Nouvelle secousse au Rassemblement national (RN, ex-FN). Fragilisé par les affaires judiciaires,sa santé financière et contesté localement, notamment au conseil régional des Hauts-de-France, le parti fait face à une nouvelle contestation en interne. Celle-ci vient de Strasbourg où la délégation RN au Parlement européen est passée, par crises successives, de 24 élus à 16 aujourd'hui. Mercredi 3 octobre, deux d'entre eux, Philippe Loiseau et Sylvie Goddyn, ont publié une lettre de soutien à Nicolas Dupont-Aignan. "Nous considérons que vous êtes le plus crédible et le plus légitime à conduire" une "grande liste d'union", écrivent-il au président de Debout la France, trop heureux de l'initiative pour ne pas résister à l'annoncer lui-même chez Jean-Jacques Bourdin. Selon nos informations, il a rencontré Sylvie Goddyn et Philippe Loiseau, à Paris, avant la publication de leur lettre de soutien.

Sur le papier, les deux élus ne disent pas autre chose que la cheffe. L'objectif est bien de constituer une liste de rassemblement à l'heure du "dépassement des partis politiques". Sauf qu'en désignant Nicolas Dupont-Aignan comme le plus "légitime" pour prendre la tête d'une liste "patriote" au moment où ni Marine Le Pen ni Laurent Wauquiez ne souhaitent le faire, les deux élus s'affranchissent clairement de la discipline partisane. En juin, Marine Le Pen avait elle aussi publié une "lettre ouverte" pour demander une liste d'union dans laquelle elle-même et Dupont-Aignan occuperaient les deux dernières places de la liste.

Echange d'arguments avec Marine Le Pen

L'audace n'a pas duré longtemps. Celle de Philippe Loiseau en tout cas. Dans un communiqué publié le 3 octobre, en fin de matinée, il jure que son geste ne constitue "en aucune manière un ralliement à une candidature ou à un parti politique". Et il renouvelle sa confiance dans les instances du RN. Ca sent le recadrage... Sylvie Goddyn, elle, assume. Elle a refusé de s'associer à ce communiqué, précise-t-elle à L'Express. Sylvie Goddyn qui a eu un échange avec Marine Le Pen dans la matinée. "C'est vrai qu'elle même a défendu l'idée d'un rassemblement ce printemps et elle me l'a rappelé. Mais pour moi, la vraie question, c'est qui en aurait pris la tête ? Sans capitaine, l'équipe de France de foot n'aurait jamais gagné la Coupe du monde", affirme l'eurodéputée. Elle reconnaît qu'il n'est "pas impossible" qu'elle soit sanctionnée pour sa prise de position.

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Même si Nicolas Bay, le co-président du groupe ENL (dans lequel siègent les eurodéputés RN), assure que la lettre de soutien des deux euro-députés ne constitue "pas une rupture avec le RN" puisque Philippe Loiseau a clarifié les choses, l'initiative traduit bel et bien un malaise au sein de la délégation. La tension monte à mesure que les mises en examen tombent dans l'affaire des emplois présumés fictifs des assistants parlementaires. "Certains se sentent associés à quelque chose qui les dépasse, ils ont l'impression d'avoir été poussés à l'illégalité", assure un eurodéputé qui a quitté le groupe.

Tensions autour des places aux européennes

La sécession s'explique aussi par des motifs plus intéressés : les positions éligibles sur la liste RN aux européennes seront chères. "Il va bien falloir faire arriver des gens nouveaux", reconnaissait Marine Le Pen début septembre. La présidente du RN entend laisser quelques places de choix à des personnalités venues de la droite et de la société civile pour symboliser le "rassemblement" qu'elle appelle de ses voeux. Marine Le Pen doit également trouver des places à certains nombreux membres de la direction du RN.

"Il n'y a aucun débat sur la stratégie à adopter en matière de composition de la liste. Marine Le Pen ne veut pas de débats", regrette Sylvie Goddyn. L'eurodéputée reçoit le soutien d' Eric Dillies, conseiller régional des Hauts-de-France : "Le minimum syndical serait que l'on s'interroge. Quelque chose a été entamé à la présidentielle avec Nicolas Dupont-Aignan, il n'y a pas de raison de ne pas continuer. Il se trouve qu'Eric Dillies est aussi le mari de... Sylvie Goddyn. Après avoir quitté le groupe RN à la région le 25 septembre dernier, il a signé, mercredi, un appel de conseillers régionaux à soutenir Nicolas Dupont-Aignan aux européennes. De là à voir une concordance organisé, il y a un pas qu'il serait idiot de ne pas franchir.

Ancien membre du bureau politique du BP, parti à DLF en mai dernier, l'eurodéputé Bernard Monot assure avoir "ouvert une brèche". "Ma démarche a interpellé les esprits", se félicite l'ancien conseiller économique de Marine Le Pen qui dit être parti afin que la "situation financière gravissime du RN ne salisse pas" sa "réputation". "Ceux qui ne m'adressent plus la parole au Parlement européen sont minoritaires parmi les RN", observe-t-il. Ses détracteurs au RN font surtout valoir qu'il se savait en disgrâce auprès de Marine Le Pen, tout comme Philippe Loiseau qui n'a pas été reconduit en mars au bureau politique. Bernard Monot reconnaît "travailler" à ce que d'autres élus du parti lepéniste appellent publiquement à soutenir la liste menée par Nicolas Dupont-Aignan. Le rassemblement attendra.