Comment François Hollande s'adressera-t-il aux Français, ce lundi soir, pour ses premiers voeux présidentiels? Il a visionné ceux de Nicolas Sarkozy (ci-dessous, le 31 décembre 2011) et Jacques Chirac pour réviser. Et en a tiré cette leçon: il faut rompre avec le ton de leurs messages, qui se résumaient à un bilan des mois précédents.

Des voeux graves... mais de l'espoir

2013 s'annonce comme une année aussi difficile que 2012, voire pire. Mais François Hollande aurait choisi de tourner son allocution télévisée vers l'avenir. En résumé: le plus gros de la crise est derrière nous... mais pas question de relâcher les efforts. Ni sur la taxation à 75% des plus hauts revenus, censurée par le Conseil constitutionnel,ni sur la lutte contre le chômage. Comme lors de sa visite au marché international de Rungis, peu avant la publication des mauvais chiffres du chômage en novembre, il devrait annoncer avec gravité une "année de grande bataille pour l'emploi".

"Inverser les courbes", son slogan pour 2013?

François Hollande espère inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année à venir, même si l'Insee prédit une poursuite de la dégradation et 10,5% de chômeurs en métropole en juin 2013. Peut-être rêve-t-il aussi d'inverser une autre courbe: celle de sa popularité. Sa chute dans les sondages semble sans fin. Le président ne récolte plus que 40% de bonnes opinions selon notre baromètre BVA pour L'Express-France Inter. Taux de chômage contre popularité, cette stratégie pourrait payer: selon un récent sondage, une grande majorité de Français (62%) estime que l'événement économique de l'année 2012 est le franchissement, en août, du seuil des trois millions de chômeurs.

Un gouvernement remanié?

En son for intérieur, François Hollande pourrait aussi faire le voeu d'un gouvernement plus uni. Un voeu... pieu dans la mesure où le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, dans sa composition même, est très hétérogène. Utile pour ménager sa droite avec Manuel Valls et sa gauche avec Arnaud Montebourg. Mais à double tranchant, quand Vincent Peillon parle de cannabis pendant que les ministres EELV (Cécile Duflot et Pascal Canfin) font entendre leur petite musique sur Notre-Dame-des-Landes. Plus que de fausses notes, il faudrait parler de notes très personnelles. Ou de "couacophonie", selon le bon mot de Jean-Pierre Raffarin.

2013, année du remaniement?Ségolène Royal entrerait-elle dans cette potentielle nouvelle équipe? Les rumeurs vont bon train mais l'Elysée dément.

Une majorité moins agitée

Hors gouvernement, la majorité n'est guère plus calme. Les élus EELV jouent les funambules sur de nombreux dossiers (Notre-Dame-des-Landes, gaz de schiste, traité européen). Et les communistes font beaucoup de bruit, surtout au Sénat, où leurs voix s'ajoutent à celles de la droite pour bloquer des textes capitaux pour le gouvernement, comme le projet de loi de finances. La fronde se poursuivra-t-elle en 2013? Les voeux vidéo du PC semblent montrer que oui.


Une opposition plus structurée

2013, année de l'apaisement, pour le gouvernement, pour la majorité.... et pour l'opposition? Si le psychodrame de l'UMP a permis au président et au gouvernement d'apprécier un moment de répit, sa durée et son amplitude ont fini par agacer. Pour 2013, François Hollande pourrait souhaiter que le plus lourd des partis de l'opposition se reconstruise. A défaut, c'est davantage le FN que l'UDI qui tirerait son épingle du jeu, avec les municipales de 2014 dans le viseur. Pas sûr que ce voeu-là soit exaucé: l'UMP revote à l'automne 2013. De quoi alimenter de longs mois de guerre larvée à droite.

Un président plus... président?

François Hollande délègue beaucoup de dossiers aux parlementaires (droit de vote des étrangers, PMA pour les couples de lesbiennes, etc.). Trop? Ce contrepied de l'hyperprésident Nicolas Sarkozy réjouit les partisans du parlementarisme, mais agace aussi... Certains, machiavéliques, voient même dans ce fonctionnement une manipulation. Sur la taxation à 75%, par exemple, ne savait-il pas que le Conseil constitutionnel tiquerait sur une imposition appliquée à une personne physique et non un foyer? François Hollande a-t-il préféré l'apparence d'un échec à la preuve d'un renoncement? Le soupçon traverse l'esprit de l'opposition mais aussi de son aile gauche. Attention.

Et sur la forme...

Pas de révolution pour François Hollande sur la forme des voeux télévisés. Le cadre sera "traditionnel pour que la forme ne prenne pas le dessus sur le fond". Son message enregistré devrait durer "moins de dix minutes" et sera diffusé, comme le veut la tradition, à 20h. Voici ce que vous ne devriez pas entendre: "Bonjour c'est François Hollande qui vous parle..." C'est ainsi qu'il entamait son message audio aux électeurs de la primaire socialiste fin décembre 2011. Il avait aussi posté cette vidéo de voeux.