Le geste est passé inaperçu. Pourtant, il manifeste une complicité entre deux hommes qui incarnent deux versants opposés du hollandisme entre lesquels le président veut faire la synthèse.

Un geste d'humanité dans ce monde de brutes, celui de la politique: Arnaud Montebourg empoigne le bras droit de Manuel Valls et le serre amicalement, affectueusement presque. Les deux ministres sont assis côte à côte, au premier rang, sur les chaises réservées aux membres du gouvernement pendant la conférence de presse de François Hollande.

Nous sommes le 13 novembre, à l'Elysée, et le président vient de rappeler à l'ordre son ministre de l'Intérieur. Quelques heures plus tôt, Valls avait accusé la droite d'être responsable du retour du terrorisme. Hollande déclare: "La lutte contre le terrorisme doit rassembler. Ne polémiquons pas." Valls est cramoisi comme un bon élève pris en faute, pour la première fois. Le regard de Montebourg est compatissant.

Que sont-ils devenus?

Valls - Montebourg. Deux grandes gueules du gouvernement, les seules d'ailleurs. Deux visages du socialisme qu'ils ont défendus durant la primaire. Aujourd'hui, deux versants du hollandisme: le volontarisme économique pour le ministre du Redressement productif (Montebourg), l'efficacité sécuritaire pour le ministre de l'Intérieur (Valls). Et au milieu vogue le président...

Ce jour-là, après des semaines de doutes, de critiques, tout semble lumineux: devant ces deux ministres qui lui permettent de faire école buissonnière tantôt à droite (Valls), tantôt à gauche (Montebourg), Hollande affirme clairement sa route: elle est rectiligne, sans tournant, sans virage. Elle est sociale-démocrate, soucieuse de s'inscrire dans la réalité.

Le chef de l'Etat veut donc redresser la France, d'abord ses comptes publics, puis la compétitivité de ses entreprises. Il croit aux vertus du dialogue social et appelle syndicats et patronat à nouer un "compromis historique" pour réformer le marché du travail et donner plus de souplesse aux entreprises, plus de protection aux salariés.

Ce jour-là, Hollande décide, arbitre, tranche, tacle. Le droit de vote aux étrangers? Il ne pourra pas se faire, faute de majorité. La hausse de la TVA pour réduire les impôts des entreprises? Il l'assume. La baisse de la dépense publique? Il la justifie, avec des accents sarkozyens. Ce jour-là Hollande est président. C'était il y a six semaines, c'était avant Florange...