement simplifiée. Un pas de plus vers une politique d'allégement des contraintes.

Printemps 2022 : la fin des restrictions

Janvier 2022. Le taux de contamination décroît, tout comme les admissions en salle de réanimation. Malgré la flopée de mutations de ses souches observées depuis des mois, le Covid-19 semble être dans une phase de décrue. Les concerts reprennent dès février dans des configurations qui rappellent celles connues par le passé.

LIRE AUSSI : Covid-19 : avec le rebond épidémique en Europe, bientôt le retour des restrictions ?

Quelques semaines plus tard, alors que la guerre en Ukraine menace, Jean Castex annonce la levée de l'obligation du port du masque en entreprise et dans les transports, le 14 mars, peu de temps avant le premier tour d'une élection présidentielle où Emmanuel Macron est candidat à sa succession. Les oppositions ne peuvent se retenir de pointer une mesure électoraliste. Dans le même temps, le pic de la sixième vague approche et culminera autour du 31 mars.

La décision du gouvernement s'inscrit toutefois dans une politique, entamée plusieurs semaines auparavant. Passe vaccinal, jauge dans les stades de football, restauration debout... c'est tout une série de conventions avec lesquelles les Français s'étaient habitués à vivre qui s'envolent. Un parfum de monde d'avant empare les terrasses des cafés qui s'emplissent au retour des beaux jours. Mais une septième vague menace...

Été 2022 : une 7ème vague en approche

Désormais, alors que le port du masque apparaît dans les transports en commun comme le symbole d'une époque révolue, les derniers indicateurs de l'épidémie rappelle que l'été que nous allons vivre ne sera pas placé sous le signe de la vie sans Covid-19. Un retour au réel qui rappelle l'été 2021, quand la levée des couvre-feux avait nourri l'idée que le virus était derrière nous.

Dans le même temps, le nombre de cas explose (70 000 cas/jour en moyenne), ce qui inquiète les épidémiologiques. D'autant que la politique de dépistage est moins massive qu'il y a un an puisque les pharmaciens réalisent aujourd'hui deux fois moins de tests. En ce début de vacances scolaires, le virus circule très activement.

LIRE AUSSI : Covid-19 : trois infographies qui montrent que l'épidémie repart en flèche en France

L'épidémie semble pourtant moins féroce. On observait 127 admissions en soins critiques chaque jour l'été dernier, contre 77 en ce moment. Le nombre de décès était lui aussi légèrement supérieur il y a douze mois. Ce qui tend à dire que la vaccination et l'immunité acquise au bout de ces deux ans et demi de crise sanitaire ont des effets sur le virus. L'historique de l'épidémie rappelle aussi que le système de santé souffre moins des secousses provoquées par les vagues successives.

Dans ce contexte, l'exécutif entend freiner le virus sans contraindre. Cette stratégie est-elle tenable ? Quoi qu'il en soit, citoyens, politiques et personnels de santé espèrent que cet été 2022 signera le denier chapitre d'un récit auquel tout le monde aurait volontiers renoncé.