Un départ en ordre dispersé. A moins d'un an de l'élection présidentielle, c'est la stratégie adoptée par les souverainistes et conservateurs de la droite française, qui appliquent à leur propre camp la tactique du "diviser pour mieux régner". Sur la ligne de départ, on ne compte pas moins de quatre candidats déclarés, et un candidat putatif. Le dernier en date : Florian Philippot, qui a annoncé, ce jeudi, dans les colonnes du Figaro, sa candidature, axée sur la "restitution des libertés". Son nom s'ajoute à ceux de François Asselineau, candidat dès 2019, Jean-Frédérique Poisson, déclaré il y a un an, Nicolas Dupont-Aignan, et la potentielle candidature du polémiste Eric Zemmour.

La perspective d'un embouteillage dans leur camp ne semble pas effrayer les quatre hommes, persuadés que leurs divergences justifient de mener des combats individuels. "Ce qui compte, avant de regrouper des candidatures, c'est d'avoir un projet commun. Or aujourd'hui, personne à droite ne porte ce que nous portons : une ligne résolument conservatrice", avance un proche de Jean-Frédérique Poisson, qui entend chasser sur les terres souverainistes, comme sur celles de la droite plus traditionnelle. Alors, s'ils évoluent déjà dans un couloir étroit, chacun conserve sa trajectoire, quitte à longer le mur. Si Jean-Frédérique Poisson joue la carte conservatrice, le mot d'ordre de Florian Philippot reste le Frexit. "Je place ma candidature sous le signe du rétablissement de toutes nos libertés, jusqu'à celle de la France, qui passe par la sortie de l'Union européenne et de toutes les instances supranationales", revendique-t-il. Nicolas Dupont-Aignan, quant à lui veut s'imposer comme "l'alternative au duel Marine Le Pen / Emmanuel Macron".

"Nous avons déjà tenté de travailler ensemble, ça n'a pas fonctionné"

Quand on leur pose la question, tous affirment, la main sur le coeur, être dans une démarche d'ouverture. "Nous parlons à tout le monde, et nous avons toujours été dans une démarche de fédérer", assure Christophe Horen, délégué général adjoint du mouvement de Jean-Frédérique Poisson. Pourtant, la dernière tentative d'alliance du camp de la droite conservatrice souverainiste pour les européennes, réunissant notamment Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Frédérique Poisson, s'est soldée par un cuisant échec. Et la plaie ne semble pas encore cicatrisée. Alors, devant les appels à l'organisation d'une primaire commune par Nicolas Dupont-Aignan, le camp conservateur fait la moue. "Nous avons déjà tenté de travailler ensemble, ça n'a pas fonctionné. D'autant que la mode de la primaire a l'air d'être dépassée", coupe court Christophe Horen.

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Plus raisonnable, Florian Philippot réclame, pour sa part, un pacte de non-agression. "Une alliance pour la présidentielle n'a pas forcément de sens, avance-t-il. Mais on peut travailler en bonne intelligence, en créant des synergies plutôt que des divisions, et en ciblant le même adversaire." "C'est un peu rageant de ne pas réussir à se mettre tous autour d'une table alors qu'on sait que 80% des idées sont partagées, s'agace un stratège. C'est malheureusement le problème de cette droite souverainiste. Ce n'est un secret pour personne qu'elle se cherche un leader, sans succès, depuis des années." Pour certains, un nom pourrait être bien placé pour prendre la tête d'une telle coalition : celui d'Eric Zemmour. "Son nom circule, et à droite de l'échiquier, on sait bien que c'est celui qui a le plus de notoriété, et le plus de chance de capter une grosse part de l'électorat, avance un cadre souverainiste. On le dit à mi-voix, mais on ne veut pas l'entendre, parce que personne n'a envie de lâcher le morceau." Car dans un monde où les egos sont rois, peu de candidats sont prêts à abandonner le leur pour en voir un autre accéder au pouvoir.