Après dix jours de conflit et plus de 230 morts côté palestinien, les affrontements entre Israël et le Hamas ont cessé dans la nuit de jeudi à vendredi, à 1h du matin heure française, grâce à l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu.

L'accord acquis après d'intenses tractations diplomatiques et favorisé par l'Égypte, le Qatar et l'ONU, a été célébré dans la bande de Gaza et la Cisjordanie, jusqu'aux Etats-Unis. "Je suis convaincu que les Palestiniens et les Israéliens méritent, les uns comme les autres, de vivre en sécurité et de jouir d'un même niveau de liberté, de prospérité et de démocratie", s'est félicité le président Américain Joe Biden depuis la Maison-Blanche.

Comment ce cessez-le-feu a-t-il été négocié en coulisses ?

L'idée d'un "cessez-le-feu" entre le Hamas et Israël dans la bande de Gaza était largement soutenue par la communauté internationale. Les discussions se sont intensifiées, mardi, après la rencontre entre le président français Emmanuel Macron et son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi par visioconférence, avec le roi Abdallah II de Jordanie. Les trois dirigeants se sont mis d'accord sur trois éléments : "les tirs doivent cesser, le moment est venu d'un cessez-le-feu et le Conseil de sécurité de l'ONU doit se saisir du sujet", indiquait une proposition de résolution au Conseil de sécurité l'ONU dévoilée par l'Elysée.

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Dans la foulée, mercredi, le président américain Joe Biden a durci le ton avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, appelant à une désescalade le jour même en vue d'un cessez-le-feu. Finalement, l'ONU, l'Égypte et le Qatar, émirat du Golfe proche de la mouvance des Frères musulmans dont est issu le Hamas, ont joué un rôle décisif ces dernières heures.

L'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland s'est rendu au Qatar pour rencontrer le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, tandis que les Egyptiens ont discuté avec des responsables sécuritaires israéliens pour pousser les parties à ce cessez-le-feu.

Ce sont d'ailleurs les Égyptiens qui seront les garants de l'accord. La puissance régionale entretenant à la fois des relations avec Israël et le Hamas, mouvement considéré comme "terroriste" par l'Etat hébreu, l'Union européenne et les Etats-Unis. "Deux délégations égyptiennes seront envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour surveiller la mise en oeuvre (du cessez-le-feu) et le processus pour maintenir des conditions stables de manière permanente", ont déclaré au Caire des sources diplomatiques égyptiennes.

Comment ont réagi les deux camps ?

"Nous avons été informés par les frères égyptiens qu'un accord avait été conclu pour un cessez-le-feu bilatéral et simultané dans la bande de Gaza, à partir de 2h00 du matin (heure locale)", a déclaré le bureau politique du Hamas dans un communiqué.

Dès l'entrée en vigueur de la trêve, des milliers de Palestiniens ont célébré l'événement dans les rues du centre de Gaza City. "Ceci est l'euphorie de la victoire", a lancé à la foule Khalil al-Hayya, un ténor du mouvement, en promettant de "reconstruire" les maisons détruites par cette escalade militaire. Et des manifestations de joie se sont aussi multipliées dans des villes de la Cisjordanie occupée, tandis que l'armée israélienne ne faisait mention d'aucune nouvelle alerte à la roquette.

En Israël, le Premier ministre Benyamin Netanyahou, l'état-major de l'armée et des services de renseignement ont "accepté à l'unanimité" l'initiative égyptienne de "cessez-le-feu bilatéral sans condition". L'armée a surtout revendiqué la destruction de 100 kilomètres de tunnels dans la bande de Gaza, et la mort de 225 membres du Hamas et du Jihad islamique palestinien, dont 25 hauts commandants. "Nous avons atteint les objectifs, c'est un succès exceptionnel", a affirmé plus tard Netanyahou à des journalistes au quartier général de l'armée à Tel-Aviv.

Et la communauté internationale ?

Le Royaume-Uni a été l'un des premiers pays à saluer l'accord de cessez-le-feu à Gaza approuvé par Israël et le Hamas, et a appelé toutes les parties à le rendre "durable". "Toutes les parties doivent travailler pour rendre le cessez-le-feu durable et mettre fin à l'inacceptable cycle de violence et de pertes de vies humaines", a tweeté le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab, ajoutant que Londres soutient "les efforts pour parvenir à la paix".

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De son côté, le président américain Joe Biden a estimé que le cessez-le-feu représentait "une vraie opportunité" d'avancer vers la paix entre Israéliens et Palestiniens. "Mon administration poursuivra ses efforts diplomatiques discrets mais déterminés pour aller vers cet objectif", a-t-il poursuivi. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken se rendra ainsi au Moyen-Orient "dans les prochains jours", a annoncé ce dernier sur Twitter. Ces rencontres auront pour but de "travailler ensemble à la construction d'un avenir meilleur pour les Israéliens et les Palestiniens", a précisé le département d'Etat dans un communiqué. Antony Blinken a échangé avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi, avec qui il avait déjà parlé dans la matinée, et s'est "félicité" de l'accord de cessez-le-feu.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a salué dans un communiqué "la cessation des hostilités intervenue cette nuit, qui interrompt un cycle de violences dont le bilan humain est lourd pour les populations civiles". La trêve doit maintenant "être pérennisée à travers des arrangements durables de cessez-le-feu" et "permettre un réengagement humanitaire", notamment à Gaza, a-t-il souligné.

"L'Union européenne se félicite du cessez-le-feu annoncé mettant fin à la violence à Gaza et dans ses environs. Nous félicitons l'Égypte, le Qatar, les Nations unies, les États-Unis et d'autres qui ont joué un rôle de facilitateur à cet égard", a exprimé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell dans un communiqué. Le ministre du gouvernement d'Angela Merkel en charge des affaires étrangèrs, Heiko Maas, a adressé un "grand merci à l'Egypte pour sa médiation" qui a abouti au cessez-le-feu. "C'est bien qu'un cessez-le-feu intervienne" et qu'il n'y ait "plus de victimes", s'est-il réjoui sur Twitter tout juste rentré d'une visite en Israël et dans les territoires palestiniens.

Dans un autre registre, le mouvement libanais Hezbollah, bête noire d'Israël, a salué vendredi une "victoire historique" des factions palestiniennes à Gaza. Le Hezbollah "salue en particulier les résistants, les martyrs, les blessés et leurs familles" tout comme "la direction des factions de la résistance palestinienne, qui étaient à la hauteur de cette bataille".

Cette paix peut-elle être durable ?

Difficile à dire. Elle reste pour le moment fragile. En Israël, c'est "la réalité sur le terrain qui déterminera l'avenir de l'opération", ont souligné les autorités après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, indique le Times of Israël.

Le Hamas fait preuve de la même prudence. "La résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps que l'occupation [nom donné par le Hamas à Israël] le respectera", a déclaré ce dernier à l'annonce de l'accord.

Les violences ont duré jusqu'au dernier moment. Quelques heures avant l'annonce de ce cessez-le-feu, les frappes israéliennes s'étaient intensifiées sur l'enclave palestinienne, faisant monter des nuages de fumée et de débris dans le ciel, tandis que des ambulances filaient à travers l'enclave. En fin d'après-midi, jeudi, un nouveau barrage de roquettes avait visé le sud d'Israël poussant des habitants à se réfugier dans des abris anti-bombes.

De plus, malgré cette trêve, les regards restent tournés vers la Cisjordanie occupée mais aussi Israël, où des questions demeurent sur le sort de Jérusalem, point de départ du conflit il y a une dizaine de jours. De nouveaux heurts ont d'ailleurs éclaté ce vendredi entre fidèles palestiniens et policiers israéliens sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est occupée. Les affrontements ont débuté après la grande prière musulmane du vendredi à laquelle ont participé une foule de Palestiniens, dont certains ont scandé des slogans en faveur du mouvement islamiste Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. Des projectiles ont été lancés en direction des forces israéliennes présentes sur l'esplanade, troisième lieu saint de l'islam et site le plus sacré du judaïsme.

Depuis le lancement des hostilités armées, des émeutes et des affrontements avec les forces israéliennes ont éclaté dans de nombreuses villes et camps palestiniens de Cisjordanie faisant plus de 25 morts, pire bilan depuis des années dans ce territoire.