Peu connu en dehors de ses frontières, Itamar Ben-Gvir a réalisé une campagne de "rock star" en Israël. Ce député d'extrême droite, ouvertement raciste et partisan d'une annexion totale de la Cisjordanie, a labouré l'Etat hébreu du nord au sud. Partout, des foules de jeunes israéliens l'ont acclamé. Partout, cette jeunesse chantait "mort aux terroristes". Souvent, elle clamait "mort aux Arabes".
Le 1er novembre, le parti de Ben-Gvir s'est imposé comme la troisième force politique d'Israël et s'est assuré une place de choix dans le futur gouvernement de Netanyahou. L'extrême droite peut remercier les jeunes, fortement mobilisés en sa faveur. "Ce résultat est la traduction d'un désenchantement d'une partie de la jeunesse israélienne, qui ne croit plus à la solution à deux Etats, estime David Khalfa, chercheur à la Fondation Jean-Jaurès. Cette génération, née après les accords d'Oslo, n'a connu que des cycles de violences répétés, provisoirement interrompus par des trêves fragiles : la seconde intifada, quatre affrontements militaires avec le Hamas à Gaza, les émeutes entre jeunes juifs et arabes israéliens de mai 2021 et une situation sécuritaire très dégradée ces derniers mois."
Côté palestinien, l'effet miroir est saisissant. Ces dernières semaines, un groupe armé, La Fosse aux lions, s'est formé en Cisjordanie afin d'unir les jeunes de toutes les factions - Hamas, Fatah et Jihad islamique - avec, à la clé, une vague d'assassinats sans précédent depuis vingt ans. En réponse, l'armée israélienne multiplie les raids meurtriers.
Comme le résume Ghaith Al-Omari, du Washington Institute, "à cause des échecs de la diplomatie et de la solution à deux États, les jeunes générations n'ont connu que le pire côté de l'autre camp, elles sont persuadées qu'aucun partenariat n'est possible entre Israéliens et Palestiniens". Quand les voix de la paix se taisent, ne restent que les rumeurs de la guerre. Et la crainte d'une troisième intifada.
