En ces derniers jours de campagne, Benyamin Netanyahou écume chaque soir les jardins publics, les salles des fêtes et les rues commerçantes des petites villes d'Israël. Escorté par une flopée de gardes du corps, il prononce une brève allocution au mégaphone et enchaîne vers l'étape suivante.
Ce mardi soir, à une semaine du scrutin, 2000 personnes l'ont attendu durant près de deux heures dans un parc de Nahariya, près de la frontière libanaise. Essentiellement des Israéliens d'origine sépharade, issus des classes moyennes : la base électorale de "Bibi, roi d'Israël". Commerçante native de Nahariya, Idit, la quarantaine, vote Netanyahou depuis toujours. "Aucun autre dirigeant ne lui arrive à la cheville, il faut absolument qu'il revienne", implore-t-elle.
A tout juste 73 ans, le vétéran de la politique israélienne mène sans doute son ultime combat. Avec un acharnement et une vitalité qui laissent pantois. "C'est une bête de campagne, s'extasie Nadav Shtrauchler, son ancien directeur de la communication. Il jouit d'une forme physique incroyable et maîtrise parfaitement les codes médiatiques d'aujourd'hui. Quand il a été renvoyé dans l'opposition, ses adversaires pensaient s'être débarrassés de lui. Et le voilà qui revient en force."
Un survivant politique en quête de revanche
Ecarté du pouvoir en juin 2021 par une coalition de huit partis politiques, Netanyahou veut sa revanche. Yaïr Lapid, l'actuel Premier ministre ? Un incapable qui "vend le pays aux Arabes". Naftali Benett, l'homme qui lui a volé son poste ? Un ambitieux sans épaisseur, renvoyé à ses start-up. Les douze années consécutives de Netanyahou à la tête du pays ont ancré en lui une inébranlable conviction : lui seul est capable de présider aux destinées d'Israël. Les sondages semblent lui donner raison. La liste du Likoud fait largement la course en tête des intentions de vote avec une trentaine de sièges à la Knesset (sur 120). Son autobiographie vient de paraître et figure déjà parmi les best-sellers de l'année.
Persuadé de revenir au pouvoir dès le mois prochain, Benyamin Netanyahou esquisse déjà les grandes lignes de son action. Il promet de réprimer d'une main de fer le soulèvement palestinien naissant dans le nord de la Cisjordanie et d'empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire. Sur l'Ukraine, il vient d'opérer une spectaculaire volte-face : artisan du rapprochement avec Vladimir Poutine dans les années 2010, il envisage désormais la livraison d'armes à Kiev. Une prise de position en rupture avec la prudence adoptée par le gouvernement israélien depuis de début des hostilités. "Il ne faut pas s'attendre à des changements radicaux à court terme, tempère Nadav Shtrauchler. Israël a trop à perdre à rompre l'alliance avec la Russie, notamment à cause de la coordination militaire en Syrie. Mais il agira probablement dans l'ombre, avec doigté, comme il l'a toujours fait."
Une élection serrée à l'extrême
Malgré son indéniable popularité, le retour de Netanyahou au pouvoir reste incertain. Pour obtenir une majorité à la Knesset, il doit compter sur le soutien des partis orthodoxes et de l'extrême droite du sulfureux Itamar Ben Gvir. Or, une telle coalition obtiendrait à peine la majorité minimale de 61 députés. Une marge d'autant plus mince qu'un parti orthodoxe a déjà indiqué qu'il n'excluait pas de lâcher Netanyahou pour se vendre au plus offrant.
"Si Netanyahou passe en dessous des trente sièges, le centriste Benny Gantz pourrait tenter de fonder une coalition d'union nationale avec la gauche et les partis orthodoxes", analyse l'universitaire Philippe Velilla. Cette option aurait la préférence du président de l'Etat, Isaac Herzog, chargé de désigner le mieux placé pour former une coalition au lendemain des élections.
Benyamin Netanyahou ne se relèverait probablement pas d'un nouvel échec. Son obstination à se maintenir au pouvoir a plongé le pays dans une instabilité politique inédite, avec cinq élections anticipées en quatre ans. Au Likoud, la nouvelle génération fourbit déjà ses armes en cas de lutte pour sa succession. Mais Bibi ne doute de rien. Dans une vidéo diffusée sur TikTok la semaine dernière, on le voit s'échiner à faire passer du fil dans le chas d'une aiguille. Il finit par y parvenir et déclare fièrement face à l'objectif : "Je ne renonce jamais, le désespoir n'existe pas."
