À droite, la tectonique des plaques est toujours à l'oeuvre. La crise des gilets jaunes, avec son cortège de mécontentements et de mesures d'urgence annoncées en catastrophe par l'exécutif, a changé la donne politique à cinq mois des élections européennes de 2019. Ou l'a simplement accélérée.

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En témoigne un sondage réalisé par l'Ifop et publié par L'Opinion le 12 décembre, dans lequel le Rassemblement national arrive largement en tête avec 24% des intentions de vote et où Debout la France, qui n'avait pas atteint la barre des 5% à la présidentielle, culmine à 8. C'est presque le double du score réalisé par le Parti socialiste dans cette enquête. De quoi convaincre Nicolas Dupont-Aignan, en campagne depuis le 23 septembre, qu'il est à même de créer la surprise en mai prochain.

"On en rêvait"

Accusé à maintes reprises de vouloir s'arroger le monopole de la grogne des gilets jaunes, le député souverainiste de l'Essonne et son équipe se sentent désormais pousser des ailes. "Tout se passe comme on en rêvait", se délecte un cadre de DLF. "Notre dynamique progresse très vite. Si on est à 8 dans ce sondage, je pense que ce chiffre serait largement supérieur si le vote avait lieu demain", poursuit-il.

D'après l'entourage de Nicolas Dupont-Aignan, l'équation est simple : la crise sociale qu'affrontent Emmanuel Macron et Édouard Philippe porte en elle le substrat idéologique du souverainisme. Les bons sondages sont donc logiques. "On travaille depuis des années sur quasiment toutes les thématiques soulevées par les gilets jaunes. Qu'il s'agisse de la privatisation des autoroutes, des taxes excessives, des problèmes posés par l'immigration massive ou du poids de l'Union européenne, tout cela était en germe. Et ça peut se cristalliser en notre faveur aux européennes", veut croire Damien Lempereur, porte-parole du parti.

Conseiller officieux du leader de DLF, Paul-Marie Coûteaux est également à l'affût des signes qui ne trompent pas. "Dupont-Aignan a su profiter du mouvement des gilets jaunes dès ses origines. Beaucoup de militants DLF ont d'ailleurs contribué à son démarrage", rappelle-t-il.

Scrutin favorable aux souverainistes

Vieux routier de la droite "hors les murs", l'ancien proche de Philippe Séguin estime que l'élu souverainiste peut envisager un score au-delà des 10%. Et, par là même, rééditer la performance du tandem Charles Pasqua-Philippe de Villiers en 1999, ou du même Philippe de Villiers en 1994. "La nébuleuse souverainiste a toujours un petit 'plus' aux européennes. Et puis il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fait 34% à la présidentielle de 2017. Aujourd'hui, elle est autour de 24-25. Les électeurs manquants ne sont pas partis dans la nature", explique Paul-Marie Coûteaux, d'après qui les déçus du frontisme sont allés se réfugier durablement chez Dupont-Aignan.

Officiellement, le leader de DLF continue de tendre la main à la patronne du RN, sans vraiment y croire. "Marine Le Pen n'est pas candidate à cette élection [elle est dernière de liste, NDLR] et peine à dénicher une tête de liste. Je reste convaincu qu'elle devrait me soutenir", déclare aujourd'hui Nicolas Dupont-Aignan dans les colonnes de Valeurs Actuelles. Initialement, la main tendue provenait du Rassemblement national qui, cherchant à capitaliser sur cette nouvelle appellation avant l'été, avait appelé le député de l'Essonne à sceller un pacte en vue des européennes. Une manière de reformer le duo du second tour de la présidentielle. À l'époque, Nicolas Dupont-Aignan avait opposé une fin de non-recevoir assez sèche à Marine Le Pen.

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"Bon nombre d'électeurs en ont assez du cirque Le Pen, en réalité", souffle un proche. "Ça fait 30 ans que ça dure, et les gens savent que Marine Le Pen ne sera jamais présidente de la République, pas davantage que son père."

Risques d'embouteillage

Alexis Villepelet, en charge du projet présidentiel de DLF, estime aujourd'hui qu'au fond, "il n'est pas absurde pour le parti de préserver une liste autonome". C'est même un sentiment contraire qui anime l'entourage de Nicolas Dupont-Aignan. Scrutin proportionnel à un tour, les élections européennes "permettent à chacun de voir où il se trouve dans l'opinion", abonde Damien Lempereur. Et ce dernier d'assurer vouloir le succès de "tout le camp patriote", soutiens de Florian Philippot et François Asselineau compris. Quitte à s'arranger plus tard au niveau des groupes parlementaires européens, véritable maquis dans lequel la nébuleuse souverainiste s'est fracturée.

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Quant à Jean Lassalle, avec qui des discussions sont en cours depuis quelques semaines, il ne donne pour l'instant aucun signe concret de vouloir s'arrimer à l'étoile du député de l'Essonne. "Je ne sais pas si Nicolas a renouvelé son appel. Après tout, leurs bureaux à l'Assemblée sont cote-à-cote, ils peuvent se parler facilement", glisse un cadre de DLF. "Est-ce que Lassalle veut vraiment être candidat, partir en solo ? Il n'a pas vraiment de structure derrière lui, et une campagne pour les européennes, ça coûte cher. Est-ce qu'il le sait ? Je n'en suis pas sûr."

La liste "gilets jaunes" récemment lancée par Francis Lalanne et Thierry Paul Valette ne risque-t-elle pas, en revanche, d'embouteiller la voie ? "C'est difficile de les critiquer, ils font ce qu'ils souhaitent. Mais dès qu'un porte-parole émerge chez les gilets jaunes, il se fait massacrer par la base. Une chose est sûre : c'est la meilleure chose qui puisse arriver à La République en marche", concède un cadre de DLF. "Tout dépend des revendications de la liste. Les gilets jaunes ne sont pas une marque, je ne suis pas sûr que ça nous nuise." Damien Lempereur est plutôt optimiste : "Si les gilets jaunes sont représentés par des types comme Francis Lalanne, je pense que ça pose plus de problèmes à La France insoumise qu'à nous."