On ne saura peut-être jamais ce que Mikhaïl Gorbatchev pensait de la guerre en Ukraine. Décédé mardi 30 août à 91 ans, il n'a jamais pris position, en public, sur la décision de Vladimir Poutine d'y envoyer l'armée russe. Le dernier dirigeant de l'URSS avait en revanche salué l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. "Je suis toujours du côté de la volonté des peuples et la plupart des gens en Crimée voulaient être réunis avec la Russie", avait-il déclaré, deux ans plus tard, après un référendum - très controversé - sur ce territoire. Cette sortie lui a valu une interdiction d'entrée sur le territoire ukrainien.

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Pour autant, Gorbatchev n'a pas toujours apporté son soutien à la politique menée par Vladimir Poutine qui ne portait guère l'ancien dirigeant dans son coeur - il estimait que la chute de l'URSS avait été "la plus grande catastrophe géopolitique" du XXe siècle. En 2010, "Gorby" exposait sa franche désillusion, affirmant que le parti Russie Unie de Poutine fonctionnait "comme le Parti communiste de l'Union soviétique, simplement en pire". Et l'année suivante, il dénonçait ses "tendances autoritaires", évoquant un "retour en arrière".

"C'est regrettable et honteux, j'ai honte parce que je sentais que j'avais un lien avec Poutine et je l'ai soutenu activement à son arrivée au pouvoir [en 2000 comme président]", avait-il déclaré, par la suite. L'ancien officier du KGB, alors Premier ministre (2008-2012), venait de comparer ses opposants à des "singes".

"J'ai honte pour nous et pour le pays"

En décembre 2011, au moment où la mainmise de Poutine était contestée dans la rue, Gorbatchev l'avait appelé à "partir maintenant", précisant que "trois mandats, ça suffit". Ses critiques concernaient toutes les élites en place. Il avait ainsi vilipendé une "classe dirigeante", "riche et dépravée", à la conduite "révoltante". "J'ai honte pour nous et pour le pays", avait-il ajouté.

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La déception était à la hauteur des espérances qu'avait suscitées en lui l'arrivée au pouvoir de Poutine. Au début du règne de l'actuel chef du Kremlin, Gorbatchev estimait que ce dernier avait "sauvé la Russie du démantèlement" et avait "commencé à trouver une solution aux questions sociales", en s'appuyant sur les revenus des hydrocarbures. "L'histoire le créditera de cette contribution importante, grâce à laquelle la Russie peut avoir un avenir", avait-il ajouté. "Avec les moyens dont il disposait, il a réintroduit l'espoir", le défendait-il, en 2006.

Malade, diminué, Gorbatchev avait ravalé ses critiques ces dernières années. Lors du tournage d'un documentaire en 2019 et 2020, En Aparté, il éludait les questions sur un maître du Kremlin en pleine dérive autoritaire. Alors que Moscou massait ses troupes à la frontière ukrainienne, il avait fustigé, fin 2021, l'"arrogance" des Américains et un camp occidental ayant souhaité "bâtir un nouvel empire" par "l'élargissement de l'Otan". Une vision conforme à la doxa poutinienne.