Le gouvernement les distribue à tout-va. Depuis lundi 3 janvier, les autotests font désormais partie du protocole de dépistage du Covid-19, avec les nouvelles règles d'isolement entrées en vigueur. Petite piqûre de rappel : lorsqu'un individu est cas contact, deux autotests doivent être réalisés à J + 2 et à J + 4, en plus du test antigénique ou PCR effectué. L'arrivée des fêtes de Noël a contribué à démocratiser l'usage des autotests afin de lutter contre la flambée épidémique tirée par le variant Delta et Omicron. Résultat : les enseignes de la grande distribution ont vendu "entre 1,5 et 2 millions" d'autotests de dépistage du Covid-19 entre le 28 décembre et le 2 janvier, selon l'entreprise d'analyse de données IRI, citée par le média spécialiste du secteur LSA.
Si ces outils de dépistage s'invitent dans le quotidien des Français, leur efficacité est sujette à caution, notamment sur le variant Omicron. Selon la Haute Autorité de santé, les tests antigéniques à réaliser soi-même détectent la présence de virus chez une personne malade dans 80% des cas. Mais sur le terrain, les données sont moins optimistes. Les premiers doutes ont été évoqués dans un communiqué de l'administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) publié fin décembre. "Les premières données suggèrent que les tests antigéniques détectent le variant Omicron, mais peuvent avoir une sensibilité réduite", déclarait l'agence. Des conclusions qui tranchent avec les travaux précédents réalisés à l'aide de virus inactivés - soit un virus rendu inopérant par un traitement physique.
Quelques jours plus tard, une étude américaine publiée dans la revue MedRxiv, le 5 janvier 2022, dresse les conclusions suivantes : deux tests antigéniques à domicile largement utilisés, Abbott BinaxNOW et Quidel QuickVue, peuvent ne pas détecter certaines infections liées à Omicron même lorsque les personnes sont porteuses d'une charge virale élevée. Selon l'étude qui n'a pas encore été évaluée par des pairs, " la plupart des cas d'Omicron étaient infectieux pendant plusieurs jours avant d'être détectables par des tests antigéniques rapides." Ces travaux portent sur un échantillon de trente personnes qui ont été infectées par le virus sur cinq lieux de travail différent. La méthode a été la suivante : ils ont utilisé un test PCR à base de salive et un autotest rapide avec des écouvillonnages nasaux.
Des autotests "à la traîne" dans la détection d'Omicron
L'objectif de cette expérience était d'estimer le temps médian entre la première PCR positive et le premier résultat de test rapide positif pour l'antigène. Il a fallu trois jours, en moyenne, pour que les individus soient testés positifs sur un autotest après avoir réalisé leur premier PCR salivaire positif. "Dans quatre cas, des personnes ont transmis le virus à d'autres tandis que le test rapide a dévoilé un résultat négatif", précise l'étude, qui a été menée par plusieurs membres du groupe de travail Covid-19 Sports and Society. "Nous avons constaté que les tests antigéniques rapides étaient à la traîne dans la capacité de détecter le Covid-19 pendant une période précoce de la maladie lorsque la plupart des individus étaient infectieux avec Omicron", écrivent les scientifiques ayant participé à ces travaux.
Par ailleurs, les chercheurs ont déclaré avoir partagé leurs résultats avec des responsables fédéraux - y compris la Maison-Blanche : "Ils sont conscients qu'il y a des défauts dans les tests d'antigènes", a déclaré le Dr Robby Sikka, auteur de l'étude et président du groupe de travail dans les colonnes du New York TImes. Face à ces conclusions, deux explications sont possibles : première hypothèse, les tests salivaires peuvent être plus adaptés pour détecter le nouveau variant. C'est ce que nous indique une autre étude américaine en prépublication dévoilée le 24 décembre dans la revue MedRxiv. Ces travaux avaient pour but d'analyser l'efficacité des prélèvements nasopharyngés et salivaires sur des patients atteints de différents types de variants.
Le résultat est sans appel : pour le variant Delta, un test PCR dans le nez reste plus efficace qu'un test PCR salivaire (100% contre 71%) et c'est l'inverse pour Omicron (86% contre 100%). Selon des scientifiques de l'Université de médecine de Hongkong, cette nouvelle souche détectée en Afrique du Sud pourrait se développer dans les poumons plus tardivement que Delta. Par conséquent, le virus n'est peut-être pas encore présent dans les voies respiratoires quand on vient le chercher via un test nasopharyngé. Aussi, il y a une deuxième hypothèse : les infections ont été manquées, car les tests antigéniques sont intrinsèquement moins sensibles à Omicron. Si de nombreuses études existent, les scientifiques ont encore besoin de plus de données pour étayer leurs recherches.
Autrement dit, même si le résultat est négatif, les utilisateurs doivent rester vigilants. Si le test antigénique réalisé soi-même peut être moins fiable face à Omicron, un autre paramètre est à prendre en compte : les erreurs de manipulation. Si la manipulation n'est pas très agréable, certains individus enfoncent mal l'écouvillon dans le nez. Malgré les défauts dont souffre l'autotest, il est utile lorsqu'il est réalisé en complément d'un test PCR qui ne permet pas d'obtenir un résultat avant 48 heures. "Tout test antigénique ou autotest positif doit être confirmé par un test PCR de criblage", indiquait le Conseil scientifique à la mi-décembre. Enfin, l'autre inconvénient reste aussi qu'il n'est pas gratuit - hormis quelques exceptions - son prix étant plafonné à cinq euros l'unité.
