Limitation des contacts, même entre personnes vaccinées, à un maximum de dix invités pour les fêtes du Nouvel An et fermeture des discothèques en Allemagne. Télétravail obligatoire pendant deux semaines et fermeture des bars et des discothèques au Portugal. Fermeture des théâtres, cinémas et salles de concerts et musées au Danemark, ou fermeture des cinémas et autres salles de spectacle en Belgique... Face au variant Omicron, beaucoup plus transmissible, l'Europe se referme de toute part, cernant la France... et mettant la pression sur l'exécutif.
Mercredi soir, 84 272 nouveaux cas ont été recensés en 24 heures en France. Un chiffre record depuis le début de la pandémie. Sur une semaine, la moyenne atteint 56 883 contaminations. "On dépassera très vraisemblablement les 100 000 contaminations par jour d'ici à la fin du mois", a estimé mercredi sur BFMTV Olivier Véran. Aujourd'hui responsable de 20% à 30% des contaminations en France, le variant Omicron sera majoritaire dans le pays "entre Noël et le Nouvel an", selon le ministre de la Santé.
"L'épidémie risque de repartir en trombe", a aussi prévenu le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, sans annoncer pour l'instant de nouvelles mesures mais incitant les Français à la "prudence" pendant les fêtes de fin d'année. L'inquiétude concerne les hôpitaux qui pourraient se retrouver submergés comme au plus fort de la crise. "L'hôpital est en situation extrêmement compliquée, on se prépare tous (...) à voir déferler devant nous quelque chose de très fort", a mis en garde mercredi le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, sur France Info.
"Réduisez au maximum vos contacts"
Face à la recrudescence de l'épidémie, le gouvernement tente d'accentuer sa riposte. Il vise ainsi la mi-janvier pour l'adoption de son passe vaccinal, soit plus vite que prévu. Il appelle aussi les entreprises à "accélérer" le recours au télétravail à la rentrée. La ministre du Travail Elisabeth Borne a fixé "une cible de trois jours minimum pour les postes qui le permettent, voire quatre jours quand c'est possible", mercredi sur Europe 1. En revanche, le gouvernement n'envisage pas pour l'instant d'introduire un passe sanitaire sur les lieux de travail.
Mais c'est surtout grâce à la campagne vaccinale que l'exécutif entend juguler le tsunami Omicron. "L'objectif, c'est d'inciter le plus possible à la vaccination parce qu'on voit quand même que c'est notre meilleur outil face à la progression de l'épidémie", a souligné mardi Gabriel Attal. Après avoir renforcé les contrôles aux frontières, fermé les discothèques et interdit les grands rassemblements sur la voie publique pour le 31 décembre, le gouvernement compte sur la "responsabilité" des Français pendant les fêtes. Il vise notamment les 20-39 ans, sur-représentés chez les nouveaux contaminés : "Réduisez au maximum vos contacts ; si vous avez le moindre doute, testez-vous, et si vous avez un test positif, même si vous n'avez pas de symptôme, isolez-vous encore plus scrupuleusement", les a enjoints Gabriel Attal.
"À ceux qui auront la joie de se retrouver en famille pour Noël : les gestes barrières, un test préventif pour rassurer, et en cas de symptôme, on s'isole, on alerte. À ceux mobilisés pour soigner, nous protéger : merci. Prenons soin les uns des autres", a lui aussi appelé Emmanuel Macron ce jeudi sur Twitter.
Lassitude et épuisement
Samedi, le Conseil scientifique avait appelé le gouvernement à limiter strictement les rassemblements face au Covid-19, à l'image de Paris qui annule son emblématique feu d'artifice sur les Champs-Elysées. Le Conseil scientifique estime que "des mesures de restriction significatives doivent pouvoir être prises par les autorités à l'occasion du réveillon (y compris le cas échéant sous la forme de limitation d'activités collectives ou de couvre-feux), avec la possibilité d'une déclinaison territoriale".
Ces mesures pourraient-elles être adoptées par la majorité voire prolongées au début de l'année prochaine ? Pas sûr. Même si, comme le rappelle régulièrement Gabriel Attal, l'exécutif "n'exclut rien" par principe, notamment la "possible nécessité d'avoir à prendre d'autres mesures" en cas de "dégradation importante de la situation sanitaire et de risque pour notre hôpital", il s'agit avant tout de préserver le plus longtemps possible la population.
L'exécutif a conscience que les Français, usés par la pandémie et les confinements précédents depuis près de deux ans, sont de plus en plus réticents à accepter des mesures de restrictions. Ce sentiment de lassitude et d'épuisement face à un virus qui n'en finit pas de muter joue dans la balance. Particulièrement à quatre mois de l'élection présidentielle, où les décisions prises seront forcément encore plus scrutées et débattues. "Les gens sont soit résignés soit pressés d'en finir avec le Covid. Mais ils ne se projettent pas après les fêtes, ils disent : 'Foutez-nous la paix pour Noël et puis après, on verra.' En tout cas, personne ne me tire la manche pour me dire : 'Eh oh, on aurait dû confiner'", témoigne auprès du MondeAlain Chrétien, maire de Vesoul (Haute-Saône) et soutien de la majorité.
