Le 10 juin 2012, L'Express n'était pas à Hénin-Beaumont pour couvrir la défaite de Jean-Luc Mélenchon aux élections législatives. Quatorze jours plus tôt, l'ex candidat à l'élection présidentielle avait ordonné de cesser de le suivre, qualifiant au passage l'hebdomadaire de "journal fasciste". Tension puis dépression: le Mélenchon de l'estrade du Nord-Pas-de-Calais n'a plus rien à voir avec l'orateur de la tribune de Marseille, lors d'un mémorable meeting tenu en bord de mer le 14 avril.


Lui qui a soigné sa com' pendant toute la campagne présidentielle la bazarde totalement le jour des résultats du premier tour des élections législatives. Pour annoncer qu'il ne sera même pas présent au second tour, il se pose devant un supermarché de hard-discount, lit son petit papier pour prononcer son petit texte, et parle dans un micro mal réglé qui renvoie des larsens.

Mélenchon le drogué de la politique est en pleine descente. Il évoque son "bonheur" d'avoir mené. campagne au côté de son "camarade" Hervé Poly, le communiste local qui faisait office de suppléant? C'est fait avec autant de conviction qu'un végétarien qui vanterait les mérites du bifteck.

Que sont-ils devenus?

Il a ensuite été question que cette élection se rejoue: Marine Le Pen avait déposé un recours devant le Conseil constitutionnel. Dans le cas où les Sages accèderaient à cette demande, Poly le communiste avait lancé un appel à une candidature unique de la gauche. Qui n'aurait pas pu être incarnée par Jean-Luc Mélenchon.

Les deux anciens "camarades" se sont revus une fois, sur un marché de la circonscription il y a deux mois et demi. Ils ne s'appellent presque pas. "Les rapports se sont tendus", selon le suppléant communiste. Mélenchon a demandé en décembre aux deux élus de son parti, le PG, de quitter le groupe Front de gauche à la région Nord-Pas-de-Calais. Le Front de gauche, c'est l'alliance du PC et du PG. "Faire ça à nous qui l'avons accueilli, je trouve ça déloyal", dit aujourd'hui Poly. Un "nous" pas anodin: "La présidente du groupe que les deux élus PG ont quitté, c'est ma femme", explique Poly.

Le 7 décembre, le Conseil constitutionnel a rejeté la requête de Marine Le Pen. Pas de deuxième round. Pas de nouveau carnage. Pour autant, la présidente du FN n'a jamais cru en la disparition de Jean-Luc Mélenchon. "Bien sûr qu'il n'est pas mort!" balayait-elle, un midi d'octobre, avant d'avaler son poisson.