"Il a remis sa chaîne en or, il revient parmi les siens !" Malgré la défaite, ce député pro-Aurore Bergé garde le sens de l'humour en observant Christophe Castaner, chemise ouverte et sans cravate. Le nouveau président du groupe LREM se montre moins corseté qu'au ministère de l'Intérieur. Son sourire est celui d'un homme qui vient de laver l'affront de son départ forcé du gouvernement. Avec 145 voix contre 120 pour sa rivale, il retrouve une place de premier plan en Macronie : rond de serviette au petit-déjeuner hebdomadaire de la majorité et dîners en petit comité à l'Elysée.
La majorité s'évite un psychodrame
Pas de plébiscite, mais pas de vague non plus. En l'élisant, les députés LREM ont choisi le candidat favori de l'exécutif, le seul reçu à Matignon par Jean Castex pendant la campagne. La majorité s'évite un psychodrame autour de l'émancipation des députés par rapport à l'exécutif qu'aurait incarné une victoire d'Aurore Bergé ou de François de Rugy. "Les résultats montrent que le groupe est un peu éclaté, reconnaît pourtant un pilier du camp Castaner. C'est l'enjeu de Christophe de rassembler."
Pour l'heure, le rassemblement est surtout une question d'image, lestée d'une bonne couche de langue de bois. Le vainqueur et la vaincue prennent soin d'arriver côte à côte vers 13h30 à Lamotte-Brebière (Somme), où les députés LREM sont réunis pendant deux jours pour leur séminaire de rentrée. "Notre ambition, c'est d'être au service des Français, d'être tous ensemble, d'être rassemblés, unis, et efficaces", énonce le premier. "C'est cela que nous devons réussir ensemble : se rassembler autour des convictions et des combats politiques qui sont les nôtres", récite en écho la seconde.
Mise en scène et frustrations
Il faudra un peu plus que cette mise en scène convenue pour apaiser les esprits et réconcilier les coeurs. "Il y a eu une fin de campagne très violente", se plaint un soutien d'Aurore Bergé. Il pointe notamment l'agressivité affichée sur les boucles Telegram par Émilie Chalas - comme L'Express s'en est fait l'écho - après le ralliement de François de Rugy au camp Bergé au soir du premier tour. Il évoque aussi le rôle des macronistes historiques pour convaincre les députés indécis de voter Castaner dans la dernière ligne droite. Le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, n'a pas caché sa préférence pour Castaner, même si, au début de l'été, il considérait que la présidence du groupe majoritaire n'était pas faite pour recycler les anciens ministres, aussi prestigieux soient-ils.
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"Il y a une force d'inertie, soupire un député rallié à la Macronie en 2017. Ceux qui ont commencé la campagne en 2016 sont ceux qui, aujourd'hui, sont toujours au pouvoir." Encore une fois, le camp présidentiel n'a pas su, pu, ou voulu propulser une femme à un rôle de premier plan. "Je ne peux plus supporter de ne voir que des mecs face à moi", éructe une députée quinquagénaire après la passation de pouvoir entre Christophe Castaner et Gilles Le Gendre. Elle murmure à une collègue qu'elle se sent prête à quitter le groupe LREM.
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Le plan de bataille de "Casta"
En préambule de son discours, "Casta" moque gentiment Le Gendre pour l'absence de vin au déjeuner et, outre une meilleure représentation des vignes françaises à la table des élus, expose sa méthode pour les dix-huit derniers mois du quinquennat. "La division du groupe en Marche serait au fond une forme de séparatisme et, finalement, symbole d'un échec", exhorte-t-il. Pour que chacun se sente à l'aise, il s'engage à respecter les différentes sensibilités dans la composition de son équipe - le camp Bergé réclame d'ores et déjà la première vice-présidence - et pose les bases d'une meilleure collaboration avec le gouvernement. A commencer par la très attendue, et explosive, loi sur le séparatisme. "Je crois sur ce sujet qu'un consensus est possible et je serai avec vous très attentif à ce que notre position, dont nous allons débattre, soit entendue", promet-il. Castaner vante un groupe LREM "partenaire du gouvernement", "force de proposition et non pas d'opposition".
Pendant que certains députés attendent beaucoup d'un changement de méthode pour endiguer l'hémorragie de départs vers des groupes concurrents à l'Assemblée, d'autres se font moins d'illusions et attendent surtout qu'Emmanuel Macron lui-même se réforme. "Si le président de la République considère encore que les outils du groupe et du mouvement La République en Marche ne sont pas des points névralgiques du dispositif macroniste, alors les difficultés persisteront, quelles que soient les têtes", analyse un soutien de Christophe Castaner.
