Il vient de terminer son premier meeting du second tour, à Saint-Cyr-sur-Loir, au cours duquel il s'est adressé directement à l'électorat de l'extrême droite: "Quand on souffre, on a le droit de faire le choix que l'on veut. Je n'ai pas de leçon de morale à donner à ceux qui ont fait ce choix." Dans sa loge, Nicolas Sarkozy assume. Devant les élus du coin, il souligne que des points de son allocution sont autant applaudis ici, en Touraine, terre centriste, que dans le sud-est. Il songe à la lutte contre l'assistanat, à la fraude sociale, à la manière dont l'Europe fonctionne.

Le président sortant joue son va-tout. La veille, à l'Elysée, la soirée a été plutôt joyeuse, alors même que Nicolas Sarkozy a échoué dans le but qu'il s'était fixé: arriver en tête au soir du premier tour. Le score de Marine Le Pen (près de 18%, en haut de la fourchette donnée par les sondages) est perçue comme une aubaine et non comme un danger, il peut être, veulent croire les conseillers du chef de l'Etat, la clé de la victoire. "La France est super à droite!", se réjouit Franck Louvrier, le conseiller en communication. Même Brice Hortefeux, le plus fidèle des amis, si pessimiste jusque là sur l'issue de l'élection, s'est mis, pour la première fois, à y croire.

Pendant quatorze jours, Nicolas Sarkozy va innover: il cherche à rassembler son camp et son extrême camp, et non à jouer les pères de la Nation, comme l'avaient fait François Mitterrand et Jacques Chirac. Peu à peu, dans les enquêtes d'opinion, et malgré un débat télévisé dont il ne sort pas vainqueur, le candidat UMP grignote une partie du retard sur François Hollande. Mais il échoue, le 6 mai, avec 48,38% des voix.

Jamais cette stratégie dite de droitisation ne sera ensuite débattue. A-t-elle permis d'éviter une défaite cinglante, ou a-t-elle empêché le succès ? Il faudra attendre la campagne pour la présidence de l'UMP pour que la question soit abordée, mais seulement du bout des lèvres. La défaite est un tabou. C'est à se demander si Nicolas Sarkozy ne croit pas qu'il a gagné.

Que sont-ils devenus?

Aujourd'hui, il a entamé une nouvelle vie, pleine de conférences lucratives à l'étranger, mais il reste dans le coeur des militants, qui rêvent de son retour. Lui-même évoque parfois le sujet dans ses discussions privées. Son parti est dans l'état que l'on sait. Son principal conseiller, Patrick Buisson, fait l'objet de critiques que n'osaient pas les élus pendant le quinquennat précédent. La droite a perdu le pouvoir, elle a encore un champion, mais pas d'héritiers. Et elle n'est pas au clair sur sa stratégie.