"Mais enlevez-moi vos masques ! On ne vous reconnaît pas !" L'homme qui prononce cette phrase, mercredi 23 septembre, s'appelle Paul-Marie Coûteaux. A 64 ans, l'ancienne plume de Philippe Seguin est toujours un rebelle (ou un inconscient) en costume cravate. Ce soir-là, le souverainiste lance avec son ami Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD), une revue trimestrielle intitulée Le Nouveau Conservateur. Sur la couverture austère, le titre vert canard de ce premier numéro se détache légèrement : "Covid et totalitarisme". Dans la salle, à quelques pas de l'Eglise de la Madeleine, aucun des participants ne semble s'embarrasser d'un tel titre. "On a le droit d'enlever cette cochonnerie !", répète Coûteaux aux malheureux qui couvrent encore leur visage dans le respect des gestes barrières.
Le sujet de la soirée est pourtant sérieux, puisqu'il consiste à rassembler cette "droite hors les murs", dont parlait hier l'idéologue Patrick Buisson, rêve maintes fois caressé mais jamais réalisé. "Notre objectif, c'est d'élargir la base conservatrice", revendique désormais Paul-Marie Coûteaux, qui cherche depuis des années à unir cette mouvance aux grès de ses pérégrinations politiques, qui l'ont mené successivement à soutenir les candidatures de Charles Pasqua, de Jean-Pierre Chevènement, à travailler avec Marine Le Pen, puis désormais à adhérer au PCD. "Le but c'est aussi de démontrer par l'exemple qu'on peut parler entre chapelles", développe Jean-Frédéric Poisson.
Valérie Boyer, Marion Maréchal, Eric Zemmour...
La revue, sur 146 pages, s'en veut la démonstration : la députée Les Républicains Valérie Boyer a écrit un texte sur la gestion désastreuse du Covid, tout comme le conseiller régional LR (et cofondateur de Sens Commun) Sébastien Pilard, qui s'est penché sur la question du télétravail. Côté rassemblement national, le délégué national Jean Messiha a participé à un travail collectif, et le député européen Thierry Mariani évoque dans un long entretien "la déliquescence occidentale". Marion Maréchal occupe aussi une place de choix dans la revue : elle y dialogue avec son compagnon l'eurodéputé italien Vincenzo Sofo, et ses amis Jacques de Guillebon et François de Voyer y signent chacun une contribution. Erik Tegnér, un proche de la directrice de l'ISSEP, s'est pour sa part occupé de créer le site internet du Nouveau Conservateur. Enfin, les essayistes Eric Zemmour, le canadien Mathieu Bock-Côté, ou la députée Emmanuelle Ménard (femme de Robert, le maire de Béziers), ont également signé dans cette revue. Le couple Ménard a même fait le déplacement pour l'occasion. "La réalité nous montre tous les jours que la route pour faire cette union des conservateurs va être longue. Mais nous nous entendons bien, ça sera donc plus facile", veut croire la députée de l'Hérault.

Le nouveau Conservateur, N°1 - Automne 2020
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La présence de cette trentaine de personnes, venue trinquer et partager quelques tranches de coppa, est déjà source de satisfaction pour Paul-Marie Coûteaux : "il y a dix ans, on aurait réuni trois personnes !" L'exergue de la revue, une citation de Charles de Gaulle - "au fond des victoires d'Alexandre, on retrouve toujours Aristote" - vient rappeler que pour les partisans du combat des idées, aucune victoire politique ne se gagne sans victoire intellectuelle. Côté incarnation, Jean-Frédéric Poisson se verrait bien jouer ce rôle de rassembleur "puisque personne ne le fait". La soirée est aussi pour lui l'occasion de lancer La Voix du peuple (éditions du Rocher, 2020), un livre-programme qui doit appuyer sa candidature à la présidentielle de 2022, officialisée il y a quelques semaines dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles. En 2016, le candidat à la primaire de la droite n'avait récolté que 1,5 % des voix face à François Fillon, Alain Juppé et autres Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, les débuts de la revue sont tout aussi modestes : 982 abonnés pour ce premier numéro, sorti vendredi dernier, dont la vente s'effectue exclusivement par abonnement (sauf deux librairies parisiennes). Qu'importe, "les contributions serviront à élaborer un programme commun pour 2022", affirme Jean-Frédéric Poisson.
Interrogée samedi 19 septembre sur BFM-TV sur cette droite "hors les murs" qui veut exister pour la prochaine présidentielle, Marine Le Pen a répondu : "Je ne crains rien. Une élection est là pour départager, qu'ils soient tous candidats s'ils le souhaitent ! " La présidente du RN s'est pourtant fendue d'une mise en garde : "Tout ce que je dis, c'est que la politique c'est pas un jeu. Si c'est uniquement pour jouer, brillez d'une autre manière". Un avertissement que de nombreux participants à la soirée ne veulent pas entendre : "Nous pouvons gagner (...) mais à condition de nous détourner des partis et de leurs logiques boutiquières", écrit Emmanuelle Ménard.
