Philippe Étienne n'aura pas à montrer son passe sanitaire à l'entrée du siège de l'ONU, à New York, ce mardi. L'ambassadeur de France à Washington n'a toujours pas réservé son billet retour pour les États-Unis, quatre jours après avoir été rappelé à Paris par Emmanuel Macron. Une première dans l'histoire de la relation franco-américaine, qui montre l'ampleur de la crise diplomatique et la colère française après l'affaire des sous-marins australiens. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, coupables d'avoir volé "le contrat du siècle" à Paris, font l'objet de remontrances de plus en plus poussées de la part de leurs alliés européens, quelques heures avant l'ouverture de l'Assemblée générale de l'ONU.
Un soutien franc de l'UE à la France
Lundi, la crise diplomatique parisienne a contaminé Bruxelles. Sur CNN, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fustigé le "traitement inacceptable" de la France par ses alliés anglophones et a demandé des comptes au nom de l'Union européenne. "Nous voulons savoir ce qu'il s'est passé et pourquoi", a insisté la représentante de l'UE.
Ce soutien formel de Bruxelles était espéré (et très attendu) à Paris, afin de montrer que la crise de confiance envers les Etats-Unis ne concerne pas un allié solitaire, mais tout un continent. "L'affaire des sous-marins ne faisait pas la Une des journaux en Allemagne ou en Pologne, il s'agissait avant tout d'un contrat français, souligne Elie Perot, spécialiste des questions de défense à l'Université libre de Bruxelles. La France est souvent critiquée pour défendre avant tout ses intérêts et les faire passer pour un problème européen." Mais cette fois, la prise de parole de von der Leyen laisse entrevoir de plus larges répercussions sur la relation transatlantique, mise à mal ces derniers mois.
Alors que les Européens poussaient un ouf de soulagement après le départ de Donald Trump et l'arrivée de "l'europhile" Joe Biden, les sujets de discorde ne cessent de s'accumuler entre Washington et Bruxelles. Avant l'affaire des sous-marins, le retrait d'Afghanistan décidé de manière unilatérale par Biden avait chauffé les esprits en Europe, alors que des milliers de soldats européens se retrouvaient en première ligne face aux talibans. De la même manière, les milieux diplomatiques européens voyaient dans le maintien du travel ban par l'administration Biden une continuité de l'ère Trump. Finalement, dans un geste d'apaisement, les Etats-Unis ont levé cette interdiction d'entrer sur leur territoire lundi, mais uniquement pour les Européens vaccinés.
Ce geste diplomatique risque de ne pas être suffisant pour calmer les tensions dans les couloirs de l'ONU. Si Emmanuel Macron ne fera pas le déplacement à New York, son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sera sur place toute la semaine et compte enchaîner les réunions avant la prise de parole française à l'Assemblée, samedi prochain. Dès mardi, il rencontre son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar. Nul doute qu'il sera question de sous-marins, d'alliance et de l'avenir de la stratégie française dans la zone Indo-Pacifique...
