Les Français connaissent la procédure : remplissage d'un court formulaire, présentation de sa carte vitale et réception d'un écouvillon blanc dans le nez. Après un moment d'accalmie, les pharmacies et les laboratoires sont de nouveau pris d'assaut lors de cette septième vague de Covid-19. Avec plus de 3 millions de tests PCR et antigéniques validés entre le 27 juin et le 3 juillet, contre un peu plus de 2,1 millions la semaine précédente, la direction des statistiques (Drees) observe "une forte augmentation". Si le nombre de tests est en hausse "pour l'ensemble des tranches d'âge" (+ 41%), il est encore plus marqué chez les 16-25 ans (+ 58%).

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Sans surprise, la hausse des tests fait écho à la forte circulation du virus en ce début d'été, tiré par les sous-variants d'Omicron BA.4 et BA.5, désormais majoritaires sur le territoire. Au total, 140 997 nouveaux cas ont été comptabilisés samedi soir par Santé publique France, 45% de plus qu'une semaine auparavant.

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À un rebond épidémique se combine logiquement une énième vague de dépistage, essentielle au bon suivi de la situation sanitaire, explique à L'Express Yannick Simonin, virologiste et enseignant chercheur à l'université de Montpellier. "Pour l'instant, les tests nous donnent des indications, car l'inconvénient des chiffres liés aux hospitalisations, c'est qu'il y a un décalage de trois semaines", indique-t-il. Alors que certains pays ont décidé d'arrêter la publication du bilan du nombre de cas journaliers, comme le Luxembourg, la France continue de miser sur les tests comme un outil de lutte contre l'épidémie.

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Mais ce dispositif est-il toujours efficace face aux nouvelles souches ? Dès le mois de décembre 2021, les autorités sanitaires américaines avertissaient d'une moindre sensibilité des tests antigéniques aux sous-variants d'Omicron. "Il y a eu probablement un peu plus de faux négatifs avec Omicron BA.2 par rapport à Delta, mais il n'y a pas de données de différence entre BA.5 et BA.2 pour le moment (...). On comptabilise par exemple, mardi, 200 000 tests positifs, donc le seuil de détection n'est pas trop mauvais", rassure le virologue. Pour rappel, le test PCR reste celui qui est le plus sensible, car est amplifié en laboratoire - avec des enzymes - le matériel génétique présent au niveau du prélèvement.

Des tests de qualité différente selon les officines

Cependant, la qualité des tests peut osciller d'une officine à l'autre. Sur ce volet, Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, confirme que les institutions se retrouvent "prises entre deux feux" : d'un côté la nécessité d'avoir un nombre de tests suffisants, de l'autre en avoir de qualité. Parmi les tests présents sur le marché national, une partie est fabriquée en Chine. "Ils sont d'une moins bonne qualité que les tests européens, mais ces derniers ne sont pas produits en assez grande quantité", déroule-t-il.

Chaque établissement décide quels tests il souhaite acheter. L'Assurance-maladie ayant baissé le coût des tests pour les officines, certaines ont acheté des kits bon marché et moins efficaces. Les tests chinois s'avèrent moins coûteux, "entre 1,50 et 2,80 euros" l'unité, contre "3 à 4 euros" pour les tests européens. "De notre côté, on a essayé d'orienter les achats de pharmacie vers des tests européens, mais on s'est fait remonter les bretelles par l'autorité de concurrence", ajoute Philippe Besset.

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Malgré ces aléas, le syndicaliste encourage la stratégie du dépistage en vigueur, qu'il estime payante : "C'est maintenant que c'est utile." Le nombre de tests doit être observé en corrélation avec le taux de positivité, aujourd'hui très élevé (30% sont positifs sur l'ensemble des tests), ce qui signifie qu'on parvient à détecter les personnes malades du Covid-19.

Un constat partagé par Christine Rouzioux, professeure en virologie et membre de l'Académie nationale de médecine, qui insiste sur la nécessité de se tester ou de se faire tester y compris en présence de petits signes (par exemple simple rhume). Elle s'étonne d'un éventuel débat sur la question : "le test marche très bien et il est fonctionnel. Pour moi, le souci, ce sont les gens qui ne vont pas se faire tester. C'est important pour eux et leur environnement." D'autant que la tendance est différente de celle de l'été dernier, période où une partie des patients venaient se faire dépister pour mettre à jour leur passe sanitaire.

"La crainte d'un engorgement" dans les pharmacies

Depuis deux ans, les tests antigéniques sont entrés dans le quotidien des Français. A tel point qu'ils se pressent dans les laboratoires et pharmacies, au risque de créer, parfois, un embouteillage sur les lieux de vacances. "Les pharmacies réalisent 90% des tests antigéniques réalisés en ville, mais il faut que tous les professionnels de santé s'y mettent si on veut que tout le monde puisse se faire tester", répond Pierre-Olivier Variot, le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Conséquence de la baisse des prix des tests, des officines ne peuvent plus faire appel à des gens extérieurs en cas de difficultés. "Par rapport à cet hiver, c'est plus compliqué de s'organiser", confie-t-il.

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En plus d'une meilleure répartition sur la question des tests, est évoquée la possibilité de réduire leur nombre afin d'alléger les professionnels. Cela reviendrait à modifier la doctrine en vigueur. "Quand vous êtes testé positif, vous devez refaire un test cinq jours plus tard si vous êtes vacciné ou sept jours plus tard si vous ne l'êtes pas. Or, dans la pratique, on se rend compte qu'à J+ 5 et J+7, les tests sont à 98% des cas positifs, donc peut-être qu'il faudrait arrêter de faire des tests à J+5", estime Pierre-Olivier Variot. A noter que les pharmacies doivent gérer, en parallèle, la relance de la campagne de vaccination destinée aux plus fragiles pour la deuxième dose de rappel. Certaines officines seraient ainsi obligées de choisir entre la réalisation de tests et la vaccination.

S'il est encore trop tôt pour se passer des tests, difficile de connaître l'évolution de ces campagnes de dépistage. "Ça dépendra de la gravité induite des nouveaux variants. Si les éventuels BA.6 et BA.7 envoient beaucoup à l'hôpital, tout le monde se testera", conclut Christine Rouzioux.