Sur le tableau sanitaire, la France clignote en rouge. Au 22 janvier, la moyenne hebdomadaire des nouveaux cas enregistrés chaque jour atteint 356 906. Depuis la fin de l'année 2021, le nombre de contaminations dans l'Hexagone grimpe en flèche attisé par le variant Omicron - plus contagieux et moins pathogène que son prédécesseur Delta. Alors qu'un pic d'infection était attendu mi-janvier, la courbe des tests positifs poursuit sa progression verticale. Une tendance bien différente de celle observée chez ses voisins européens. À commencer par le Royaume-Uni, pays qui avait pourtant pour habitude de nous servir d'indicateur dans le futur. Outre-Manche, le nombre de contaminations quotidiennes - en moyenne sur sept jours - accuse une baisse depuis le début de l'année. Au 22 janvier, il s'élève à 92 048, mais la descente s'est freinée depuis quelques jours.

De leur côté, l'Italie et l'Espagne - touchés par la vague Omicron - ont atteint leur pic d'infections. Quand l'on observe ces données par rapport à la population, seul le Danemark semble suivre le même chemin que la France avec respectivement 45 864 contaminations pour un million d'habitants sur une semaine contre 37 403. Parmi les raisons évoquées pour expliquer la particularité française : le dépistage massif enclenché depuis la fin de l'année 2021 : "Avant la vague Omicron, on savait que seulement 50% des contaminations étaient détectées. Avec le fort dépistage mis en place, on a enregistré des cas asymptomatiques que l'on n'aurait pas détectés habituellement", estime Jonathan Roux, épidémiologiste à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes (EHESP). Un argument repris par l'exécutif pour justifier de l'explosion des contaminations. Le 3 janvier, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait déjà affirmé sur France Inter : "Il n'y a aucun pays, quasiment, qui teste autant que nous."

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Cependant, les chiffres enregistrés sur Our World in Data nuancent un peu cette affirmation. Un graphique repéré sur la banque de données compare le nombre de tests quotidiens pour 1 000 habitants - sur une semaine - dans chaque pays au 21 janvier : Résultat : Chypre arrive en tête (123,81), devant le Danemark (35,73) et la Grèce (33,12). La France (19,44) se place derrière le Royaume-Uni (20) et le Portugal (25,8). Ainsi, le fort dépistage à l'oeuvre dans l'Hexagone ne suffit pas à expliquer à lui seul le nombre très élevé des contaminations. Pour comprendre, il faut se concentrer sur d'autres facteurs politiques et sanitaires : les restrictions mises en place, la situation épidémique ou encore la question de la vaccination. Sur ce dernier point, Jonathan Roux constate "que la vaccination était un peu plus ancienne en France lors de la cinquième vague. Les gens n'étaient pas encore dans l'élan de la troisième dose." Actuellement, 44,8% de la population a reçu sa dose de rappel.

Covid-19 : nombre de tests quotidiens réalisés par pays pour 1000 habitants (capture d'écran Our World in Data).

Covid-19 : nombre de tests quotidiens réalisés par pays pour 1000 habitants (capture d'écran Our World in Data).

© / Our World in Data

Des stratégies sanitaires très différentes

Par ailleurs, la France a opté pour une stratégie très différente en laissant circuler le variant Omicron. Alors que certains pays européens - comme les Pays-Bas et l'Allemagne - ont été mis sous cloche avant les fêtes de Noël, l'Hexagone a misé sur un arsenal de mesures plus léger, la plus emblématique restant l'adoption du passe vaccinal qui a fait beaucoup de bruit. "Parmi l'éventail de mesures dont on disposait, on a choisi les moins restrictives. La raison étant que le variant Omicron est moins dangereux", reprend Jonathan Roux. C'est pour cela que la vague de contaminations attisée par la nouvelle souche est arrivée plus tôt en France, tandis que nos voisins pourraient la voir déferler dans les prochains jours. "En Allemagne, leurs méthodes de restrictions ont fait chuter la vague Delta, mais désormais ils craignent l'arrivée d'une vague Omicron", indique Benjamin Davido, infectiologue à hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

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En effet, si l'on regarde la courbe des contaminations de l'Allemagne, cette dernière est ascendante : au 23 janvier, on compte 56 226 nouvelles infections contre 33 129 au 16 janvier. "En France la circulation d'Omicron nous a protégés de Delta", souligne le spécialiste. Après plusieurs semaines de cohabitation, la souche détectée pour la première fois en Afrique du Sud a supplanté le Delta - 96% des contaminations sont provoquées par le variant Omicron. En France, d'autres éléments ont aussi pu bousculer les prévisions établies par les spécialistes. "Il est possible que nous soyons face à des clusters en puissance dans les grandes agglomérations. Un scénario similaire à celui de la première vague", poursuit l'infectiologue. Il envisage notamment la possibilité d'un "brassage d'est en ouest". Dernier élément qui a pu bousculer la tendance : le sous-variant d'Omicron, appelé aussi le BA.2.

La souche a été repérée dans différents pays, et particulièrement au Danemark, où elle est vite devenue majoritaire." Au Danemark, on observe un premier pic de contaminations, puis un deuxième. La courbe est un peu hachée et ça pourrait être l'effet de BA.2", commente Benjamin Davido. Les autorités danoises disent suivre de près l'évolution d'un sous-variant d'Omicron dont les caractéristiques sont encore inconnues. Côté français, le ministre de la Santé a déclaré que le "petit frère d'Omicron" ne "changeait pas la donne", lors de la conférence de presse donnée jeudi 20 janvier après un Conseil de défense. A l'infectiologue de conclure : "Avec une pénétration du virus différente et des politiques de santé publique actées à un instant T, le visage de l'épidémie change complètement d'un pays à l'autre (...) il nous manque une politique de santé globale, au moins à l'échelle européenne."