Itamar Ben-Gvir a passé une journée d'élections particulièrement agréable. Ce mardi 1er novembre, le député d'extrême droite s'est baladé dans les colonies israéliennes de Cisjordanie, sous les applaudissements et les cris anti-arabes de ses partisans. Le soir tombé, après l'annonce des premiers résultats, Ben-Gvir réunissait ses supporters à Jérusalem pour fêter ce qui ressemble à une victoire retentissante de son mouvement suprémaciste : radioactif pendant trente ans, il récolte aujourd'hui 14 sièges à la Knesset et s'impose comme la troisième force politique du pays. Ce score devrait permettre à son allié Benyamin Netanyahou de revenir au pouvoir par la grande porte, et à Ben-Gvir de se rendre incontournable dans un futur gouvernement.

"Du calme, je ne suis pas Premier ministre", a tempéré Ben-Gvir devant ses supporters, affichant un large sourire. Avant d'ajouter : "Pour l'instant..." D'après des témoins, la foule a répondu en chantant son refrain préféré, "Mort aux Arabes". D'après le parti, elle chantait seulement "Mort aux terroristes".

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"Netanyahou a créé un Golem"

Ce mercredi, Israël se réveille dans une situation à peine croyable : le probable retour au pouvoir de Benyamin Netanyahou, Premier ministre pendant douze ans d'affilée avant d'être évincé l'année dernière, se retrouve éclipsé par la percée des partis juifs suprémacistes, à un niveau inédit en Israël. "L'extrême droite a toujours joué un rôle très marginal dans l'histoire politique israélienne, mais Netanyahou l'a adoubée et l'a légitimée, souligne David Khalfa, chercheur à la Fondation Jean-Jaurès. Lui-même assurait, il y a un an à peine, que Ben-Gvir n'était pas ministrable, donc pas fréquentable. Pour revenir au pouvoir, Netanyahou a joué les apprentis sorciers et créé un Golem, une sorte de monstre dont il sera désormais le prisonnier."

Avec 14 sièges à la Knesset, le parti de Ben-Gvir et de son allié Bezalel Smotrich devient incontournable pour former un gouvernement. "Il faut relativiser l'importance de l'extrême droite israélienne, qui représente moins de 10% du corps électoral, mais pas son danger, poursuit David Khalfa. La proportionnelle intégrale donne à ces partis un pouvoir important et leur progression fulgurante interroge." Les deux hommes se voient déjà à la tête de ministères importants, la Sécurité intérieure pour Ben-Gvir, la Défense pour Smotrich. Mais Netanyahou, malgré sa rhétorique enflammée, ne cédera pas si facilement à ses nouveaux partenaires et négociera chaque poste, si besoin en les proposant à l'opposition.

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Ce score de l'extrême droite risque toutefois de bouleverser la fragile vie politique et sociale en Israël. En campagne, Ben-Gvir s'est ainsi prononcé pour que l'armée et la police puissent ouvrir le feu plus facilement sur les Palestiniens. "Ils nous jettent des pierres, qu'on leur tire dessus", a notamment déclamé le député, une arme à la main. Son parti milite pour une annexion totale de la Cisjordanie, sans accorder le droit de vote aux résidents arabes, et "tolère" seulement les citoyens non-juifs, incités à quitter Israël s'ils sont en désaccord avec les autorités. Adepte du rabbin extrémiste Meïr Kahane, il a longtemps fait sien le slogan "Pas d'Arabes, pas d'attentat", avant de tenter de se dédiaboliser ces dernières années.

Ce discours, désormais sur le devant de la scène, envenime une situation déjà explosive dans le nord de la Cisjordanie. Depuis une semaine, la région connaît des manifestations importantes, en particulier à Naplouse, après la mort de plusieurs Palestiniens dans des raids de l'armée israélienne visant des groupes paramilitaires. "La situation sécuritaire est déjà très fragile, avec une partie de la jeunesse palestinienne qui a basculé dans la lutte armée, pointe David Khalfa. Les résultats de ces élections vont sans doute aggraver les tensions, mais Netanyahou sait se montrer prudent lorsqu'il est Premier ministre, et il n'a aucun intérêt à prendre des décisions qui feraient éclater un mouvement de violence générale."

S'il décide de former une coalition avec l'extrême droite pour gouverner, le revenant Netanyahou aura fort à faire pour éviter qu'Israël ne sombre dans une spirale de haine. Il l'aura, quoi qu'il arrive, largement alimentée.