Le chemin de Laurent Saint-Martin pour l'année 2020 semblait tout tracé. A 34 ans, le député du Val-de-Marne allait devenir en janvier le plus jeune rapporteur général du budget de la Ve République. Un passage de relais en douceur avec son prédécesseur Joël Giraud, prévu depuis 2017. Ce qui ne l'était pas, en revanche, c'est que son installation à ce poste prestigieux serait percutée par la crise du coronavirus. Depuis, les chiffres et les lois s'emballent. L'Assemblée examinera à partir de la semaine prochaine un nouveau projet de loi de finances rectificatives (PLFR), présenté le 10 juin en Conseil des ministres. C'est déjà le troisième depuis mars. L'état des comptes publics donne le tournis : 11% de récession annoncés pour 2020, un déficit public d'environ 11,4%, au lieu des 9% prévus lors du précédent PLFR en avril...

Laurent Saint-Martin, lui, ne confesse avoir eu le vertige qu'une seule fois. "C'était le lendemain du jour où l'on a décidé le confinement", se souvient-il. L'impression d'un saut dans le vide. Il passe le 17 mars au téléphone avec une vingtaine d'économistes, Philippe Aghion, Olivier Blanchard, Jean Pisani-Ferry et d'autres qu'il sonde sur l'impact de la crise à venir. Le consensus qui se dégage autour des prêts garantis par l'Etat et le financement du chômage partiel le rassure. Le rapporteur général du budget - "RGB", dans le jargon du Palais Bourbon - a un rôle souvent obscur aux yeux du grand public. "C'est une courroie de transmission, définit Laurent Saint-Martin. Vous devez accompagner le gouvernement dans sa politique - car vous êtes membre de la majorité - tout en améliorant le texte en menant des négociations avec l'ensemble des parties prenantes : gouvernement, majorité, opposition et Sénat."

LIRE AUSSI >> PIB, consommation, chômage... Les sombres scénarios de la Banque de France en 4 graphiques

Pendant la crise du Covid-19, alors que des députés de tous les bancs réclamaient une exemption ou une baisse de TVA sur les masques de protection, c'est lui qui se charge de leur proposer un dispositif juridique conforme au droit européen. C'est-à-dire avec une TVA à 5,5% et non à taux zéro. Le "RGB" la joue fair-play avec l'opposition, en pointant le fait qu'il a aidé les socialistes à faire aboutir un amendement obligeant les banques à motiver les refus de prêts.

"Créer un effet de levier avec quatre ou cinq piqûres ciblées"

Sans être le plus médiatique, Laurent Saint-Martin fait partie des députés qui prennent du galon en Macronie. "C'est un mec solide, un très gros bosseur, un bon vivant, un papa gâteau, un passionné de rugby", loue son amie Olivia Grégoire, vice-présidente LREM de la commission des finances à l'Assemblée. Adhérent d'En Marche dès 2016 - il officiait alors comme secrétaire général du think tank En temps réel, dont Emmanuel Macron était membre du conseil d'administration - Laurent Saint-Martin s'occupe aujourd'hui de la prospective au sein du mouvement avec Marlène Schiappa. La publication attendue de leur texte sur la laïcité a pris du retard avec la crise du coronavirus.

A moins que le député du Val-de-Marne, qui occupe dans l'hémicycle le fauteuil abandonné par Manuel Valls à son départ pour Barcelone, ne se fasse remarquer pour ses travaux sur la dette publique, à propos de laquelle il a récemment ferraillé avec Jean-Luc Mélenchon. Lassé par les discours catastrophistes ou les propositions d'annuler la dette nationale, il compte fournir à ses collègues parlementaires un outil pédagogique - "mon petit livre rouge", dit-il - pour débattre de l'endettement "en connaissance de cause".

LIRE AUSSI >> Faut-il effacer les dettes publiques liées au coronavirus ?

Une fois le marathon du troisième PLFR bouclé, Laurent Saint-Martin fera des propositions d'investissements publics dans quelques secteurs, comme la recherche ou l'enseignement. "Il y a peut-être certains grands objectifs que l'on n'a jamais atteints car l'on ne savait pas mettre la dose d'investissement nécessaire au bon endroit, dit-il. C'est cette réflexion-là que je vais essayer d'avoir en montrant que l'on peut créer un effet de levier avec quatre ou cinq piqûres ciblées. Cela peut être notre trajectoire sur la fin de mandat. Ma fonction, c'est aussi de proposer des choses comme ça à l'exécutif."