Attablé dans un café du 6e arrondissement parisien, Florian Philippot est tout sourire. Il vient de lancer, à Aubervilliers, sa campagne présidentielle, et se prépare à une manifestation qui doit se tenir devant le Sénat. Son mouvement Les Patriotes, créé après son départ du Front national, compte désormais 32 000 adhérents à jour de cotisation, et ne cesse de s'étoffer depuis qu'il a choisi le créneau de l'opposition au passe sanitaire. Comme les autres, il est en quête de parrainages, et ne semble pas préoccupé par un autre candidat, du même camp, qui sature l'espace médiatique. "Je pense que je peux créer une percée dans la mesure où je suis le seul sur une position très nette", assure-t-il. Pour autant, pas question de taper sur Eric Zemmour, qu'il considère "sur sa ligne". Des souverainistes qui espèrent concourir à l'élection présidentielle, il est celui qui a le moral au beau fixe.

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Mais ce n'est pas le cas de tous. Ceux qui n'ont jamais réussi à saisir le train en marche, et regardent, amers, leurs idées s'imposer sur la scène politique, portées par une autre personne. Des Zemmour ratés, en quelque sorte. C'est le cas pour Philippe de Villiers, par exemple. Le fondateur du Puy-du-fou qui assurait encore en juin 2020, "ne rien exclure pour 2022" et à qui l'on prêtait des ambitions présidentielles n'a pas su réveiller un spectre électoral aujourd'hui séduit par les idées d'Eric Zemmour, alors que leurs succès littéraires sont au coude à coude. "En termes de ventes, ce sont des chiffres tout à fait comparables, assure leur éditrice commune, Lise Boëll. Eric Zemmour vend plus en ce moment parce qu'il y a une actualité, et une vitrine médiatique."

Bruno Mégret votera pour Eric Zemmour

Une autre figure a refait surface, récemment, à l'évocation du parcours d'Eric Zemmour. Celle de Bruno Mégret qui avait tenté, en 1999, le coup du candidat de l'union des droites en solitaire. De nombreux proches de l'ancien élu d'extrême droite ont d'ailleurs intégré la campagne du polémiste. "Sa démarche est exactement similaire à la mienne lorsque j'ai quitté Le Pen pour créer une nouvelle formation politique, assure Bruno Mégret. Nous faisions le même constat sur les dangers de l'islamisation, évoquions la guerre des civilisations et l'entreprise de colonisation à rebours." Un phénomène qu'Eric Zemmour et d'autres appellent aujourd'hui "le grand remplacement". Mais on connaît la suite. L'entreprise n'a pas fonctionné et Bruno Mégret a fini par se retirer de la vie politique. "Il n'y a rien de plus fort qu'une idée juste qui arrive à l'heure, ce n'était pas l'heure, regrette l'ancien frontiste. Si nous avions fait ça aujourd'hui, nous aurions rencontré le succès." Pas rancunier pour autant, Bruno Mégret nous assure malgré tout qu'il accordera sa voix à Eric Zemmour.

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Pour ceux qui sont encore dans la course, ce détachement est moins aisé. Nicolas Dupont-Aignan, souverainiste concurrentiel de Marine Le Pen par excellence, s'est vu devancer au fil des mois, jusqu'à ce que son organisation jeune choisisse de déserter pour rejoindre le polémiste. Elle appelle désormais le député de l'Essonne à se ranger derrière Eric Zemmour. "Lui porte enfin l'espoir de pouvoir mettre un homme de droite conservateur au pouvoir, commente l'ex-président du mouvement des jeunes de Debout la France Marian de Gueiffier. Nicolas Dupont Aignan n'a ni la dynamique ni l'attrait d'Eric Zemmour. Mais c'est un homme de l'ombre qui travaille beaucoup et ferait un très bon ministre." Au téléphone, l'intéressé grince des dents. "Il a une exposition médiatique hallucinante, et totalement inégale. J'ai proposé une primaire en janvier dernier, on n'en a pas voulu. Personnellement je ne me situe pas dans le match Zemmour - Le Pen, mon adversaire c'est Macron", assure-t-il, précisant qu'il n'était pas inquiet malgré la difficulté de la quête de parrainages.

Jean-Frédéric Poisson est un homme loyal, bosseur (...) mais ce n'est pas un meneur d'hommes

D'autres ont choisi de déposer les armes. Jean-Frédéric Poisson, leader du mouvement conservateur Via, a indiqué qu'il était prêt à rejoindre le polémiste, sous couvert de quelques conditions programmatiques. Il était présent, à Versailles, pour la conférence d'Eric Zemmour sur l'invitation du mouvement pro-vie Les Eveilleurs. "Jean-Frédéric Poisson est un homme loyal, bosseur, une référence pour l'électorat chrétien conservateur, mais trop universitaire, trop calme, trop poli, assure une ancienne collaboratrice partie rejoindre Livre Noir, un média en ligne proche de l'essayiste. Il pourrait évidemment servir de bouclier à Eric Zemmour, mais ce n'est pas un meneur d'hommes, et l'électorat dont on parle se cherche aujourd'hui un soldat."

Aux souverainistes conservateurs dont la ligne se confond avec celle d'Eric Zemmour, il ne reste désormais que peu de choix. Regarder passer le train en marche ou tenter d'attraper un wagon. Car tous n'ont pas le luxe de pouvoir refaire le match depuis leur canapé, confortablement retirés de la vie politique.