Face au variant Omicron, la campagne de dépistage s'invite dans les établissements scolaires. Alors que les autotests sont désormais seuls nécessaires pour les élèves cas contacts, un autre outil a disparu durant cette rentrée : les tests salivaires. Moins d'un an auparavant, le ministère de l'Education avait décidé de miser sur cet outil moins invasif et plus simple à réaliser que les tests par prélèvement nasopharyngé (par le nez). Au printemps, l'exécutif a mis les bouchées doubles : le Premier ministre Jean Castex annonçait que 400 000 tests salivaires contre le Covid-19 seraient déployés dans les écoles élémentaires à la reprise des classes. L'objectif fixé étant 600 000 d'ici à la mi-mai. Quelques mois plus tard, les tests salivaires sont remis au placard.
Pour rappel, ce moyen de dépistage fonctionne de la façon suivante : il faut cracher dans un tube fourni dans un kit de prélèvement, à ne pas mettre ensuite au réfrigérateur. Le délai de la remise de l'auto-prélèvement au laboratoire doit être le plus court possible et ne pas excéder 5 heures. Le prélèvement y est alors analysé dans la journée. Comment expliquer le changement de braquet du gouvernement ? Jean-Michel Blanquer a suspendu les campagnes de tests salivaires pour des raisons pratiques. En effet, leurs résultats nécessitaient d'être analysés dans les laboratoires, en ce moment totalement engorgés. Alors que le variant Omicron se propage rapidement dans la population, le nombre de contaminations grimpe en flèche : ce mercredi, on comptabilise 368 149 contaminations détectées en 24 heures sur le territoire. Face au regain de l'épidémie, la politique de dépistage bat son plein dans l'Hexagone.
Risque d'engorgement des laboratoires
Au total, 8 298 400 tests réalisés en une semaine, du 27 décembre 2021 au 2 janvier 2022. Une telle affluence met à rude épreuve les laboratoires et les officines qui fonctionnent à flux tendu depuis le début de la cinquième vague tirée par les variants Omicron et Delta. "Les tests salivaires, ce sont des tests PCR. C'est exactement le même matériel que celui qu'on utilise quand on fait un test PCR classique en nasopharyngé. Par contre, les autotests et les tests antigéniques ne peuvent pas se réaliser sur de la salive", expliquait Lionel Barrand, président du syndicat des biologistes médicaux, au micro d'Europe 1. Par conséquent, l'usage massif de tests salivaires risquerait d'embouteiller davantage ces établissements. Par ailleurs, si l'individu a besoin d'un résultat rapidement - comme c'est souvent le cas - il est préférable donc d'opter pour un test antigénique plutôt qu'un test salivaire.
C'est dans cette logique que l'autotest semble avoir remplacé les tests salivaires sur les bancs de l'école. Un moyen de dépistage plus pratique pour les écoliers qui doivent répondre au protocole sanitaire suivant : les élèves doivent réaliser trois simples autotests pour les cas contacts à l'école. A noter que les autotests sont moins fiables : moins de 65% pour toutes les personnes et moins 44% pour les cas asymptomatiques. A titre de comparaison, les tests salivaires par PCR ont une sensibilité de 85% contre 92% pour les PCR nasopharyngés, selon un avis de la Haute Autorité de Santé. Malgré ce résultat, les tests salivaires pourraient "induire une perte significative de sensibilité de 3 à 13% s'ils venaient à se substituer" aux tests nasopharyngés, détaillait l'étude. Par ailleurs, la Haute autorité de Santé indiquait en juillet que les tests salivaires rapides n'étaient pas assez fiables. Mais l'apparition du variant Omicron pourrait redonner ses lettres de noblesse aux tests salivaires.
Les tests salivaires plus appropriés pour détecter Omicron ?
Dans une étude dévoilée sur le site spécialisé MedRxiv - fin décembre - des chercheurs ont avancé que la viralité d'Omicron "est plus élevée dans la salive par rapport aux échantillons nasaux, ce qui améliore les diagnostics des prélèvements par voie salivaire". Si ces travaux doivent être maniés avec prudence puisqu'ils n'ont pas été évalués par les pairs, ils laissent entendre que les tests salivaires seraient plus appropriés pour détecter le variant Omicron. A noter cependant que l'étude doit encore franchir le stade de l'"évaluation par les pairs". Si les tests salivaires ne constituent plus l'atout phare du gouvernement, ils continuent d'être utilisés dans une moindre mesure. Selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, l'usage des tests PCR salivaires évolue toujours selon le rythme des vacances scolaires.
Au 3 janvier, on observe 120 000 tests salivaires validés sur les sept derniers jours. L'utilisation de cet outil de dépistage a atteint son pic début décembre avec plus de 400 000 tests validés, sur une durée similaire. Un chiffre qui reste dérisoire comparé au nombre de tests antigéniques réalisés sur le territoire. Pour l'instant, les tests salivaires sont réservés dans certains cas aux enfants ou personnes ne pouvant pas subir de prélèvement nasal. A noter que les testes salivaires restent acceptés pour le retour à l'école selon le ministère de l'Education nationale. De son côté, la fédération des parents d'élèves réclame la reprise des tests salivaires dans les établissements scolaires, jugeant que les tests nasopharyngés ne sont pas adaptés pour les plus jeunes. Une demande qui sera placée en haut de ses revendications pour la journée de grève de ce jeudi.
